France: craintes redoublées à la veille du déconfinement

La France vit dimanche son 55e et dernier jour de confinement avant une libération partielle de sa population qui, avec l’apparition de nouveaux foyers de Covid-19 dans des régions pourtant jugées peu exposées, incite à redoubler de prudence afin d’éviter un rebond de la pandémie.

A la veille de cette étape cruciale pour essayer d’enrayer la récession économique, les mises en garde se multiplient contre tout relâchement de l’attention et des gestes de protection.

A l’image du président Emmanuel Macron, qui a tweeté en début de soirée « Grâce à vous, le virus a reculé. Mais il est toujours là. SAUVEZ DES VIES RESTEZ PRUDENTS ».

Ou du ministre de la Santé, Olivier Véran, avertissant sur sur la chaîne de télévision TF1: « Nous n’en avons pas terminé avec le virus. (…) Nous allégeons les conditions du confinement mais la vie ne peut pas reprendre comme elle était auparavant ».

Dans les zones dites « vertes », c’est-à-dire où le risque de contagion est supposé être moins élevé, « il faut considérer que le virus est là. Il est en embuscade, il circule », a de son côté averti le Pr Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris.

Et ce après la découverte de deux foyers épidémiques dans des départements -Dordogne et Vienne- de la région de Nouvelle-Aquitaine, dans le sud-ouest, tandis qu’un troisième a ensuite été mis  au jour en Vendée, dans l’ouest.

 

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« Chacun doit faire un effort pour que le virus ne circule pas par lui », a-t-elle ajouté sur la chaîne de radio-télévision France Info, insistant sur le respect des mesures barrières afin d’empêcher un nouveau sursaut de cette maladie qui a fait perdre la vie à près de 26.400 personnes en France depuis le 1er mars.

Avec 70 morts supplémentaires en 24 heures annoncées dimanche soir, ce pays vient toutefois d’enregistrer le chiffre le plus bas depuis le 17 mars, date du début du confinement. En outre, la pression sur les services de réanimation continue de s’alléger avec un solde de 36 malades en moins.

Mais il reste quand même 2.776 patients souffrant de formes graves du Covid-19 hospitalisés en réanimation. Et l’absence de traitement ou de vaccin pousse à la vigilance.

« Malheureusement, l’évolution de l’épidémie est extrêmement incertaine à ce jour et c’est l’avenir qui nous permettra de trancher », a résumé le Pr Crémieux.

Un de ses collègues, le Pr Frédéric Adnet, chef des urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, a évoqué, également dans les médias, une possible « saisonnalité » du coronavirus pour expliquer « la brutalité de la décrue » dans ce département situé près de la capitale et durement éprouvé.

Mesures de précaution

Le masque de protection devient dès lundi obligatoire dans les lieux et les transports publics. L’Etat va mettre à partir de cette date « 10 millions de masques à la disposition des opérateurs de transport pour qu’ils les distribuent à leurs usagers », dont 4,4 millions pour la région parisienne, selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Dans cette région, il faudra avoir une attestation de l’employeur afin de voyager aux heures de pointe dans le métro et les trains locaux.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, envisage même de recourir à la circulation automobile « alternée » s’il y a trop de voitures sur les chaussées.

« On n’est pas à l’abri d’un reconfinement si les règles ne sont pas respectées », a pour sa part mis en garde la présidente de la région, Valérie Pécresse.

Et si Lille a obtenu une dérogation pour rouvrir dès lundi le parc de la Citadelle, le plus grand de cette agglomération du nord classée en zone « rouge », les plages de la ville corse d’Ajaccio ne seront pas accessibles avant « au moins quinze jours ».

Inquiétudes

L’apparition d’un foyer en Dordogne, après une réunion familiale organisée à l’issue d’obsèques célébrées dans les règles avec moins de vingt personnes, puis d’un autre dans un collège de la Vienne après une réunion de préparation de la rentrée et enfin d’un troisième en Vendée, dans une entreprise du secteur alimentaire, a donné l’alerte.

« C’est vraiment l’illustration de ce que l’on ne souhaite pas vivre dans les trois semaines, c’est-à-dire : relâchement, réunions familiales (…) voisins-voisines… », a relevé le préfet de la Dordogne Frédéric Périssat.

Ces craintes semblent largement partagées par les millions de personnes qui s’apprêtent à reprendre le travail lundi : 53% disent avoir plus peur pour leur santé ou celle de leurs proches que des conséquences économiques de la crise, selon un sondage Ifop.

Quatre régions (Ile-de-France, Hauts-de-France, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté) et 32 départements au total, dont Mayotte, dans l’océan Indien, restent « rouges » et s’il devient possible de se réunir à dix (au plus), les déplacements au-delà de 100 km de son domicile demeurent prohibés sauf motif impérieux et justifiable.

L’accès à certaines gares comme dans la capitale pourra être filtré par les forces de l’ordre.

Autre dossier chaud : la réouverture des établissements scolaires, qui suscite bien des appréhensions chez nombre de parents.

« 85% des écoles sont prévues pour rouvrir lundi (…) Un million d’enfants vont retrouver le chemin de l’école, les conditions sanitaires sont réunies », a à cet égard assuré le ministre de la Santé Olivier Véran.