Vidéo. Un des djihadistes de l’attentat de Londres a été vu à la télé

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L’un des auteurs de l’attentat du London Bridge figurait dans un documentaire sur l’islamisme. Un de ses complices avait été signalé par la police italienne.

Dans le documentaire The Jihadis Next Door (Nos voisins les djihadistes), diffusé l’an dernier en prime time sur Channel 4, un petit groupe d’hommes barbus en costume islamique prient ostensiblement devant un drapeau noir de l’islam, comme ceux utilisés par Daech, en plein Regent’s Park, dans les beaux quartiers de Londres. Quand deux policiers arrivent pour contrôler leurs identités et demandent à voir «le drapeau de l’État islamique», les hommes résistent, citant leur liberté d’expression, et invectivent les agents, qui finissent par renoncer à les arrêter. Parmi ces islamistes n’ayant pas peur de la médiatisation, figurait Khuram Butt, barbe noire, foulard sur la tête et lunettes de soleil. C’est l’un des trois terroristes du London Bridge abattus samedi soir après avoir tué 7 personnes et blessé 48 autres.

La police a révélé leurs identités. Khuram Butt, 27 ans, Britannique d’origine pakistanaise, Rachid Redouane, 30 ans, citoyen irlandais d’origine marocaine et libyenne, arrivé au Royaume-Uni récemment, et Youssef Zaghba, 22 ans, fils d’une Italienne et d’un Marocain, affichent chacun des profils et des parcours différents. Une combinaison qui tranche avec les cellules djihadistes comprenant souvent des membres d’une même origine ethnique et recrutés dans un même quartier. Autre élément marquant: deux d’entre eux avaient été repérés par les autorités.

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Apologie du terrorisme

Membre d’al-Mujahiroun, une association interdite pour apologie du terrorisme, Khuram Butt avait fait l’objet d’enquêtes de la police londonienne et du service de renseignement intérieur MI5. C’était un proche d’Anjem Choudary, prêcheur islamiste connu pour avoir contribué à la radicalisation de dizaines de Britanniques et d’Européens. Notamment certains des auteurs des attentats de Bruxelles, via l’organisation parente Sharia4Belgium.

Après avoir longtemps manié la provocation dans les médias anglais, Choudary a été condamné l’an dernier à cinq ans de prison pour allégeance à l’État islamique. Butt avait été dénoncé par des habitants de son quartier de Barking, après avoir tenté de radicaliser des adolescents dans un parc local. Son nom avait été communiqué aux services antiterroristes par des proches. Cela n’a pas empêché les autorités de juger qu’il «n’y avait pas d’information évoquant la préparation de cette attaque» et de relâcher leur surveillance sur lui. Il avait même travaillé depuis pour le métro de Londres.

Son complice Youssef Zaghba avait fait l’objet d’un signalement international, après avoir été arrêté en avril 2016 à l’aéroport de Bologne, alors qu’il cherchait à se rendre en Syrie via Istanbul. Des vidéos de propagande de l’État islamique avaient été trouvées dans son téléphone portable, selon La Repubblica. Des éléments insuffisants pour le poursuivre en justice. Reste à savoir comment il a pu arriver sans être inquiété au Royaume-Uni, dont les autorités auraient été prévenues par leurs homologues italiennes. La police britannique et le MI5 assurent qu’il n’était pas dans leur radar. Pas plus que le troisième membre de l’équipée mortelle de samedi soir, Rachid Redouane.

«Le MI5 et la police poursuivent à un instant donné 500 enquêtes actives, concernant 3000 individus sous surveillance. En plus de cela, il y a environ 20.000 individus qui ont déjà été dans les radars des autorités et dont les risques doivent être évalués», détaille Mark Rowley, chef de l’antiterrorisme à Scotland Yard, pour donner une idée de l’ampleur de la tâche.

Partage de l’information

À deux jours des élections législatives, le maire de Londres, Sadiq Khan, a évoqué des «questions légitimes» sur la responsabilité des forces de l’ordre. «La police va revoir ce qu’elle savait, ce qu’elle a fait ou aurait pu faire différemment et en tirer les leçons», a-t-il déclaré. À chaque attentat, c’est le même constat d’impuissance. Khalid Masood, le djihadiste de Westminster, en mars, était connu du MI5. Salman Abedi, le kamikaze de Manchester, avait été signalé aux autorités. «La question est de savoir où l’on place la barre de la tolérance entre extrémisme non violent et radicalisation violente, un processus qui peut se dérouler très rapidement. On ne peut pas arrêter quelqu’un sans preuve», explique Emma Webb, spécialiste du terrorisme à la Henry Jackson Society. Le Royaume-Uni et ses partenaires européens vont aussi devoir réfléchir au partage de l’information sur la circulation d’extrémistes pas forcément violents a priori.