Mohamed Hamouti, l’homme qui divise la direction du PAM

1201

Le bureau politique du PAM s’est réuni lundi dans un hôtel à Salé. La réunion, qui n’a duré que cinq minutes, devait sceller le sort de Mohamed Hamouti à la tête du bureau fédéral mais elle n’a fait que compliquer davantage la situation au sein du parti à la veille du congrès national du PAM.

Ce n’est un secret pour personne, la guerre des chefs se poursuit depuis le départ d’Ilyass El Omari de la tête du parti de l’authenticité et modernité durant le mois de ramadan dernier. Conseil national, jeunesse du parti, bureau fédéral et bureau politique sont devenus autant de champs de batailles entre les différents responsables de la première formation d’opposition.

«Il faut rappeler que Hakim Benchamach a une petite santé et depuis son élection, il ne s’est pas beaucoup libéré pour le parti car il cumule cette responsabilité avec la présidence de la Chambre des conseillers. Voulant bien faire, il a délégué certaines de ses prérogatives aux dirigeants du parti, qui n’ont pas fait un travail à la hauteur des ambitions du PAM», nous déclare une proche de Benchamach et membre du bureau politique.

Pour «reprendre les choses en main», selon les déclarations de ses proches, Benchamach a organisé une série de rencontres avec les responsables de l’appareil partisane. «Le secrétaire général du parti a voulu trouver un terrain d’entente afin d’insuffler une nouvelle dynamique de travail au sein du parti mais les responsables régionaux n’ont rien voulu entendre. Certains ont même boycotté les réunions et les rencontres organisées par Benchamach. Ils ne répondaient plus à ses appels et n’appliquaient pas les circulaires du SG», développe notre source.

Une réaction disproportionnée ?

Voyant son pouvoir s’effriter et ses décisions inappliqués, Hakim Benchamach est sorti de ses gonds et a pris des mesures disciplinaires contre les frondeurs afin de calmer toute éventuelle dissidence. Benchamach a sanctionné plusieurs députés et présidents des appareils du parti au niveau de plusieurs régions au point de convoquer des assemblées générales électives afin de changer les dirigeants des instances locales.

Une décision qui ne fera qu’augmenter la colère contre Benchamach, surtout auprès des militants de la base qui ont vu dans ce pas du SG une tentative de contrôler d’une main de fer le parti.

Dans ce climat tendu, plus Benchemach agissait plus il s’attirait la colère de sa base. Pour ne pas arranger les choses, le chef de file du PAM a convoqué une réunion du bureau politique du parti. La réunion, qui a eu lieu lundi, n’a duré que cinq minutes et était dédiée à un seul point: «mettre fin au mandat de Mohamed Hamouti» à la tête du bureau fédéral du PAM, une instance qui rassemble les élus et les responsables régionaux et locaux de l’appareil du PAM.

On reproche notamment à Hamouti d’accuser du retard dans les préparatifs du prochain congrès du parti. Ce dernier s’est invité à la réunion et s’est contenté de répondre «merci Mr le secrétaire général» après l’annonce de Benchamach de la décision de lui retirer la présidence du bureau fédéral.

Lire aussi: Le PAM a-t-il atteint sa date de péremption?

Nos sources nous ont confirmés que la réaction de Ahmed Akhchichen, qui s’est opposé à l’éviction de Hamouti, a été la plus virulente. Le président de la région de Marrakech-Safi a expliqué à Benchemach devant les membres du bureau politique que «le temps des paroles et de la sagesse est terminé. Puisque tu insistes à prendre cette décision, assumes-là. Le bureau politique n’est pas un paillasson du secrétaire général. C’est une institution indépendante», nous confie nos sources.

Deux communiqués et autant de clans ?

Quelques heures (à peine) après la réunion, le site du parti politique a publié un communiqué relatif aux décisions prises par le bureau politique. Dans les détails, on comprend que les décisions prises lors de la réunion ont été validées par la majorité des membres du BP. La cause du remplacement du président du bureau fédéral par le secrétaire général, selon le communiqué, est le retard qu’accusent les préparatifs du quatrième congrès du parti dont Hamouti est (l’unique) responsable.

Lire aussi: Qui veut démanteler les instances dirigeantes du PAM?

Alors qu’on croyait les choses rentrées dans l’ordre et le départ de Hamouti acté, un nouveau communiqué a été publié portant la signature de 12 membres du Bureau politique est venu. Selon eux, «l’institution du bureau politique du parti n’a pas délibéré sur les points soulevés par le communiqué du secrétaire général et aucune décision n’a été prise dans ce cadre-là. Les 12 signataires assurent que «les décisions du secrétaire général ont été prise à titre personnel et nous affirmons également avec force notre attachement à la légitimité démocratique et à toutes les décisions de la réunion du 5 janvier 2019 ». Cette réunion (5 janvier) avait vu la nomination de Hammouti à la tête du bureau fédéral.

Selon nos sources, Hamouti croyait qu’il avait perdu la bataille face à Benchemach à la fin de la réunion et il apparaissait affaibli et touché par la nouvelle annonce. Mais c’était sans compter sur le soutien de Ahmed Akhchichen et de Abdellatif Ouahbi qui a changé la donne. «Hamouti, ‘Si Ahmed’ Akhchichen et Aziz Benazzouz veulent te parler», a lancé Ouahbi à la sortie de la réunion devant les autres membres du bureau politique. Hamouti rejoint les trois hommes qui se réunissent dans la cafétéria de l’hôtel avant de revenir vers les autres membres du BP pour les convaincre de réagir à la dérive autoritaire en signant le communiqué ci-dessus. Douze membres sur trente-et-un ont accepté de suivre le triumvirat. Plus divisée que jamais, la direction du PAM navigue désormais à vue.

Parlementaire de la circonscription d’Al Hoceima et membre de la commission des finances de la première chambre. Mohamed Hamouti a rejoint le PAM en 2011 avant de gravir petit à petit les échelons de l’appareil partisane grâce à son amitié avec Ilyass El Omari et Aziz Benazzouz.

 

 

Adil Aït Daoud