Vidéo. « Islamo-gauchisme »: une ministre française dans la tourmente

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La très discrète ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal s’est attirée les foudres du monde politique et universitaire cette semaine après ses déclarations sur l' »islamo-gauchisme », un terme qui évoque une convergence entre islamistes et extrême-gauche.

Jusqu’ici, la ministre jugée « hermétique aux médias » par son entourage était restée discrète malgré le malaise des étudiants empêtrés dans la crise du Covid, dont beaucoup lui reprochent de ne pas avoir saisi leur détresse et d’avoir réagi trop tard.

Dans un pays encore sous le coup de la décapitation d’un professeur d’histoire par un islamiste russe tchétchène en octobre, sa déclaration dimanche dernier sur la chaîne CNews au sujet de l' »islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable », a suscité une fronde.

D’autant que Frédérique Vidal a enfoncé le clou mardi en annonçant avoir demandé à un organisme public de recherche scientifique français, le CNRS, « un bilan de l’ensemble des recherches » qui se déroulent en France, afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme.

Une « étude scientifique » plutôt qu’une enquête, s’est-on empressé de préciser au ministère.

Le terme « islamo-gauchisme » avait été lancé au début des années 2000 par un sociologue français, Pierre-André Taguieff, qui était d’ailleurs directeur de recherche au CNRS, « pour signaler des formes de dérives d’une gauche très pro-palestinienne vers l’antisémitisme », et a ensuite été élargi et repris par l’extrême droite.

 

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Les propos de la ministre ont suscité un tollé dans les rangs des universitaires et plusieurs voix, au sein de la majorité, l’ont appelée à revoir ses priorités. La ministre n’a pas repris la parole depuis.

Accablée sur les réseaux sociaux, Vidal a ensuite été recadrée par le président français, via le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal : « La priorité pour le gouvernement, c’est évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté, c’est évidemment de permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir revenir progressivement en présentiel à l’université », a-t-il rappelé.

Emmanuel Macron a aussi répété son « attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs », selon Gabriel Attal.

Le Centre national de recherche scientifique (CNRS) a rappelé que le terme d' »islamo-gauchisme » ne correspond « à aucune réalité scientifique ». Quant aux présidents d’université, ils ont exprimé leur « stupeur ».

« Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition », a ironisé la Conférence des présidents d’université (CPU).

Appels à la démission

Frédérique Vidal « a quand même réussi dans ce scandale complet à se mettre à dos la CPU, un de ses seuls soutiens ces derniers mois », note Samuel Hayat, chercheur en sciences politiques, appelant à sa démission.

Dans une interview au quotidien Libération, l’économiste français Thomas Piketty a aussi demandé son départ. « Avec ses déclarations, Frédérique Vidal a démontré sa totale inculture et sa profonde ignorance de la recherche en sciences sociales. (…) Avec l’extrême droite aux portes du pouvoir dans plusieurs régions et au niveau national, c’est totalement irresponsable », a-t-il lancé.

 

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La ministre a quand même reçu quelques soutiens sur ce sillon ultra-sensible, déjà emprunté en octobre par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer.

La polémique relance en tout cas les critiques autour de Frédérique Vidal, universitaire reconnue, spécialiste de la génétique moléculaire, mais accusée de manquer de poids et de sens politiques.

« Elle s’est clairement pris les pieds dans le tapis mais personne dans le monde universitaire n’a intérêt à ce qu’elle parte maintenant. L’université et la recherche se sont battues pour avoir un ministère donc un départ pourrait nous faire reculer au secrétariat d’Etat et être encore moins visible », craint un universitaire souhaitant garder l’anonymat.

A l’inverse, pour un chercheur souhaitant lui aussi rester anonyme, « un remplaçant à Frédérique Vidal ne pourrait être vu que comme un sauveur ».