Des colons se mobilisent avec des Palestiniens contre le plan d’annexion israélien

617
Logements de colons en Cisjordanie. Crédit: AFP

« Pas de paix sans égalité »: en Cisjordanie, des colons israéliens fustigent d’une seule voix avec les Palestiniens le projet envisagé par Israël d’annexer des pans de ce territoire occupé, qui menace selon eux la réconciliation pour laquelle ils militent depuis des années.

Khaled Abou Awad et Shaoul Judelman habitent à quelques kilomètres l’un de l’autre dans le sud de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 53 ans.

Le premier est un Palestinien de Bethléem, l’autre un Israélien habitant la colonie juive de Tekoa, jugée illégale par le droit international comme toutes les autres implantations israéliennes.

Tous deux sont directeurs du mouvement Shorashim-Judur (« racines » en hébreu et arabe), fondé en 2014 avec pour ambition de nouer un dialogue entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie.

Pour eux, l’annexion souhaitée par Israël de pans du territoire palestinien serait une « agression (…) contraire au principe de respect mutuel », qu’ils considèrent « comme devant être la clé de voûte pour assurer paix et sécurité sur cette terre et dans la région », selon un communiqué conjoint.

Le local de Shorashim-Judur est situé dans le Gush Etzion, un bloc de 25 colonies israéliennes établi près de la ville palestinienne de Bethléem.

 

Lire aussi : Présidé par le Maroc, le groupe arabe de l’UNESCO condamne le plan israélien d’annexion

 

Selon certains observateurs, ce bloc de colonies pourrait être parmi les premiers à être annexés par Israël.

Sur la terrasse couverte entourée d’oliviers, Abou Awad estime que « l’annexion serait une déclaration de guerre qui pourrait conduire à des violences ».

« Ce serait un geste unilatéral, qui renforcerait le conflit », affirme-t-il.

« Rideau de fer »

Assis à ses côtés sur une chaise en plastique, Shaoul Judelman estime qu’il faut « cesser de pousser à la séparation ».

« Nous avons une génération d’Israéliens qui n’ont jamais rencontré de Palestiniens et une génération de Palestiniens qui n’ont vu que des soldats israéliens », regrette ce rabbin coiffé de la grande kippa que portent les juifs religieux.

Pour ce colon, « les accords de paix d’Oslo (signés en 1993, NDLR) ont séparé les Israéliens et Palestiniens en décidant que les uns seraient ici et les autres là ».

Lesdits accords ont divisé la Cisjordanie en trois zones –A, B et C.

Les deux premières zones représentent 40% du territoire, et sont placées principalement sous contrôle palestinien, tandis que la zone C (60%) se trouve, elle, sous contrôle militaire et civil israélien.

« Ca ne peut pas marcher », car selon Judelman, les Israéliens comme les Palestiniens sont « liés à cette terre dans son entièreté ».

Dans leur communiqué, les deux hommes ont aussi fustigé la position du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui a écarté l’option d’accorder la citoyenneté israélienne aux Palestiniens qui se retrouveraient sur des terres annexées.

 

Lire aussi : Le Hamas et le Fatah s’engagent à «s’unir» contre le projet israélien d’annexion

 

« Un projet qui ne met pas en avant les droits égaux que mérite chaque Palestinien et Israélien ne nous rapprochera pas de la paix, mais nous en éloignera », ont-ils écrit.

D’après l’accord de gouvernement d’union signé ce printemps, Israël peut se prononcer à partir du 1er juillet sur la mise en oeuvre du projet d’annexion des colonies israéliennes et de la vallée du Jourdain.

Ce projet a été proposé dans le cadre d’un plan de règlement du conflit israélo-palestinien présenté par l’administration américaine de Donald Trump, grand allié de Benjamin Netanyahu.

Face aux vives critiques que le projet d’annexion suscite à l’étranger, des observateurs estiment que le gouvernement israélien pourrait chercher à temporiser.

« Ce n’est pas suffisant de s’opposer à l’annexion, les gens des deux côtés doivent s’unir », appelle Shaoul Judelman. « Mais il faut aussi des personnalités politiques courageuses pour briser le rideau de fer entre nos sociétés »