Venezuela: Guaido reconnu comme président par une dizaine de pays européens

à 14:00

Madrid, Londres, Paris, Berlin et plusieurs autres capitales européennes ont reconnu lundi l'opposant Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela après le refus de Nicolas Maduro de céder à un ultimatum en convoquant une élection présidentielle.

La Russie, l'un des principaux alliés de M. Maduro, a aussitôt dénoncé ces reconnaissances. "Nous percevons les tentatives de légitimer l'usurpation du pouvoir comme une ingérence directe et indirecte dans les affaires internes du Venezuela", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Washington, qui avait reconnu M. Guaido dès le jour de son autoproclamation comme président, a de son côté réaffirmé que le recours à l'armée américaine était "une option" envisagée face à la crise.

Lundi matin, l'Espagne, où résident 167.000 Vénézuéliens, a été la première à tirer les conclusions du refus de Maduro de céder à l'ultimatum lancé le 26 janvier. "Le gouvernement espagnol annonce reconnaître officiellement le président de l'Assemblée du Venezuela, M. Guaido, comme président en charge du Venezuela", a déclaré le chef du gouvernement Pedro Sanchez, en appelant M. Guaido à convoquer "dans le plus bref délai possible" des élections présidentielles, "libres et démocratiques".

Une reconnaissance immédiatement suivie par celles du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Portugal, qui avaient également lancé cet ultimatum. La Suède, le Danemark et la Lituanie ont également annoncé lundi reconnaître la légitimité de Juan Guaido, ainsi que l'Autriche, parce que "le régime Maduro a jusqu'ici refusé d'accepter une élection présidentielle libre et juste", a justifié le chancelier Sebastian Kurz.

L'Union européenne restait cependant divisée, des pays comme l'Italie ou la Grèce adoptant une position attentiste.

Les prix du pétrole montaient lundi en cours d'échanges européens à leur plus haut niveau de l'année, poussés par la crise au Venezuela, pays aux immenses réserves d'oir noir dont la production ne cesse de chuter.

Groupe de Lima à Ottawa

Le président social-démocrate de l'assemblée nationale, contrôlée par l'opposition, s'était autoproclamé président par intérim le 23 janvier, en invoquant la constitution. Il considère Nicolas Maduro comme un usurpateur pour s'être fait réélire lors d'une élection contestées par une grande partie de la communauté internationale, avec ses adversaires en prison ou en exil.

Nicolas Maduro avait rejeté l'ultimatum des Européens dans un entretien avec la chaîne de télévision espagnole La Sexta diffusé dimanche soir. "Je ne vais pas lâchement me laisser tordre le bras", avait-il déclaré dans cet entretien réalisé la semaine dernière.

Au côté des Etats-Unis, le Canada et une douzaine de pays d'Amérique latine appartenant au groupe de Lima, dont la Colombie et le Brésil frontaliers du Venezuela, ont déjà reconnu M. Guaido.

Ottawa doit d'ailleurs accueillir lundi une réunion de crise des ministres des affaires étrangères du Groupe de Lima, à laquelle le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo doit participer par vidéoconférence.

Soutenu par la Russie, la Chine, Cuba, la Corée du Nord et la Turquie, M. Maduro, 56 ans, accuse les Etats-Unis d'orchestrer un coup d'Etat.

L'héritier d'Hugo Chavez a rassemblé samedi des milliers de ses partisans à Caracas, exhortant l'armée, pilier de son régime, à resserrer les rangs. Juan Guaido offre de son côté une amnistie aux militaires s'ils le rejoignent. Jusqu'ici sans succès.

Lors de son premier discours en public depuis six mois, Nicolas Maduro a relancé l'idée de législatives anticipées dans le courant de l'année, pour remplacer un Parlement dépouillé de l'essentiel de ses prérogatives au profit d'une Assemblée constituante qui lui est acquise.

Plan d'aide d'urgence

Le même jour, dans un rassemblement d'opposants, M. Guaido a annoncé l'arrivée dans les prochains jours d'une aide humanitaire dans des centres de collecte qui doivent être installés de l'autre côté de la frontière, en Colombie et au Brésil, et sur une "île des Caraïbes".

Les habitants du Venezuela, pays pétrolier et autrefois le plus riche d'Amérique latine, sont confrontés à de graves pénuries de vivres et de médicaments, ainsi qu'à une inflation galopante. Depuis 2015, quelque 2,3 millions d'entre eux ont choisi de s'exiler, sur une population totale de 31 millions d'habitants.

Les Etats-Unis ont fait savoir qu'à la demande du chef de l'opposition, ils préparaient déjà et "transportaient de l'aide humanitaire" destinée au Venezuela.

Juan Guaido a demandé à l'armée de laisser passer cette aide, dont Nicolas Maduro affirme qu'elle ouvrirait la porte à une intervention militaire américaine.

Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a annoncé lui l'intention de promouvoir au sein de l'UE et dans le cadre des Nations unies "un plan d'aide internationale pour pallier de façon urgente la grave crise humanitaire que traverse le Venezuela".

M. Guaido a prédit un mois de février "déterminant" et a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation le 12 février.