Brexit: le revers de Theresa May vu par la presse britannique

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Le revers de Theresa May faisait sans surprise la une de la presse britannique. The Sun, The Guardian, The Daily Telegraph, The Times

Outre-Manche, les médias ne mâchent pas leurs mots au lendemain du rejet massif de l’accord sur le Brexit : «une humiliation totale», titre The Telegraph; «une défaite historique», pour The Guardian.

Au lendemain du rejet massif de son accord de sortie de l’Union européenne par les députés britanniques, la presse outre-Manche ne mâche pas ses mots pour qualifier la défaite de la première ministre, Theresa May.

«May humiliée», souligne ce matin le Daily Mirror qui résume la situation actuelle par un lapidaire «Pas d’accord… Pas d’espoir… Pas de solution… Pas de confiance», après le dépôt d’une motion de censure par l’opposition travailliste. Aux yeux de leurs confrères du Daily Mail, le bail de Theresa May au 10 Downing Street ne «tient plus qu’à un fil» après ce résultat «catastrophique qui menace de plonger la sortie de l’UE dans le chaos». The Sun, lui, préfère ironiser affichant un savant photomontage: «L’accord de Theresa May désormais mort comme un dodo», s’inspirant d’une formule du brexiter Jakob Rees-Mogg.

Le Daily Telegraph, qui évoque pour sa part «une humiliation totale», admet tout de même qu’il faut «un certain talent pour tourner autant de personnes contre soi». «Madame May détient le record de l’interprétation faussée des situations», déplore le quotidien pro-Brexit dans son éditorial. «Elle a mal interprété les électeurs lors de législatives anticipées de 2017; elle a mal interprété l’Union européenne; elle a mal interprété son Cabinet lors du plan de Chequers; et il est évident qu’elle a dramatiquement mal interprété le Parlement.» Le quotidien n’est guère plus tendre envers son adversaire travailliste: «Ce pays réclame l’unité mais Jeremy Corbyn ne pense qu’à démettre la première ministre de ses fonctions.»

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Le Financial Times s’interroge sur les chances de survie de Theresa May qui a jusqu’à lundi pour présenter son plan B aux parlementaires. Le Times affiche un certain pessimisme: «Elle devra en tout cas se presser pour ressusciter son plan tout en faisant face à la motion de censure», estime le quotidien. «Difficile d’imaginer Mme May revenir avec des concessions suffisantes pour convaincre les ultras du Brexit et le DUP.» Selon l’éditorialiste Matthew Parris, il est désormais temps que des parlementaires chevronnés prennent en main le dossier Brexit. «Il n’y a aucun leadership, ni au sein du gouvernement ni dans l’opposition, qui soit capable de nous aider à sortir de ce bourbier», écrit-il.

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Chroniqueur du très europhile GuardianJonathan Freedland ne se montre à présent guère optimiste sur l’avenir de son pays. «Cela a été l’histoire européenne de la Grande-Bretagne, voyant à plusieurs reprises ce qui était un projet de paix, conçu pour mettre fin à des siècles de sang versé, comme une arnaque destinée à escroquer les Britanniques de leur argent», estime-t-il. «Cela se termine ainsi devant un Parlement paralysé par l’indécision, incapable d’embrasser l’Europe – mais tout aussi incapable de rompre. Et dans le spectacle d’un pays perdu et à la dérive.»