Pr. Marhoum: « La hausse des décès du covid-19 est liée au retard de consultation »

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Pr. Marhoum, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd, à Casablanca.

Le Maroc connait une hausse du taux de mortalité depuis quelques semaines avec environ une quinzaine de décès déclarés quotidiennement en raison du covid-19. Comment expliquer cette recrudescence de la mortalité? Pr. Marhoum, épidémiologiste et chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, répond à cette question.

Pr Marhoum: « Les causes sont multiples et intriquées. En premier lieu, le nombre de cas diagnostiqués a augmenté de façon très importante. Les cas de réanimation et graves représentent un pourcentage proportionnel du nombre total de cas, ce qui peut expliquer en partie cette hausse.

Deuxièmement, nous avons noté parmi les cas hospitalisés ces deux dernières semaines un retard de diagnostic et de consultation. Dans beaucoup de cas, on a constaté que la personne a eu un syndrome pseudo-grippal (fièvre, douleurs musculaires, petits problèmes ORL…), consulté chez un généraliste, pris un traitement pour une virose ou maladie grippale, et attendu que cela s’améliore.

Une des raisons qui pourrait expliquer cela est que personne ne voulait être à l’hôpital au moment de l’Aïd El-Kébir. Malheureusement, la Fête a été un facteur de retard de diagnostic et consultation. On a l’impression d’assister à la même situation qu’au début de l’épidémie au Maroc, de mars à début avril, lorsqu’on avait des cas extrêmement graves avec une forte mortalité. Seulement depuis cette semaine, on commence peut-être à observer une légère amélioration au niveau des malades qui arrivent en soins.

La moyenne de consultation qu’on a trouvée chez les personnes actuellement en réanimation s’élève à 7 à 10 jours. C’est-à-dire que la plupart de ces patients ont ressenti des symptômes au moins il y a 7 à 10 jours avant de consulter pour la première fois, et pas nécessairement pour le covid-19. Ils sont allés voir un médecin généraliste et essayé d’avoir un traitement juste pour aller mieux. Malheureusement, dans ces cas-là, le généraliste n’a pas pensé ou voulu penser au diagnostic, en tout cas il n’a pas été évoqué, ou a été nié par la famille, etc. Résultat: des consultations tardives dans le sens du covid-19.

Les gens ne voulaient pas être perturbé par un problème médical pendant l’Aïd et se sont arrangés pour repousser la consultation jusqu’à arriver à des situations graves. Sans parler du fait qu’on a maintenant de plus en plus de cas positifs, donc le pourcentage des cas de réanimation/graves va augmenter en chiffre absolu. Si on a raison dans cette explication, cela se confirmera peut-être dans les jours à venir. Si les gens commencent à consulter plus tôt, peut-être qu’on aura de meilleurs résultats, moins de morts. Tout ça reste hypothétique. »