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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Dirigeant historique d’Ennahdha, formation d’inspiration islamiste qui dénonce actuellement un « coup d’Etat » en Tunisie, Rached Ghannouchi incarne les louvoiements de ce parti au pouvoir depuis dix ans. Malgré son influence, il peine désormais à mobiliser autour de lui un leadership divisé et des partisans lassés.

    Lundi, l’octogénaire a campé 12 heures durant devant le Parlement à Tunis, dénonçant l’aspect inconstitutionnel des décisions soudaines du président Kais Saied de s’octroyer le pouvoir exécutif et de suspendre l’activité des députés pour 30 jours.

    Opposant de premier plan sous Bourguiba et Ben Ali, il a été rejoint par quelques centaines de partisans, loin des milliers de personnes qui avaient célébré son retour de Londres après 20 ans d’exil lors de la chute du dictateur en 2011. Car depuis la révolution, ce personnage clivant, cheval de Troie d’un islamisme rigoriste pour certains, sage stratège ayant permis une cohabitation démocratique pour d’autres, s’est finalement vu accuser d’être un manoeuvrier pragmatique, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.

    « C’est un vieux briscard de la politique, avec des aptitudes de caméléon: il a montré qu’il pouvait s’adapter à toutes les situations, quitte à renier ses principes », explique à l’AFP le politologue Selim Kharrat, en rappelant qu’après 10 ans au pouvoir Ennahdha « cristallise le mécontentement » des Tunisiens, en pleine crise politique, sociale, économique et sanitaire.

    Numéro deux de l’Etat, l’actuel président du Parlement est en sursis à la tête de son parti et figure parmi les personnalités politiques les moins appréciées de Tunisie, selon des sondages.

    « Démocrate musulman »

    A défaut de pouvoir réunir une majorité absolue, il s’est toujours arrangé pour qu’Ennahdha soit incontournable dans les différentes coalitions depuis la révolution. Quitte à passer des alliances contre nature avec le parti libéral Qalb Tounes de l’homme d’affaires Nabil Karoui, ou avec l’ancien président Beji Caid Essebsi, en arguant de la nécessité d’un « consensus » nécessaire à la transition démocratique.

    A 80 ans, ce « cheikh » aux cheveux blancs et au physique frêle est accusé d’avoir été ambigu face à la montée du jihadisme après la révolution. Auteur de prêches enflammés réclamant l’application de la charia dans les années 1970, il s’est d’abord inspiré des Frères musulmans égyptiens, avant de commencer à se réclamer du modèle islamiste turc de Recep Tayyip Erdogan.

     

    Lire aussi: En Tunisie, un ras-le-bol alimenté par une crise économique sans fin

     

    Il a ensuite fait muer Ennahdha en mouvement civil, censé depuis 2016 n’être consacré qu’à la politique, et s’affiche depuis comme un « démocrate musulman » défendant des valeurs conservatrices sans dogmatisme. Ses concessions ont divisé son camp. Certains partisans lui ont ainsi reproché d’avoir soutenu une loi controversée qui proposait d’amnistier les responsables accusés de corruption sous Ben Ali.

    Lassitude du pouvoir

    Né à El Hamma, petite ville de la côte sud, au sein d’une famille modeste, Rached Ghannouchi a étudié la théologie, puis la philosophie, notamment au Caire et à Damas. De retour en Tunisie à la fin des années 1960, il fonde en 1981 le « Mouvement de la tendance islamique », rebaptisé en 1989 Ennahdha – « La renaissance ».

    Une entreprise clandestine qui lui a valu deux séjours en prison dans la Tunisie du père de l’indépendance, Habib Bourguiba, qui réclamait qu’il soit « pendu ». Gracié par Ben Ali en 1987, puis de nouveau persécuté après une percée électorale, l’opposant s’exile en Algérie, puis à Londres en 1991. Il y cultivera une image de penseur réformiste de l’islam. Au Royaume-Uni, « il côtoyait toute l’élite européenne et arabe, qu’elle soit nationaliste ou islamiste », raconte à l’AFP Ahmed Gaaloul, membre d’Ennahda et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports.

    D’où sa propension à se poser en « homme de consensus », selon lui. Sa culture des petits arrangements a toutefois fini par lasser: « Ennahdha a rétréci sa base électorale et se divise en interne », observe M. Kharrat. Alors que son deuxième mandat à la tête du parti s’achevait en 2020, une centaine de ses membres influents ont fait fuiter une lettre lui demandant de quitter son poste. Affaibli, M. Ghannouchi est en mauvaise posture pour résister au coup de force de Kais Saied, selon M. Kharrat.

    « Il se retrouve pris à son propre jeu et paye ses erreurs politiques »: sous son égide, Ennahdha a toujours empêché la formation d’une Cour constitutionnelle en Tunisie, la seule institution qui aurait aujourd’hui le pouvoir d’invalider les projets du président de la République.

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