Vidéos. Retour sur le succès fou de Christophe, le chanteur « beau bizarre »

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Le chanteur français Christophe est décédé jeudi à l'âge de 74 ans. Photo AFP

Énigmatique et lunaire, le chanteur Christophe, décédé jeudi des suites d’une maladie pulmonaire, occupait une position unique dans la chanson française, à la fois ex-yéyé éternellement amoureux d' »Aline » et musicien expérimental vénéré par la jeune garde.

Christophe était un être à part, qui recevait les journalistes chez lui. Et à son heure. Celle d’un homme qui vivait « à l’envers », entamant sa journée quand la plupart des gens songent à se coucher.

C’est donc au creux de la nuit qu’il fallait se rendre dans son antre, dans un imposant immeuble art déco à Paris.

En y pénétrant, on plongeait avec fascination dans l’univers du « beau bizarre », le titre d’un de ses plus célèbres albums.

Dans la cuisine, à côté du frigo rouge, un portrait de David Bowie. Dans le salon-studio, sous les volutes d’encens, des juke-boxes, des radios vintage, des synthétiseurs et des guitares.

 

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Mais aussi d’innombrables tableaux, certains signés de sa main, un jeu d’échecs posé sur les cordes du piano ouvert et une Vierge noire en bakélite pour surveiller le tout.

« La collection, c’est mon truc, je collectionne aussi les moments de hasard, les moments qui m’ont plu. La création, c’est ça, c’est l’inconnu, c’est savoir attraper », disait-il avec son débit heurté.

Ses interlocuteurs devaient, eux, attraper les bribes de ses pensées, tant les conversations avec cet esprit labyrinthique s’apparentaient souvent à un monologue rêveur.

Christophe était né Daniel Bevilacqua, le 13 octobre 1945 à Juvisy-sur-Orge, en région parisienne. Fils d’un entrepreneur d’origine italienne et d’une mère couturière, l’adolescent traîne souvent à Paris et tombe amoureux d’une Amérique fantasmée, qu’il voit défiler sur les écrans de cinéma.

« Kamikaze du son »

La découverte d’Elvis et du blues de Johnny Lee Hooker, Sonny Boy Williamson ou Lightin’ Hopkins, est un choc pour cet admirateur de Georges Brassens.

Au début des années 60, il fonde son premier groupe, Danny Baby et les Hooligans, et enregistre son premier disque.

« Reviens Sophie » est un flop. Son deuxième essai, en 1965, est un coup de maître: « Aline », un des tout premiers slows de l’été. Mais le jeune homme qui voulait travailler chez Cardin se sent vite à l’étroit dans le costume des yéyés.

Accompagné d’un jeune parolier du nom de Jean-Michel Jarre, arborant désormais moustache et cheveux longs, il publie en 1973, puis 1974, deux albums fondateurs : « Les paradis perdus » et « Les mots bleus ».

Sa voix aiguë commence à se poser sur ce qui deviendra l’instrument de prédilection de ce « kamikaze du son »: le synthétiseur. Une passion qui culminera en 1996 avec le très expérimental « Bevilacqua ».

Le chanteur trouve son style, entre dandy crooner et expérimentations inspirées du rock anglo-saxon. Il sera à son apogée en 1978 avec « Le beau bizarre », considéré comme son plus grand disque par la critique.

A partir des années 80, ce cinéphile épris de vitesse et de belles cylindrées — ce qui lui vaudra un retrait de permis — ralentit son rythme de travail.

« Dandy un peu maudit »

Il alterne longues éclipses et période de créativité musicale, comme hauts et bas dans sa vie personnelle.

Rétif à toute notion de « carrière », il déserte la scène pendant 27 ans. Quand il y revient en 2002, dans la foulée de l’album « Comm’ si la terre penchait », c’est avec un spectacle mêlant la musique, des chorégraphies signées Marie-Claude Pietragalla et des numéros de magie. Une esthétique à son image, à part.

« Dandy un peu maudit, un peu vieilli », cet amateur de poker aimait avant tout jouer. En 2012, à 67 ans, il s’était lancé un nouveau défi: apprendre le piano pour une tournée et le plaisir de « faire des trucs incertains, perdus, ratés, beaux, j’espère ».

En décembre 2019, il résumait ainsi sa carrière: « Je connais mes hauts et mes bas, j’ai eu des beaux bas ».