La dissolution de l’association Racines confirmée en appel

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La justice a confirmé mardi en appel la dissolution controversée de l’association culturelle Racines, dans le collimateur des autorités pour avoir hébergé l’enregistrement d’un débat critique, a-t-on appris auprès cette ONG qui y voit une atteinte à la liberté d’expression.

Fin décembre 2018, le tribunal de première instance de Casablanca avait ordonné la dissolution de Racines, jugée coupable d’avoir « organisé une activité incluant des interviews parsemées d’outrages évidents aux institutions » et à la « religion musulmane », selon les arrêtés du jugement.

Cette condamnation avait suscité l’indignation dans les milieux associatifs. Une grande campagne de soutien avait mobilisé près de 200 personnalités marocaines et internationales dont le linguiste américain Noam Chomsky ou l’écrivaine franco-marocaine Leila Slimani.

Mais la Cour d’appel a maintenu ce verdict, a indiqué à l’AFP Aadel Saadani, membre-fondateur de Racines. « C’est une première: il n’y a jamais eu de dissolution d’une association pour des raisons d’opinions politiques, même durant les années de plomb de Hassan II », père de l’actuel roi Mohammed VI, a souligné M. Saadani.

 

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« Il n’y a pas de place pour la liberté d’expression dans ce pays, pour que les voix alternatives, comme la société civile et les journalistes, donnent un autre son de cloche sur les politiques publiques », a-t-il regretté.

Racines, qui défend dans plusieurs pays d’Afrique l’intégration de la culture dans les politiques publiques, avait accueilli en août dernier dans ses locaux à Casablanca le tournage d’une émission diffusée sur YouTube, intitulée « 1 dîner 2 cons ».

 

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Au cours de ce talk-show qui avait fait plus de 500.000 vues, des journalistes, artistes et intellectuels avaient évoqué les problèmes de corruption et la politique de « répression » des mouvements de protestation sociale qui agitent régulièrement le pays.

Le ton particulièrement osé des débats et la présence de bouteilles d’alcool sur une table avaient donné lieu à des articles incendiaires dans certains médias.

Les organisations de défense des droits humains Amnesty international et Human Rights Watch (HRW) avaient critiqué en janvier la décision de dissolution destinée à « intimider les critiques et les réduire au silence » dans un contexte général de « harcèlement » des médias au Maroc.