Vaccin anticovid: vers l’injection d’une troisième dose de Sinopharm?

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L’idée d’une troisième dose de vaccin anticovid se répand de plus en plus dans le monde scientifique et les médias. Les Émirats arabes unis ont d’ores et déjà annoncé la semaine dernière qu’ils offriraient une troisième injection du vaccin Sinopharm à leur population. De son côté, le Maroc suit à la lettre les recommandations internationales. 

Rien d’officiel pour le moment du côté de l’OMS ou des recommandations scientifiques des laboratoires. Mais l’idée d’une troisième injection du vaccin anticovid suit son petit bonhomme de chemin, à commencer aux Émirats arabes unis qui ont déclaré mardi 18 mai qu’ils offriraient à la population une troisième injection du vaccin anticovid produit par le laboratoire chinois Sinopharm, six mois après la deuxième dose (Agence Reuters). Idem chez leur voisin du Bahreïn. Dans les deux cas, la priorité est donnée aux personnes des groupes vulnérables.

L’offre des EAU fait partie de sa « stratégie proactive pour fournir une protection maximale à la société », a déclaré l’Autorité nationale de gestion des crises et des catastrophes (NCEMA), en considérant en premier les personnes âgées de plus de 60 ans ou souffrant d’une maladie chronique.

Du côté des laboratoires, deux annonces ont également été faites dans le sens d’une potentielle troisième injection.

Dans un entretien au Journal du dimanche (JDD) publié ce weekend, Stéphane Bancel, PDG français du laboratoire américain Moderna, invite à «vacciner avec une troisième dose toutes les personnes à risques dès la fin de l’été, notamment les résidents des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] qui ont reçu leur première dose au début de l’année». Selon lui, le vaccin Moderna implique une immunité «d’un à trois ans selon les malades», mais « le niveau de la menace augmenté par l’arrivée des variants » justifie cette dose supplémentaire.

Déjà en avril dernier, Albert Bourla, PDG de Pfizer, annonçait aussi de son côté cette éventualité. « Une hypothèse vraisemblable est qu’une troisième dose sera probablement nécessaire, entre six mois et douze mois, et à partir de là, il y aura une vaccination à nouveau chaque année, mais tout cela doit être confirmé », avait-il indiqué dans des déclarations sur la chaîne américaine CNBC.

Cette tendance remet-elle en question l’efficacité des vaccins?

Contacté pour commenter cette orientation, Dr. Tayeb Hamdi confirme cette « tendance mondiale scientifique vers une troisième injection », ainsi que l’existence d’études non encore publiées portant sur son intérêt chez les personnes à risques telles que les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques. « Dans tous les cas, cela n’a rien à voir avec l’efficacité globale du vaccin », rassure le médecin généraliste qui rappelle l’efficacité de celui de Sinopharm à 79% déclarée par l’OMS il y a deux semaines.

Dans ce sens, Dr. Hamdi insiste sur la différence scientifique entre un rappel et une injection. Un rappel intervient quand le taux d’anticorps commence à diminuer et qu’il faut donc relancer l’immunité, explique le chercheur en politiques et systèmes de santé. Selon les pronostics actuels, les vaccins anticovid auraient une durée de vie entre deux à trois ans, délai à l’issue duquel on aurait peut-être besoin d’un rappel. En l’espèce, il s’agit d’une troisième injection dont l’enjeu est double: renforcer l’immunité chez les groupes vulnérables et booster l’immunité contre les variants. Le dosage du produit est le même, mais ses modalités et son but sont différents.

 

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Il est encore tôt pour savoir si le Maroc qui « suit à la lettre » les recommandations internationales officielles optera pour une troisième injection. « Tous les analystes de l’OMS estiment qu’il faut deux doses pour un vaccin complet. Nous suivons la procédure sur laquelle est engagée la responsabilité du laboratoire qui a produit le vaccin. Jusqu’à maintenant, le Sinopharm, c’est deux doses », se positionne le comité technique de vaccination par l’intermédiaire de son président, Pr. Moulay Tahar Alaoui, joint par nos soins. Pour rappel, le Maroc utilise à l’heure actuelle le vaccin chinois Sinopharm et le britanico-suédois AstraZeneca.

« Chaque nation est responsable de son application. Notre commission suit à la lettre les orientations des dossiers avec lesquels les laboratoires ont reçu confirmation de l’OMS. Et quand quelque chose apparaît sur le plan international, nous regardons ce qui est possible d’infirmer ou de confirmer; or, pour l’instant (l’idée d’une troisième injection) n’est pas fondée », abonde l’expert.

« Il faudra faire la queue plus longtemps »

En tout cas, « si demain on a une troisième injection qui peut renforcer l’immunité chez les personnes à risques; il faut la faire, si elle peut booster l’immunité contre les variants, on aura à la faire », reprend Hamdi qui soulève toutefois que les pays du Nord passeront en premier dans la distribution, au détriment des pays du Sud.

La décision des pays riches à l’instar des États-Unis et de l’Europe d’inoculer une troisième dose à leurs populations « mettra encore plus sous pression l’approvisionnement des pays du Sud et ralentira leurs campagnes de vaccination », alerte Dr. Hamdi. « Les plannings d’approvisionnement sont calculés pour 2022-2023 sur la base de deux doses pour les adultes, donc si on ajoute une dose pour une partie de la population, les pays du sud déjà en retard devront attendre encore plus pour recevoir la première dose « , sans compter l’élargissement éventuel de la vaccination aux adolescents et enfants. « Les pays riches vont accaparer encore plus de vaccins, il faudra faire la queue plus longtemps », présage-t-il.

Le dernier bilan publié hier soir par les autorités enregistre 43.935 personnes vaccinées de leur deuxième dose et 196.946 nouvelles personnes vaccinées pour la première fois, portant ainsi à 4.875.332 le nombre global de personnes ayant reçu les deux doses. D’autre part, le royaume a réceptionné la semaine dernière 4 millions de doses du vaccin Sinopharm.