La reconnaissance de l’Etat de la Palestine divise l’Espagne

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La reconnaissance par l’Espagne de l’Etat palestinien, une démarche à forte valeur symbolique, n’est pas du goût de toutes les composantes de la société espagnole. Les rivaux politiques de Pedro Sanchez y voient une manœuvre électorale à la veille des élections européennes, tandis que ses ex-compagnons de route jugent la mesure insuffisante.

L’Espagne rejoint officiellement la liste de plus de 140 pays qui reconnaissent l’Etat palestinien. Lors d’une allocution transmise en direct en espagnol et en anglais ce mardi matin, Pedro Sanchez a avancé les raisons de ce geste promis à ses électeurs. Pour le chef de l’exécutif espagnol, cette reconnaissance est nécessaire pour « parvenir à la paix«  entre Israéliens et Palestiniens, en plus d’être « une question de justice historique » pour le peuple palestinien.

Sanchez a justifié sa démarche en expliquant que cette décision n’est prise « contre personne, et encore moins contre Israël, un peuple ami, un peuple ami que nous respectons (…) avec qui nous voulons avoir la meilleure relation possible« . Et d’affirmer que reconnaître l’Etat de Palestine reflète par ailleurs « notre rejet total du Hamas qui est contre la solution à deux Etats« .

Toute en réitérant la condamnation de l’attaque du 7 novembre dernier, Sanchez a souligné qu’il s’agit d’une décision historique qui a un seul objectif: contribuer à ce que Israéliens et Palestiniens atteignent la paix. « Il doit s’agir d’un État viable, avec la Cisjordanie et Gaza connectées par un corridor, avec Jérusalem-Est comme capitale et unifiées sous le gouvernement de l’Autorité nationale palestinienne. »

De même, Sanchez a affiché son soutien à l’Autorité palestinienne, « notre allié pour la paix« , et promis que « nous allons les soutenir« . Le locataire du Palais de la Moncloa a ajouté que ses efforts porteront également sur l’organisation d’une conférence internationale pour la paix pour atteindre un unique objectif: deux Etats.

Réactions

Sans trop tarder, le ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz, a accusé, dans un message publié sur X, le Premier ministre espagnol de se rendre « complice des appels au génocide du peuple juif » en reconnaissant l’Etat de Palestine et en maintenant à son poste la numéro trois de son gouvernement, Yolanda Diaz, qui a appelé récemment à libérer la Palestine « du fleuve à la mer« .

De son côté, le rival politique des socialistes, le Parti populaire, a déploré la reconnaissance de l’État de Palestine par le gouvernement avec le seul soutien de l’Irlande et de la Norvège au sein de l’Union européenne (UE).


Une reconnaissance qui arrive une semaine plus tard que prévu et qui, malgré cela, n’a pas réussi à rassembler plus d’adhésions. «Pour ce voyage et dans ces termes, non seulement il ne compte pas sur le soutien des autres pays de notre entourage, mais il ne compte même pas sur la moitié de son gouvernement», ont dénoncé des sources du PP citées par le journal conservateur ABC.

«Il ne compte même pas sur le soutien de Sumar, car Yolanda Díaz a fixé des frontières totalement différentes de celles que Sánchez a dit défendre pour ce nouvel État palestinien», ajoute le PP dont le seul objectif est de jeter le discrédit sur sa bête noire politique, faisant fi des souffrances du peuple palestinien.

Lire aussi. La reconnaissance de l’Etat de Palestine actée par l’Espagne, l’Irlande et la Norvège

Du côté de Podemos, l’éternel insatisfait politique, l’on estime que « l’Espagne devient le 146e pays, donc la mesure tombe un peu tard« . Le parti considère également que le gouvernement espagnol ne fait toujours rien pour mettre fin au massacre à Gaza.

Dans ce sens, la formation radicale a proposé à son ex-allié politique cinq mesures ayant comme finalité de mettre fin au génocide à Gaza. Il s’agit de soutenir le procès pour génocide initié au niveau international contre Israël, de rompre les relations avec l’Etat hébreu et d’imposer des sanctions à Netanyahu, comme cela a été le cas pour le président russe Vladimir Poutine et ses proches, entre autres mesures.

Quant à Vox, l’allié inconditionnel d’Israël, celui-ci a désapprouvé ce qu’il appelle la reconnaissance « unilatérale » de l’Etat palestinien. Le parti radical estime que l’Espagne doit afficher son appui au droit d’Israël à se défendre.

Pour le Syndicat des étudiants qui se mobilise avec ferveur en faveur de la cause palestinienne, Pedro Sánchez reconnaîtra aujourd’hui l’État de Palestine, mais continuera à vendre des armes à Israël et restera complice du génocide. « A bas l’hypocrisie« , ont scandé les jeunes militants durant un sit-in hier lundi.

« Le 28 mai 2024 sera désormais une date marquante dans l’histoire de la politique étrangère espagnole », relève fièrement El Diario, pure player proche des milieux socialistes espagnols.

Cependant, certains internautes espagnols estiment que Sanchez n’a pas eu le courage d’aller au bout des choses puisqu’il reconnait à peine 22% de la Palestine quand il précise que “nous ne reconnaîtrons aucun changement des lignes frontalières de 1967 qui ne soit pas convenu par les parties ».

Pour ses détracteurs de la droite, ce geste est un coup d’épée dans l’eau car l’Espagne ne vaut rien sur l’échiquier international, selon eux. D’aucuns y voient même une stratégie électorale propre à Sanchez, à la veille des élections européennes.

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