Pr. Marhoum clarifie ses propos sur les médecins généralistes

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Pr. Marhoum, chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd, à Casablanca.

Dans notre entretien, le 10 août dernier, sur les causes de la hausse des décès du covid-19 ces derniers temps, Pr. Marhoum, épidémiologiste et chef de service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, a évoqué le rôle des médecins généralistes dans le retard de diagnostic. Des propos qui ont suscité l’incompréhension chez la profession, et auxquels Pr. Marhoum souhaite apporter des éclaircissement que nous publions ci-dessous. 

« L’entretien publié le 10 août où on me demandait mon avis sur les causes de l’augmentation du nombre de décès par la covid-19 a été à l’origine d’un véritable tollé de la part de mes collègues généralistes et je tiens à travers ces lignes à clarifier les choses.

Je suis désolé que mes propos aient été à l’origine de cette réaction. Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux médecins généralistes. Je sais que de nombreux généralistes ont contribué et continuent de contribuer à la lutte contre cette pandémie dans notre pays. Je sais que le généraliste est le médecin le plus proche de la population et ce pour tous les problèmes de santé et tout particulièrement pour la covid-19.

Je voudrais d’abord m’excuser si mes propos ont blessé et surtout clarifier le fait, qu’à mon sens, la cause principale de la gravité des cas actuels et de la hausse de la mortalité est un retard diagnostique. Ce retard est dû à un phénomène connu de tous les médecins. Chaque année, à l’approche de l’Aïd El Kébir, les patients ne consultent que rarement, reportent les bilans prescrits et évitent l’hospitalisation; cela est constaté pour toutes les pathologies dont la covid-19 actuellement. Malheureusement, les malades s’aggravent (quelle que soit la pathologie) et ils peuvent même mettre leur vie en danger.

Quand je dis que des patients ont consulté mais que cela n’a pas débouché sur un diagnostic de covid-19, c’est parce que le patient ne se contentait que du traitement symptomatique car cela l’arrangeait momentanément et, même devant la persistance ou l’aggravation des symptômes, il ne revenait pas voir son médecin car l’Aïd était en vue. De plus, le médecin généraliste et même les spécialistes trouvent des difficultés à faire parvenir un patient vers les centres de diagnostic et de prise en charge de la covid-19 et là, ce n’est pas le généraliste mais plutôt notre système de santé qui est pris en défaut.

J’espère avoir été plus explicite par rapport à mes propos relatés dans l’article du 10 août. Nous sommes aujourd’hui devant un véritable fléau pour la sécurité sanitaire dans notre pays qui nécessite que tous nos acteurs de santé œuvrent dans le même sens, la main dans la main. Depuis le début de l’épidémie, l’engagement de tous est visible, palpable et reconnu. »

Pr. Kamal Marhoum El Filali