Enquête: à qui appartiennent vraiment les médias?

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«Neuf entreprises médiatiques sur 36 affiliées aux médias les plus influents du pays sont directement ou indirectement liées à l’Etat, le gouvernement ou la famille royale». C’est ce qu’affirme une enquête présentée lundi 17 novembre par Le Desk et Reporters sans frontières (RSF). On regrettera toutefois le manque de place consacré par cette étude aux médias électronique et à leur influence grandissante. 

Partant de ce constat, les auteurs de cette étude intitulée Media Ownership Monitor Maroc (MOM) et publiée lundi dernier par le Desk avancent qu’il y a une «tendance inquiétante à la constitution d’un cartel d’intérêts communs au carrefour du politique et du monde des affaires, préjudiciable au pluralisme et donc à l’indépendance de la presse». A cet effet, ils ont publié un graphique qui montrerait les ramifications de «ce cartel».

 

Réagissant à cette figure affichée lors de la présentation de l’étude, Moncef Belkhayat, ancien ministre et acteur économique qui détient 50% du capital du journal électronique le SiteInfo a déclaré, lors d’une conférence à Casablanca le 17 novembre dernier: «Je comprends que montrer ces visages est vendeur et on peut faire du buzz avec, mais l’info n’est pas fiable et ne représente pas qui détient vraiment les médias au Maroc».

Selon lui, « ceux qui détiennent les médias ne sont pas Moulay Hafid Elalamy et Akhannouch, parce que le lectorat de ces supports est très faible. Ce sont les propriétaires de Hespress, Al Akhbar, Al Yaoum24, Al Massaa… qui font le plus d’audience».

 

En effet, les entreprises pointées par cette étude, notamment Aujourd’hui Le Maroc, La Vie Eco, Les Inspirations Eco, La Nouvelle Tribune et l’Economiste  « qui comptent, selon l’enquête, dans leur tour de table les hommes d’affaires parmi les plus fortunés du pays« , ne font pas le poids en termes d’audience face à la presse arabophone qui représente 80% du lectorat.

Ceci sans parler du digital qui pour sa part enregistre des taux de trafic records et qui impose de nouvelles règles de jeu obligeant le secteur des médias en général à enclencher une véritable mise à niveau.

À titre d’exemple, le journal électronique arabophone Hespess enregistre quelque 29 millions de visiteurs par mois, Al Yaoum24 attire 3,41 millions visiteurs mensuels. Concernant la presse digitale francophone, on peut citer medias24.ma ou H24Info avec près d’un million de visiteurs chacun… Ce sont là autant de sites «indépendants » qui n’appartiennent pas forcément au cercle mis en avant par ladite étude et qui sont tout de même influents.

Forte influence malgré un faible lectorat?

Par rapport à cette question du faible lectorat de ces journaux qui forment selon l’étude « ce cartel d’intérêt », les auteurs de cette dernière rétorquent que « même si les publications en questions ne sont pas les plus populaires et le montant des investissements est nettement supérieur à leurs profits, les acteurs économiques clés du pays, tels que Akhannouch et Elalamy investissent au travers de leurs publications, dans une influence qui peut s’avérer bénéfique pour leurs affaires économiques et politiques ».

Les auteurs de l’étude affirment aussi qu’elle montre les visages et les connexions, ainsi que le poids de la publicité – aux circuits toujours opaques- dans le financement de certains médias.

Mais pour Mounir Jazouli, président du groupement des annonceurs du Maroc, qui est intervenu lors de la présentation de l’étude, «la relation des annonceurs avec les médias se limite à l’audience que ces derniers provoquent pour ces agents économiques qui cherchent à médiatiser leur produit ou faire leur promotion… »

Et de conclure: «Les médias sont ainsi appelés à répondre au besoin, à s’adapter et à proposer une audience qui correspond aux attentes des annonceurs, à leurs objectifs et activités économiques quelconques».