L'Occident demande à la Chine de fermer ses camps d'internement pour musulmans

à 7:50
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Pékin a essuyé de vives critiques à l'ONU à propos du traitement infligé aux Ouïgours et Kazakhs du Xinjiang. La Chine a rejeté ces accusations.

La Chine a fait face à un flot de critiques à l'ONU à propos de la situation des droits de l'homme sur son territoire. Mardi, plusieurs pays occidentaux, dont la France, l'Allemagne et les États-Unis, ont appelé Pékin à fermer ses camps d'internement dans la province du Xinjiang, où, selon des estimations d'experts, entre plusieurs centaines de milliers et un million de musulmans ont été envoyés depuis 2017. Sans surprise, la Chine a rejeté les accusations concernant de telles détentions massives, les jugeant «grandement éloignées de la réalité».

Pendant toute la matinée, la délégation officielle chinoise, dirigée par le vice-ministre des Affaires étrangères, Le Yucheng, a été mise sur le gril dans le cadre de l'Examen périodique universel (EPU), qui rend compte tous les cinq ans des éventuelles violations des droits de l'homme dans chaque État membre des Nations unies. Le cas de la Chine était passé en revue mardi.

 

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Des ambassadeurs occidentaux se sont succédé pour fustiger une dégradation dans ce domaine depuis l'examen précédent. «Nous sommes alarmés par l'accentuation de la répression chinoise contre les Ouïgours, les Kazakhs et autre musulmans dans la région autonome ouïgour du Xinjiang», a déclaré Mark Cassayre, le chargé d'affaires américain. Les États-Unis demandent à la Chine «d'abolir toute forme de détention arbitraire, dont les camps d'internement du Xinjiang, et de libérer immédiatement les centaines, peut-être les millions d'individus détenus dans ces camps», a-t-il ajouté.

Pékin change de stratégie de communication

L'ambassadeur de France, François Rivasseau, a pour sa part demandé à Pékin de «mettre un terme à ses internements massifs dans des camps», «d'inviter la Haut commissaire aux droits de l'homme» de l'ONU, Michelle Bachelet, afin qu'elle puisse observer la situation sur place et de «garantir la liberté religieuse», notamment au Xinjiang et au Tibet.

En réponse, la Chine, par la voix de Le Yucheng, a fustigé «des accusations politiques venant de quelques pays pleins de préjugés». La délégation chinoise a repris l'argumentation développée récemment par le régime communiste, selon laquelle les mesures de sécurité prises au Xinjiang sont indispensables pour garantir la stabilité de la région, qui a connu ces dernières années des attentats attribués par Pékin à des séparatistes ou extrémistes ouïgours. Le Yucheng a ainsi réaffirmé que la mise en place de ces «centres éducatifs», constituait une «mesure préventive pour combattre le terrorisme». Mais Pékin a assuré que les libertés des 55 minorités ethniques du pays étaient préservées.

 

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La Chine, qui a longtemps nié l'existence des camps de «rééducation», a changé sa stratégie de communication depuis que la publication d'images satellites ou de documents officiels sur Internet en a confirmé l'existence. Le géant asiatique assure que ces lieux enseignant le chinois et donnant des leçons sur les lois du pays veillent au bien-être des «stagiaires» et que des «formations professionnelles» y sont dispensées à des personnes qui ont été «attirées» par des idées extrémistes. Mais d'anciens détenus décrivent une réalité bien différente. D'après eux, les détenus subissent un véritable lavage de cerveau dans des lieux fermés comparés à des prisons: on les oblige à renoncer à leur identité religieuse, en les forçant à chanter les louanges du Parti et à dénigrer leur propre culture.

Outre le Xinjiang, d'autres aspects du bilan des droits de l'homme en Chine ont été scrutés. Depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping il y a 6 ans, la Chine a durci sa répression contre toutes les voix contestant son autorité ou s'écartant du discours officiel. En juillet 2017, le dissident et prix Nobel de la paix Liu Xiaobo est mort d'un cancer du foie, privé de liberté.

Manifestation de Tibétains et d'Ouïgours à Genève

La Chine a démenti toute répression des droits civils et, relativisant la conception occidentale des droits de l'homme, a mis en avant ses progrès dans la lutte contre la pauvreté. «Chaque pays peut choisir sa propre voie de développement et son modèle de protection des droits humains», a insisté Le Yucheng.

L'examen de la Chine «a mis en évidence le fossé qui sépare le point de vue de Pékin sur son bilan en matière de droits de l'homme et les tristes réalités vécues par les défenseurs des droits humains, les Tibétains et les Ouïgours détenus arbitrairement», a déploré John Fisher, directeur de l'ONG Human Rights Watch à Genève.

Pendant que se déroulait la réunion sur la Chine, plusieurs centaines de Tibétains et d'Ouïgours venus de plusieurs pays d'Europe ont manifesté devant le siège des Nations unies à Genève. «Stop au nettoyage ethnique chinois des Ouïgours» ou «le Tibet meurt, la Chine ment!», pouvait-on lire sur des pancartes.