G20: le divorce avec les Etats-Unis est acté

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Au terme de deux jours de discussions, les Américains ont obtenu la reconnaissance d’une position différente sur la question du climat et cessent «immédiatement» leur participation à l’accord. De son côté, Emmanuel Macron a annoncé l’organisation d’un sommet.

Angela Merkel a obtenu ce qu’elle cherchait: un accord signé par les vingt membres du G20. Au terme de longues et difficiles discussions, les dirigeants des principaux pays du monde, réunis vendredi et samedi à Hambourg en Allemagne, ont trouvé les formules dans le communiqué final qui ménage les susceptibilités de tous. «Il est toujours mieux de parler les uns aux autres plutôt que les uns à propos des autres», s’est justifiée la chancelière dans l’une de ces formules qu’elle affectionne. Mais au terme des deux jours, le divorce entre Donald Trump et le reste du monde est acté. Le G20 s’est transformé en 19 + 1.

Un thème a cristallisé les tensions entre le président américain et ses partenaires: le climat. «Nous n’avons pas pu trouver de compromis mais les différences n’ont pas été recouvertes», a constaté Angela Merkel en déplorant une nouvelle fois le retrait américain de l’accord de Paris. À 19 contre un, les États-Unis ont obtenu la reconnaissance d’une position différente, ainsi qu’une volonté de travailler «avec d’autres pays» pour l’utilisation propre d’énergies fossiles. Ils cessent aussi «immédiatement» leur participation à l’accord. La formule fait craindre un effet «de contagion» parmi les autres pays qui pourraient être tentés de revoir leur position. D’autres espèrent encore que les Américains puissent revenir dans l’accord plus tard et cherchent à maintenir des ponts. Angela Merkel fait partie des sceptiques: «Je ne partage pas cet optimisme».

Pour installer un rapport de force, les 19 autres pays du G20 ont souligné que l’accord de Paris était «irréversible». «Il n’y a pas d’accord de Paris à la carte», a insisté le président Emmanuel Macron en refusant que «l’esprit de compromis devienne un esprit de mollesse». Pour marquer sa volonté d’avancer, la chancelière a annoncé un «plan d’action climat et énergie» des 19 autres pays. De son côté, Emmanuel Macron a annoncé l’organisation le 12 décembre à Paris d’un sommet sur le financement de l’accord de Paris.

Le climat n’a pas été le seul sujet sensible des discussions de Hambourg. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont aussi tenté de rapprocher leurs positions divergentes sur le libre-échange. Le G20 entend donc promouvoir un commerce «libre et équitable» et «lutter contre le protectionnisme», une mention que les Américains refusaient au printemps. Mais le G20 reconnait aussi «la légitimité d’instruments de protection». «La question est de savoir le sens que l’on donne à ces concepts», explique avec inquiétude un conseiller pour en souligner le flou. Pour le président Emmanuel Macron, «le texte n’efface pas les tensions qui existent et qui continueront d’exister». Parmi elle, la question des surcapacités dans le domaine de l’acier. Les États-Unis, encore eux, menacent de prendre des mesures de «sécurité nationale» pour protéger leur industrie du dumping chinois. Les Européens craignent d’être touchés et promettent de réagir. La bataille juridico-commerciale est proche… Angela Merkel a prôné une solution multilatérale qui devra rendre ses conclusions en novembre. Elle a gagné du temps.

Depuis l’élection de Donald Trump, le multilatéralisme est à l’épreuve. «Il y a un doute qui s’est installé sur la pertinence du multilatéralisme», a déploré Emmanuel Macron en refusant de «tomber dans ce piège». Le président américain rêverait de bouleverser les règles du jeu. La Russie ou la Chine observent et cherchent comment tirer avantage de la situation. Pour l’instant, les deux puissances préfèrent isoler leur adversaire principal.

«Le G20 est devenu l’enceinte où nous débattons aujourd’hui des grands sujets du monde et de ses régulations nécessaires. Au moment où nous nous parlons, il y a des divergences entre les grandes puissances, il y a des divisions dans le monde occidental, des incertitudes et des imprévisibilités qui n’existaient pas il y a quelques années», a expliqué le président français Emmanuel Macron à l’issue du sillet. «Le communiqué final a permis de maintenir des équilibres indispensables et d’éviter toute marche en arrière», s’est-il modérément réjoui. Face aux pressions de Donald Trump, les puissances internationales pensent avoir réussi leur premier test.