L’Espagne, l’autre eldorado des étudiants marocains

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Chaque année ce sont des milliers de Marocains qui choisissent d’aller en Espagne pour poursuivre leurs études supérieures. Quelques-uns ont témoigné pour H24 Info.

En 2019, ils étaient quelque 5 000 Marocains inscrits dans des établissements scolaires en Espagne. Un chiffre conséquent malgré la barrière de la langue. Barrière brisée grâce aux différentes missions espagnoles dispersées à travers le royaume. Elles sont une dizaine à Tétouan, Rabat, Casablanca et ailleurs.

Nisrine, 24 ans a été scolarisée dès son jeune âge dans une mission espagnole. Comme la plupart des bacheliers de ces missions, jouissant d’un baccalauréat européen, elle choisira l’Espagne pour ses études supérieures. La native de Casablanca s’est rendue à Madrid dans une prestigieuse école privée de design d’intérieur. Coût des études: quelque 9 500 euros l’année, bien au-dessus des tarifs appliqués par les universités publiques.

Le privé 100 fois plus cher

Un coût qui se traduit sur les services proposés par cette école élitiste. «L’équipe de direction a toujours été aux petits soins pour nous. Et nous avons bénéficié de plusieurs immersions dans de grandes multinationales», nous explique Nisrine qui a décroché sa licence au bout de quatre ans, une spécificité espagnole, contrairement aux autres systèmes LMD (Licence-Master-Doctorat) qui ne prévoient que trois ans pour l’obtention du grade universitaire de premier cycle.

À ces frais s’ajoutent le loyer et autres dépenses nécessaires qui avoisinant les 1 000 euros par mois, nous confie Nisrine, affirmant que « Madrid est une ville très chère et c’est surtout le loyer qui draine le plus d’argent».

Contrairement à Madrid et Barcelone, villes les plus chères en Espagne, d’autres sont beaucoup plus accessibles. En Andalousie, région qui accueille le plus grand nombre d’étudiants marocains, les frais d’inscription sont les moins chers. Et c’est surtout pour les universités publiques que la majorité de ces étudiants font le déplacement. D’ailleurs, en plus de proposer des prix très compétitifs, seuls les étudiants étrangers d’origine marocaine bénéficient des mêmes tarifs que les étudiants européens en Espagne.

 

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C’est un peu plus à l’ouest, en Estrémadure que Hamza 18 ans, originaire de Tétouan a décidé de poursuivre ses études. Tout comme en Andalousie, cette commune frontalière avec le Portugal offre des tarifs imbattables. Le jeune bachelier qui étudie les sciences de l’information paye 750 euros l’année, pour un cursus s’étalant également sur 4 ans.

«À Badajoz la vie est beaucoup moins chère», un critère qui attire de nombreux étudiants, explique notre interlocuteur. Avec un loyer aux alentours de 300 euros, «je dépense à peu près 500 euros par mois, ce qui n’est pas le cas pour mes amis installés dans d’autres villes», affirme-t-il.

Des programmes pour drainer les diplômés marocains

Outre, les bacheliers des missions espagnoles, d’autres Marocains s’intéressent aux études en Espagne. Ceci découle également de la volonté affichée depuis quelques années par le pays ibérique qui tente de charmer les bacheliers et licenciés marocains. Et pour ce faire, des programmes et bourses à foison sont proposés chaque année par le pays.

Ceux souhaitant se rendre en Espagne, dans le cadre de leurs études, doivent toutefois s’acquitter de l’examen de la «selectividad», une épreuve écrite entièrement en espagnol permettant d’accéder aux universités espagnoles.  En ce qui concerne les masters et les doctorats, nul besoin de passer la «selectividad».

C’est ce qu’a choisi, par pur hasard, Mariam, doctorante en biologie marine de la faculté des sciences de Tétouan qui a décidé de faire sa thèse en cotutelle avec l’université de Cadiz. Son premier contact avec l’Espagne a été en 2013 alors qu’elle faisait son master, nous confie-t-elle. «J’ai fait un stage là-bas grâce à l’Institut National de recherche halieutique de Tanger qui menait une étude conjointe avec l’Université de Cadiz».

 

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Après cette expérience, la jeune Marocaine a décidé de faire un deuxième master en gestion intégrale de l’eau à Cadiz. «Les masters sont payants et leurs prix, varient selon l’Université, oscillant entre 1 800 et 2 500 euros l’année», explique-t-elle soulignant que diverses sont les bourses qui permettent d’alléger ces frais, et peuvent s’appliquer tantôt aux frais d’inscription comme à ceux d’hébergement. C’est le cas de Mariam qui a pu obtenir une bourse pour faire son doctorat.

La volonté de drainer des étudiants marocains par l’Espagne est également partagée et même animée par le Maroc. En effet, le royaume aurait réclamé «un programme permettant à ses étudiants universitaires d’étudier en Espagne» en 2019.

Ces étudiants pourront ainsi profiter d’une sorte de programme Erasmus afin de se rendre en Espagne pour y suivre des études de troisième cycle, puis rentrer dans leur pays avec l’expérience d’un séjour académique à l’étranger.