Qui est Abdelmadjid Tebboune, le nouveau président algérien?

Pur produit du sérail, Tebboune a fait de l’inimitié vis-à-vis du Maroc son cheval de bataille. Maintiendra-t-il encore longtemps cette position?

Abdelmadjid Tebboune a déclaré lors de sa campagne électorale que la réouverture des frontières avec le Maroc est tributaire de la présentation officielle d’excuses du royaume au peuple algérien qui a été «insulté» en 1994.

Invité du Forum du journal El Hiwar, Tebboune a considéré que «les frontières entre les deux pays n’étaient pas fermées en raison du problème du Sahara, mais à cause de l’attentat terroriste de 1994 qui visait un hôtel à Marrakech (Atlas Asni), expliquant que des citoyens algériens avaient été attaqués par les autorités marocaines après l’attentat».

Selon lui, le Maroc, qui accusait les Algériens d’avoir mené ces attaques, a imposé le visa aux citoyens algériens, piégeant ainsi 350.000 d’entre eux à l’intérieur du royaume, jusqu’à ce qu’ils aient été évacués par des navires et des bus.

Cette prise de position assumé dans un discours de campagne laisse présager des relations tendues avec le Maroc. Son premier discours de Tebboune est donc très attendu.

 

Un apparatchik et ancien fidèle de Bouteflika

 

Sur la plan algéro-algérien, Tebboune est considéré comme le premier président de l’Algérie à ne pas être issu des rangs des anciens combattants de la guerre d’indépendance.

A 74 ans, ce membre du Comité central du Front de libération nationale (FLN), parti historique, ne représente pas pour autant, après l’octogénaire Bouteflika (82 ans), le renouveau politique et générationnel attendu par la jeunesse, dans un pays dont plus de la moitié de la population a moins de 30 ans.

Cette jeunesse est incarnée par le « Hirak », le puissant mouvement de contestation populaire du régime qui, après avoir obtenu la démission de M. Bouteflika en avril, exige désormais la fin d’un « système » en place depuis l’indépendance et dont M. Tebboune fut, au long de sa carrière, un apparatchik et un serviteur zélé.

Pur produit du sérail, Tebboune a fait ses classes dans l’administration préfectorale avant d’enchaîner les postes de wali (préfet) dans les années 1980, sous le règne du parti unique. Il devient en 1991, une petite année, ministre délégué aux Collectivités locales sous la présidence du colonel Chadli Bendjedid, puis disparaît de la scène politique.

Jamais candidat à une élection jusqu’à cette présidentielle, «c’est une caricature du parfait bureaucrate», raconte à l’AFP un de ses anciens collaborateurs.

L’homme au visage barré d’une fine moustache, qui fume «même dans les endroits non-fumeurs», selon cet ancien collaborateur, n’est pas connu pour son charisme ou ses dons d’orateur.

Tout juste élu président en 1999, M. Bouteflika le fait sortir de sa «retraite anticipée » et en fait son ministre de la Communication, avant de lui confier d’autres portefeuilles jusqu’en 2002. Après dix ans de traversée du désert endurée silencieusement, il est rappelé au gouvernement en 2012 par M. Bouteflika puis obtient la consécration en mai 2017 en devenant Premier ministre.

Il sera le plus bref Premier ministre de l’histoire algérienne, limogé au bout de moins trois mois après s’être attaqué aux oligarques gravitant dans l’entourage du chef de l’Etat, attributaires de gigantesques marchés publics et dont la plupart sont aujourd’hui emprisonnés dans des dossiers de corruption présumée.