Saad Lamjarred: le début de la fin?

à 14:44

Depuis sa première arrestation, Saad Lamjarred a été lâché progressivement par plusieurs marques ou sociétés. Cette semaine, Radio 2M et Hit Radio ont décidé de ne plus diffuser ses chansons. Une ultime étape qui signe la fin du business du chanteur.

Quand l’affaire du viol de Laure Prioul éclate en octobre 2016, Lamjarred est alors la star la plus banquable du Maroc et pouvait même se targuer d’être parmi les mieux payés du monde arabe. Chose inconcevable avant lui, Lamjarred devient une star très populaire au Moyen-Orient au point de rivaliser avec les grosses cylindrées comme Haifa Wehbe, Elisa ou encore Hussain Al Jassmi. Quand il débarque au Koweït en 2014 pour une tournée dans le pays, il déclenche une émeute en raison de l’hystérie des groupies. Au passage les conservateurs de ce pays crient au scandale.

Au somment de sa gloire, il enchaîne alors les contrats publicitaires notamment avec le géant Pepsi à l’occasion de la Champions League de la saison 2016. Quand il est arrêté la veille d’un concert à Paris en octobre 2016, Pepsi met fin à son contrat avec le chanteur.

Deux ans auparavant, la société Addoha Immobilier qui avait pris l’habitude d’associer son image avec les stars du moment comme Cheb Khaled, moyennant des cachets astronomiques, surfe sur le succès phénoménal de la chanson Enty. Addoha fait signer l’artiste pour le besoin de sa campagne publicitaire du mois du ramadan 2014. L'affaire est tellement juteuse qu'elle provoque une guerre entre le chanteur et son collabor DJ Van. Après un arrangement financier éviter la justice, les deux artistes se séparent définitivement.

Il récidive alors avec sa chanson M3allem qui a été vue sur Youtube par plus d’un demi-milliard de personnes. Quand l’artiste est écroué pour viol, Addoha prend ses distances avec lui et va jusqu'à retirer de ses panneaux publicitaires où figurait l’artiste à travers toutes les villes du royaume, et il sera remplacé par le comédien Hamza Filali. Officiellement, Addoha annoncera que les contrats publicitaires avec Lamjarred étaient arrivés à leur terme.

La fin d'un cash machine

Alors qu'on le donnait pour mort artistiquement, Lamjarred, en véritable machine à tubes, prend tout le monde de court et lance Let go après sa libération conditionnelle en attendant son procès pour le viol de Laura Prioul. Alors que son business commence à reprendre du poil de la bête, il sort en mars  2018 la chanson Ghazali, et enchaine avec Casablanca quelques mois après. Le succès sur Youtube et les radios est immédiat, et même ses détracteurs laissent de côté leur rengaine. L’artiste redevient alors fréquentable au point de figurer sur le clip Happy Birthday  Sidna signé par RedOne. Mais sa seconde arrestation sonnera la glas de son succès.

“2M ne fait pas partie des radios qui diffusent les titres de Saad Lamjareed ou qui en font la promotion, et ce quasiment depuis le début de ses démêlés avec la justice française”, a déclaré Samira Sitaïl, directrice générale de l’information de la chaîne 2M, Samira Sitail, sur Twitter.

 

Radio 2M a emboîté ainsi le pas à Hit Radio, qui a pris les devants pour décider de ne plus diffuser les chansons de Saad Lamjarred, malgré un grand cafouillage au niveau de sa communication. Un sondage mené à l'antenne a en effet montré qu'une large majorité des auditeurs voulaient entendre leur idole.

Depuis la première arrestation de la star de la chanson, les radios marocaines subissent d'un côté la pression des auditeurs qui demandent un arrêt définitif de la diffusion de ses chansons, et de l'autre celle des fans qui croient en son innocence. Profitant de ce clivage, les radios ont préféré temporiser en attendant d’y voir plus clair. Ce qui fait dire au patron de Hit Radio que les chansons de Lamjarred ne seraient plus diffusées "le temps que les esprits se calment".

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Avec la seconde interpellation du chanteur à la fin du mois d’août à Saint-Tropez, et surtout sa détention provisoire, sur décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, les détracteurs du chanteur sont revenus à la charge pour mener une campagne agressive sur les réseaux sociaux appelant à l’arrêt de diffusion de ses chansons. Ainsi, la Toile s’est emparée du hashtag #Masaktach afin de supprimer des radios marocaines les chansons de Lamjarred.

Le chanteur était nominé pour sa dernière chanson "Casablanca", et ce pour trois catégories meilleur chanteur en Afrique, meilleure chanson en Afrique et meilleur artiste en Afrique du nord.

A contre-courant de 2M et Hit Radio, radio Chada FM a fait savoir qu'elle ne déprogrammerait pas Saad Lamjarred "tant qu'il n'aura pas été jugé, au nom de la présomption d'innocence".

Ultra-célèbre dans le monde arabe, le chanteur "est toujours dans le top du baromètre Youtube, pour beaucoup de ses fans il restera une icône, même s'il est condamné", assure M. Boumehdi.

Tous ne partagent pas ce point de vue. "Les paroles de ses chansons glorifient la domination du mâle dans le couple (...) et la soumission de la femme", s'insurge Mehdi Alami, un chef d'entreprise, dans une tribune de presse abondamment reprise sur les médias sociaux. Il est "en quelque sorte la quintessence du clinquant, du “beldoche”, du mauvais goût, de la sous-culture de notre pays", critique-t-il.

Isolé, boycotté, le chanteur, inculpé en France dans trois affaires de viol, risque de croupir encore longtemps en prison...