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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Le programme gouvernemental promet un plan ambitieux pour le domaine de la santé. Si plusieurs réformes y sont citées, d’autres points n’ont pas été abordés par le nouvel Exécutif. Voici ce qui devraient constituer, selon deux syndicats de médecins, ses priorités. 

    S’il est une chose que la pandémie du Covid-19 a rappelé, c’est que la santé publique devrait être la priorité de tous les Etats. Au Maroc, le constat n’est pas nouveau. Le secteur pâtit de plusieurs dysfonctionnements. Le programme gouvernemental, discuté ce mercredi au Parlement pour être voté par les députés de la première Chambre, promet d’en reformer quelques-uns, sans pour autant donner des détails.

    – Une refonte radicale du système

    Le premier gros chantier cité dans le programme est celui de la généralisation de la protection sociale. Pour sa réussite, « plusieurs préalables sont encore requis », relève le président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP), Dr Moulay Saïd Afif. « Nous avons besoin d’une refonte du système de santé. Pour ça, il faut d’abord développer l’hôpital public », estime-t-il, encore.

    «Le gouvernement actuel doit gérer la santé de manière différente. Les anciennes approches se sont toutes soldées par un échec. Il y a eu un constat royal dans ce sens. En 2019, le roi avait appelé à une refonte radicale du système de santé et non une simple réforme. Nous avons traversé une crise sanitaire sans précédent pour l’Etat moderne. Elle a montré deux choses : la faiblesse de notre système de santé, comme plusieurs autres pays à des degrés différents et l’importance de la santé dans la vie sociale et économique», souligne de son côté Tayeb Hamdi, président du Syndicat national de médecine générale et vice-président de la Fédération nationale de la santé.

    «Pour réussir le chantier de la généralisation de la protection sociale et de la couverture médicale, il faut d’abord revoir quelques bases. L’objectif d’une protection sociale, c’est de faire éviter à la population des dépenser dans la santé. Il faut donc revoir notre système pour accompagner ces chantiers», relève celui qui est également chercheur en politiques et systèmes de santé.

    – Chiffrer le budget santé

    Dans son programme, le gouvernement Akhannouch promet une augmentation du budget pour le secteur de la santé. Une augmentation qui devrait, entre autres, combler les lacunes en matière d’équipements publics, d’autant que pendant la crise sanitaire, le manque de matériel, en particulier dans les réanimations, a mis une «forte pression» sur le personnel médical. Là encore, aucun chiffre n’est toutefois cité pour cette augmentation du budget.

    « Dans ce contexte, le gouvernement doit avoir une vision et un programme qui répondent à ces impératifs. Il est vrai qu’il est encore trop tôt pour en juger, nous ne disposons pas encore assez de chiffres ni de détails sur ce qu’il compte faire réellement. Le financement au Maroc de la santé n’est pas suffisant. Il faut donner plus de budget au ministère de la Santé et il faut le chiffrer», explique Tayeb Hamdi.

     

    – Concrétiser le partenariat public-privé

    Pour Dr Moulay Said Afif, le programme devrait permettre d’exécuter le partenariat public-privé «qui ne fonctionne pratiquement pas». Cela permettra une meilleure prise en charge des malades. «Par exemple, à Ouarzazate, s’il y a une clinique avec un scanner et une IRM, une convention entre l’hôpital et la clinique, permettrait aux malades de faire l’examen sur place avec un tarif préférentiel. Si un spécialiste dans le privé veut travailler dans le public, il pourrait le faire. Tout cela était prévu à travers un partenariat signé en 2008 devant le roi. Nous sommes en 2021 et rien n’a été fait», déplore-t-il.

    Lire aussi: Santé: ce que prévoit le gouvernement Akhannouch

    Même conviction du côté de Tayeb Hamdi: « Le programme parle d’améliorer les salaires et les conditions de travail des médecins dans le secteur public. Qu’en est-il du privé ?  Le discours royal souligne la nécessité d’avoir une parfaite synergie entre public et le privé. Il faut donc intégrer le privé dans l’élaboration de toute politique de la santé. Il ne faut pas oublier que nous avons davantage de médecins dans le privé que dans le public. Et puis, plus de 90% des personnes qui ont une assurance maladie vont se faire soigner dans le privé. Plus de 90% de la population qui a une assurance maladie préfère être hospitalisée dans le privé. Plus de 60% de la population, assurée ou pas, est hospitalisée dans le privé ».

     

    – Revoir le TNR 

    Autre préalable pour la réussite de ce chantier, la révision du Tarif national de référence (TNR), qui constitue la base pour le remboursement et la prise en charge des frais médicaux. « Le TNR n’a pas bougé depuis 2006, alors que la loi 65.00 stipule qu’il faut qu’il y ait une revalorisation tous les trois ans. On devrait donc être à la sixième revalorisation», regrette Moulay Said Afif.

    Et de préciser: « Est-ce qu’il y a un médecin spécialiste aujourd’hui qui consulte à 150 dirhams? Non. Le minimum, c’est 250 dirhams. Est-ce qu’il y a un médecin généraliste qui consulte à 80 dirhams ? Cela n’existe pas. Ce qui veut dire que l’adhérent paie tout de sa poche. Nous avons signé une convention de revalorisation en janvier 2020, avec la CNSS, l’ANAM, le Conseil national de l’ordre, le ministère de la Santé, les trois syndicats (le Syndicat national de médecine libérale, le Syndicat national des médecins généralistes, le Syndicat national des médecins spécialistes privés) et l’Association des cliniques privées.

    Cette convention a été signée, mais n’a jamais été publiée dans le bulletin officiel. Elle est restée lettre morte et ce n’est pas normal. Ce n’est pas comme ça qu’on peut aller de l’avant. Nous espérons que ce gouvernement tiendra compte des choses signées et ce, pour l’intérêt du patient. Pour le médecin, rien ne change au niveau du TNR, il perçoit toujours la même chose ».

    – Retenir les médecins formés au Maroc 

    « Le programme se penche aussi sur la migration des médecins et promet une amélioration de leurs conditions de travail pour les retenir. On sait que nous avons un manque de ressources humaines. Nous avons actuellement 7 facultés de médecine. Monsieur Jettou avait lancé le projet de former 3.300 médecins par an. Aujourd’hui, on en forme 2.000, voire 2.200 et 600 d’entre eux partent à l’étranger dont la moitié en Allemagne. Sommes-nous devenus une agence de pourvoyeurs de médecins pour l’Allemagne ? Ces personnes ont fait leurs études dans les facultés publiques. Leurs parents et l’Etat ont payé pour leur formation. Nous n’avons pas fait ça pour qu’ils partent en Allemagne », déplore encore le président du CSNMSP.

    Pour Afif, le médecin ne peut pas être soumis au statut de la fonction publique en vigueur : « Il faut qu’on ait un statut de la fonction de la santé. Quelqu’un qui a fait ses études en médecine, devient médecin minimum neuf ans après le bac. Il est toutefois payé à 8.000 dirhams, ce qui n’est pas normal. Donc, retenons ces personnes-là avant de recruter des médecins étrangers. Nous ne sommes pas contre la venue de ces derniers, mais d’abord retenons ceux qui ont été formés chez nous».

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