Vidéo. Casablanca: « Le boulevard Mohammed V est mort », les commerçants consternés

"Avant, le boulevard Mohammed V était le plus beau de la ville, c'était les Champs-Elysées de Casablanca", se souvient le gérant de Top Fashion.

Parmi les artères principales de la ville économique, le boulevard Mohammed V a connu des jours meilleurs. Tramway, manque de stationnement, vendeurs ambulants…les commerçants du secteur évoquent dans un même désespoir les facteurs de déclin de ce qui s’imposait comme « le plus beau boulevard de Casablanca ».

L’âge d’or du boulevard Mohammed V est révolu, le constat ne date pas d’hier. On observe encore les enseignes d’époque, en grosses lettres orangés so sixties. Les murs, à l’architecture si prisée (fusion entre styles Art-Déco et arabo-mauresque), semblent figés dans le temps, enracinés dans cette voie en apnée. Tout comme ces commerçants qui suffoquent entre monticules de déchets et activité en berne.

Certains sont installés depuis « l’époque des Français », à l’instar de Deepac, Indien dont le père est arrivé au Maroc en 1947. Ils ont ouvert leur premier magasin de prêt-à-porter en 1970. « Avant, le boulevard Mohammed V était le plus beau de la ville, c’était les Champs-Elysées de Casablanca », se souvient le gérant de Top Fashion. « Tous ces commerces ont été détruits, on a perdu une grosse partie de notre clientèle », se désole-t-il.

« Les clients n’ont pas où stationner »

Première cause invoquée par les commerçants: le manque de stationnement. Hassan, commerçant Au Derby (magasin de chaussures) depuis 1986, affirme que depuis l’arrivée du tramway en 2012, induisant une piétonnisation partielle du boulevard, la fréquentation a baissé, les ventes ont chuté. « Les commerçants ont investi beaucoup d’argent pour rénover leurs boutiques mais ça n’a servi à rien », regrette le vendeur. A quelques mètres de là, un concurrent, Scali, créé en 1932. Redouane y travaille depuis 1989, à la suite de son père embauché en 1965, « donc je connais très bien le quartier et comment il a évolué » déclare-t-il avec fierté.

 

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« Avant, Casablanca, c’était le boulevard Mohammed V. Celui qui venait à Casa sans voir le boulevard Mohammed V n’avait rien vu de Casa », s’exclame le commerçant, nostalgique. Lui aussi s’insurge du manque de stationnement subi par le secteur: « On a des clients fidèles depuis 20 ans qui sont obligés de se garer avenue des FAR ou avenue Lalla Yacout pour venir jusqu’à notre magasin ». « Même les professions libérales ou les banques ont perdu des clients car ces derniers n’ont pas où stationner », abonde Deepac de Top Fashion.

Problème de propreté

Redouane soulève également un problème majeur du boulevard Mohammed V, « la saleté et les déchets ». « Chaque matin, à l’ouverture de la boutique, on prend au moins trente minutes juste pour se débarrasser des déchets devant la boutique. On essaye de savoir d’où viennent-ils, on demande aux cafés alentours, mais chacun répond qu’il n’a pas où mettre ses déchets », raconte le gérant de Scali. Et d’ajouter « La rue nécessite un grand nettoyage ». Quand on lui demande selon lui quelle est la cause de cette dégradation, « la cause…ce sont les responsables de la ville qui connaissent la cause », répond-il, pincé.

Des responsables qui paraissent faire la sourde oreilles aux requêtes de ces commerçants. L’un d’entre eux, gérant d’une enseigne phare du boulevard, préférant rester anonyme, explique que plusieurs pétitions ont été lancées depuis 2012 pour inviter les dirigeants à prendre les mesures nécessaires. « Le boulevard Mohammed V est mort. Tout le monde est conscient du problème mais personne ne veut le régler. On est découragé », témoigne le commerçant qui ajoute « ils ne vont pas casser le tramway pour nous…notre problème numéro 1 c’est le stationnement ».

 

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De son côté, Deepac tempère: « Le tramway peut être positif mais il n’y a pas eu les mesures d’accompagnement nécessaires, c’est le gros souci ». « L’image qu’on donne de Casablanca est une honte », poursuit-il. « Le boulevard s’est détérioré pour une raison que j’impute à Casa Aménagement et à la mairie de Casablanca. Les dirigeants de la ville devraient concerter les commerçants, prendre l’avis des riverains… mais qu’on nous concerte! Ce sont des gens assis dans leurs bureaux et qui ne connaissent pas la réalité du terrain, c’est anormal ».

Pour rappel, l’Agence urbaine de Casablanca (AUC) a lancé le mois dernier un appel d’offres pour « l’élaboration d’un plan de revitalisation du centre historique de Casablanca, patrimoine du XXe siècle », incluant notamment la mise en valeur du patrimoine architectural et l’optimisation de l’offre en stationnement. Affaire à suivre…