Des chercheurs sont parvenus à éliminer le virus du sida, une première mondiale

1275
3d illustration of HIV virus. Medical concept.

Pour la première fois, des scientifiques sont parvenus à guérir des souris du virus du sida. Une piste très prometteuse, même si la perspective d’une application chez l’homme n’est pas encore en vue.

C’est un pas de plus vers l’éradication du VIH, le virus responsable du sida. Pour la première fois, des chercheurs américains sont parvenus à éliminer définitivement le virus chez des souris infectées. «Ces données apportent la preuve de concept que l’élimination de ce virus est possible», écrivent-ils en introduction de leur étude publiée début juillet dans Nature Communication . Une prouesse qui repose sur une double approche novatrice: l’utilisation du système d’édition génétique CRISPR d’une part, et le recours à une technique appelée LASER ART, qui permet de libérer les médicaments plus lentement. Chez l’homme, seuls deux cas de rémission ont été enregistrés dans le monde, dans des contextes très particuliers, non généralisables à l’ensemble des malades.

«Nous pensons qu’il s’agit d’une avancée majeure car pour la première fois après 40 ans d’épidémie, nous avons la preuve que cette maladie est curable», a indiqué le Dr Kamel Khalili, coauteur de l’étude, au site d’information CNBC. À l’heure actuelle, l’arsenal thérapeutique contre le VIH repose sur les antirétroviraux, des médicaments qui, en bloquant diverses étapes du cycle de vie du virus, l’empêchent de se répliquer, évitant ainsi l’apparition de la maladie (le sida, dernier stade de l’infection par le VIH).

Sauf dans de rares cas où le virus développe des résistances, ces traitements fonctionnent très bien. Au point que les personnes séropositives qui prennent correctement leur traitement ne sont plus contaminantes. En revanche, les antirétroviraux n’éradiquent pas le VIH: le virus se cache à l’état latent dans les cellules du système immunitaire. Dès lors qu’un patient cesse de prendre son traitement, le virus reprend sa besogne.

Combiner deux stratégies

Tout l’enjeu est de parvenir à détruire à la fois ces réservoirs viraux (en évitant les effets collatéraux pour les cellules environnantes), mais aussi les séquences génétiques que le virus laisse un peu partout dans l’ADN de la personne infectée, ce qui lui permet de se reprendre sa réplication dès que les traitements ne sont plus pris correctement. Les chercheurs américains sont parvenus à relever le défi en combinant deux stratégies: le système d’édition génétique CRISPR, qui a ici permis de détruire les gènes du virus cachés dans l’ADN (mais qui a de nombreuses autres applications), et le recours à des traitements antirétroviraux améliorés, les LASER ART. Ces derniers ont été modifiés chimiquement afin d’être capables de bloquer la réplication virale pendant de plus longues périodes que les traitements classiques.

Les chercheurs ont commencé par constituer quatre groupes de souris (entre 6 et 10 animaux) préalablement infectées par le VIH de type 1 (il existe plusieurs types de virus). Tous les animaux ont d’abord été «humanisés», c’est-à-dire qu’ils ont reçu une greffe de moelle osseuse humaine, siège de la fabrication des cellules du système immunitaire. L’objectif? Obtenir un modèle qui se rapproche le plus possible de l’homme. Le premier groupe n’a pas reçu de traitement du tout, le second a reçu une injection de CRISPR, le troisième a reçu uniquement les médicaments, les LASER ART. Enfin, le quatrième groupe a d’abord reçu les médicaments afin de réduire la croissance du virus, puis les chercheurs ont injecté le système CRISPR dans le but d’éliminer les résidus d’ADN viral intégré dans l’ADN des animaux.

Une preuve de concept

Résultat, trois des six souris ayant reçu coup sur coup les LASER ART et le traitement CRISPR sont parvenues à éradiquer complètement le virus. Même 5 semaines après l’arrêt des traitements, le virus n’a pas été détecté! Des tests génétiques plus poussés ont en revanche montré que seuls deux des animaux ont éliminé l’intégralité l’ADN viral. Quant aux souris des autres groupes, elles ont toutes connu un rebond du virus après l’arrêt des traitements. «Les résultats soutiennent l’idée qu’une restriction virale maximale doit d’abord être établie avant l’excision génétique dans l’objectif d’obtenir une édition virale optimale par CRISPR-Cas9», soulignent les auteurs de l’étude.

Si ces résultats sont prometteurs, les perspectives d’application chez l’être humain ne sont pas pour demain. «Les choses qui fonctionnent chez la souris peuvent ne pas fonctionner chez l’homme», a déclaré le Dr Howard Gendelman, directeur du département de pharmacologie et de neurosciences expérimentales à l’université du Nebraska (États-Unis) et coauteur de l’étude. Les chercheurs s’inquiètent notamment des possibles difficultés à détruire tout l’ADN viral chez les humains infectés ainsi que des problèmes de sécurité liés à CRISPR. En effet, les ciseaux génétiques peuvent parfois s’attaquer aux mauvais gènes, ce qui fait craindre aux scientifiques un risque d’apparition de cancer. Or comment justifier de faire prendre un tel risque à des patients séropositifs qui, grâce aux antirétroviraux, ont désormais une espérance de vie très proche de celle de la population générale?

L’équipe de chercheurs a d’ores et déjà commencé à tester son approche chez des singes, prérequis indispensable pour passer aux essais cliniques chez l’homme. Ils espèrent obtenir le feu vert de l’Agence américaine du médicament (la FDA) pour démarrer un essai clinique de phase 1 chez l’homme en 2020. Selon Onusida, plus de 36,7 millions de personnes à travers le monde vivent avec le VIH-1 et 5000 nouvelles personnes sont infectées chaque jour.