Restrictions: pourquoi Fès est-elle visée alors que l’épidémie y est sous contrôle?

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De nouvelles mesures de restrictions ont été envisagées au niveau de la ville de Fès, où pourtant l’épidémie est sous contrôle puisqu’un seul cas positif au coronavirus y a été détecté ce lundi.

Confinés? Pas confinés? Les habitants de Fès ont vécu une fin de journée pour le moins stressante ce lundi 10 mai. Tout a commencé quand à 18h30, l’agence MAP publie une dépêche dans laquelle le poste de commandement préfectoral annonce le conditionnement des déplacements à destination et en provenance de la ville de Fès, du 11 au 16 mai courant.

Cafouillage

« Il a été décidé à l’occasion des vacances de l’Aid Al Fitr et des vacances scolaires de soumettre les déplacements des citoyennes et citoyens de et vers Fès à l’obtention d’une attestation dérogatoire de déplacement délivrée par les autorités locales et de l’attestation de vaccination téléchargeable via le site liqahcorona.ma, ou à défaut, d’un prélèvement PCR négatif, et ce à partir du 11 au 16 mai courant », indiquait le communiqué.

 

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Mais quelques heures plus tard, les autorités locales font machine arrière et publient un nouveau communiqué dans lequel elles indiquent que la précédente annonce n’était qu’une « proposition ». « Le Comité affirme que rien n’a été définitivement tranché quant aux mesures préventives à prendre pour faire face à la pandémie du Coronavirus dans la région de Fès-Meknès. Les opérations de contrôle de et vers la ville de Fès, souligne-t-il, n’ont subi aucun changement et demeurent conformes aux dispositions actuellement en vigueur, et ce jusqu’à nouvel ordre », poursuit la même source.

Bien que cette communication a été particulièrement désordonnée, tous les regards se sont tournés hier vers Fès et la situation épidémiologique qui y prévaut. Le plus étonnant est que la capitale spirituelle n’a enregistré qu’un seul nouveau cas positif au coronavirus ce lundi 10 mai. Pourquoi alors confiner une ville où l’épidémie y est sous contrôle ?

Protéger Fès

« Il y a beaucoup d’endroits dans le monde où l’on essaie de protéger les régions les moins touchées lorsque la situation épidémiologique y est jugée satisfaisante », explique Tarik Squalli Houssaini, professeur de néphrologie à la faculté de médecine et de pharmacie de Fès. Pour ce dernier, mettre sous cloche la cité impériale vise à la protéger contre une arrive massive de personnes potentiellement contaminées au moment des fêtes de l’Aïd.

La même hypothèse est dressée par Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé. Ce dernier estime que « lorsqu’on a une ville où l’épidémie est sous contrôle presque total, il est normal de chercher à la protéger ». Mais hormis Casablanca et sa région, la situation semble sous contrôle dans l’ensemble des régions du Maroc. Ce à quoi Dr Hamdi répond: « Ce sont les chiffres qui le disent. Mais la situation peut être différentes. Il ne faut pas oublier que la capacité de testing au Maroc est très limitée ».

Durcir les restrictions pendant l’Aid

« Le meilleur moyen de surveiller la situation épidémiologique, est le taux de positivité et le nombre de cas en réanimation. Il ne faut pas uniquement se fier aux chiffres », relativise Tayeb Hamdi, pour qui le cafouillage de ce lundi doit être relativisé puisqu’il s’agit d’une initiative régionale et non une décision prise au niveau gouvernementale.

 

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Autre hypothèse qui pourrait expliquer l’attention portée à Fès est le manque de discipline dont font preuve les Marocains en matière de respect des gestes barrières. « Vu que le testing est limité et que les cas de réanimations ne révèlent une aggravation de la situation épidémiologique qu’avec une semaine de retard, les autorités auraient voulu opter pour l’application de mesures beaucoup plus strictes pour dissuader les gens de se déplacer pendant les fêtes. »

Tayeb Hamdi préconise d’ailleurs un durcissement des mesures de restrictions, avec interdiction des déplacements pendant l’Aid et les vacances scolaires. « Le but étant de permettre par la suite un assouplissement progressif des mesures », argue le spécialiste.