Algérie: doutes sur la tenue d’une élection présidentielle le 4 juillet

à 22:14

Seuls deux petits candidats ont fait acte de candidature, mais celles-ci ont peu de chance d’être validées par le Conseil constitutionnel, faute de réunir un nombre suffisant de parrainages.

Pas de candidats? Deux candidats? La situation est devenue encore plus confuse dimanche en Algérie autour de la présidentielle prévue le 4 juillet, un scrutin catégoriquement rejeté par le mouvement de contestation et dont la tenue apparaît de plus en plus incertaine.

À l’expiration du délai légal, samedi à minuit, le Conseil Constitutionnel a annoncé dans un communiqué avoir enregistré le dépôt de deux dossiers auprès de son secrétariat général: ceux de Abdelhakim Hamadi et de Hamid Touahri, deux quasi-inconnus. Ces candidatures ont de maigres chances d’être validées car elles risquent de se heurter aux conditions fixées par la loi, notamment l’obligation d’obtenir 60.000 parrainages d’électeurs ou 600 signatures d’élus. Selon la presse, Abdelhakim Hamadi avait déjà déposé sa candidature pour l’élection du 18 avril, et elle fut finalement annulée.

Le Conseil constitutionnel a desormais dix jours pour statuer sur la validité des deux candidatures, selon la loi électorale. Avant l’annonce du Conseil constitutionnel, la radio publique avait indiqué que le pays vivait une «situation inédite» et qu’aucun dossier de candidature n’avait été déposé. Selon elle, le seul candidat également cité par d’autres médias, un militaire à la retraite, Benzahia Lakhdar, un ex-militant du Front de libération national (FLN), le parti du président déchu Abdelaziz Bouteflika, s’était rétracté au moment de déposer son dossier. Le site d’informations TSA affirme quant à lui qu’aucun candidat n’est parvenu à réunir le nombre de signatures nécessaires. «Il est fort probable que le pouvoir annonce, bientôt, le report de cette joute à une date ultérieure», écrit le quotidien francophone El Watan sur son site Internet, en allusion à la présidentielle.

La crainte d’un scénario à l’égyptienne

L’Algérie est secouée depuis le 22 février par des manifestations massives qui avaient été déclenchées par la volonté d’Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Ce dernier avait finalement démissionné le 2 avril sous la pression de la rue et de l’armée, mais les manifestants restent mobilisés, réclamant le départ de l’ensemble du «système» au pouvoir durant les deux décennies de règne d’Abdelaziz Bouteflika. Le mouvement de contestation rejette la tenue d’une élection présidentielle tant que leur revendication n’a pas été satisfaite et réclame, avant tout scrutin, des structures de transition à même de garantir une élection libre et équitable.

Aucune personnalité d’envergure n’a fait publiquement acte de candidature à la présidentielle et aucun grand parti au pouvoir ou d’opposition n’a désigné de candidat. Le pouvoir actuel et son président par intérim, Abdelkader Bensalah, désigné le 9 avril, ont dit vouloir s’en tenir aux délais constitutionnels: l’élection d’un nouveau chef de l’État dans les 90 jours suivant le début de l’intérim. Homme fort du pays, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, a opposé une fin de non-recevoir aux revendications de la rue. Il a jugé en début de semaine «irraisonnable voire dangereux» le départ des figures du «système» et appelé à accélérer les préparatifs de la présidentielle afin d’éviter un «vide constitutionnel» et de juguler «ceux qui veulent faire perdurer la crise».

Le chef d’état-major a aussi appelé les manifestants à «s’unir» avec l’armée afin de déjouer «l’infiltration» des manifestations par les «instigateurs de plans pernicieux», et a assuré n’avoir «aucune ambition politique». Le retour au centre de l’échiquier politique de l’armée - considérée comme le réel détenteur du pouvoir jusqu’à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika - fait craindre à certains observateurs un possible scénario «à l’égyptienne». En Égypte, le chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi s’est fait élire président après un coup d’État militaire en 2013 contre le président élu Mohamed Morsi et après avoir assuré que l’armée «resterait éloignée de la politique».