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Caricatures: le Canada et la Suisse considèrent que la liberté d’expression a « des limites »

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Le Premier ministre canadien Justin Trudeau. DR.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a défendu vendredi la liberté d’expression tout en estimant qu’elle n’était « pas sans limites » et ne devait pas « blesser de façon arbitraire et inutile » certaines communautés. En Suisse le même jour, une motion proposant l’abolition du délit de blasphème a été rejetée par le Conseil national.

« Nous allons toujours défendre la liberté d’expression », a affirmé Trudeau, en réponse à une question sur le droit à caricaturer le prophète Mahomet, comme l’a fait le magazine Charlie Hebdo.

« Mais la liberté d’expression n’est pas sans limites », a-t-il fait valoir lors d’une conférence de presse. « Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète ».

« On n’a pas le droit par exemple de crier au feu dans un cinéma bondé de monde, il y a toujours des limites », a argumenté le chef du gouvernement. Prenant ses distances avec la position du président français Emmanuel Macron, Trudeau a plaidé pour un usage prudent de la liberté d’expression.

« Dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous nous devons d’être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur d’autres, particulièrement ces communautés et ces populations qui vivent encore énormément de discriminations », a-t-il plaidé.

Jeudi, le Parlement canadien avait observé une minute de silence en hommage aux trois personnes assassinées le matin même à coups de couteau dans une église à Nice, dans le sud de la France, par un homme qui a été appréhendé.

Ces attaques interviennent dans un contexte de colère au Moyen-Orient contre la France et le président Emmanuel Macron, vilipendé pour avoir défendu le droit à publier des caricatures en France. « Nous ne renoncerons pas aux caricatures », avait exprimé Macron lors de l’hommage la semaine passée à Samuel Paty, un enseignant décapité en pleine rue dans un attentat pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet en classe dans un cours sur la liberté d’expression.

 

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Comme le Canada, la Suisse s’inscrit en opposition à l’interprétation française de la liberté d’expression sans conditions. Vendredi 30 octobre, le Conseil national a rejeté par 115 voix contre 48 une motion visant à abolir le délit de blasphème, rapporte le média suisse RTS Info. La liberté d’expression « ne s’applique pas sans limite », a estimé à son tour la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter.

« Il ne faut pas punir les gens parce qu’ils se moquent d’une foi », a souligné Beat Flach, auteur de la motion. Il faut donner un signal clair et fort en faveur de la liberté d’expression, a martelé l’homme politique, alors que le débat sur les caricatures vient de resurgir en France.

Mais pour le Conseil fédéral, la protection de la liberté d’expression émane de l’expression de la liberté de conscience et de croyance, qui est explicitement garantie par la Constitution fédérale. L’article 261 du Code pénal suisse ne protège pas seulement le « vivre ensemble » pacifique de toutes les religions, mais aussi le droit au respect des convictions religieuses, souligne le média.

Ainsi, la loi ne punit pas directement les paroles qui outragent la divinité, mais le fait de « bafouer les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu ».