Campagne de vaccination: quid des personnes en situation irrégulière?

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La campagne de vaccination va bon train au Maroc. Néanmoins, celle-ci semble écarter d’office les personnes en situation irrégulière. Said Tbel de l’AMDH et Beyeth Gueck, de la Bank de Solidarité, plaident pour une révision des conditions afin que la vaccination soit plus inclusive.

Le vaccin contre le Covid-19 est gratuit pour «tous les Marocains et étrangers résidents» dans le royaume. Une initiative louable, mais qui omet toutefois une frange de la population résidante en Maroc. Migrants irréguliers ou tombés dans l’irrégularité que très récemment, réfugiés et aussi Marocains sans papiers ne pourront pas se faire vacciner.

Le constat est fait par plusieurs ONG et associations qui appelaient récemment au «vaccin pour tous». Contacté par H24 Info, Said Tbel, membre et responsable de la commission centrale immigration et droit d’asile au sein de l’AMDH, explique cette exclusion par les conditions imposées pour pouvoir s’inscrire dans la liste des bénéficiaires du vaccin contre le Covid-19.

«Le Maroc a lancé sa campagne de vaccination qui devait être «Pour tous !», mais l’arsenal informatique mis en place pour la campagne de vaccination exclue d’office tous ceux qui n’ont pas de papiers, qu’ils soient Marocains ou étrangers», affirme notre interlocuteur, soulignant que «ce ne sont pas uniquement des étrangers, mais aussi des Marocains qui n’ont pas encore de carte nationale».

 

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«Concernant les migrants irréguliers ou sans papier, il y a un problème initial, car ils peinent encore à être acceptés dans nos hôpitaux publics», affirme Said Tbel. D’ailleurs, ces inégalités ont été mises en lumière lors du confinement, indique l’acteur associatif, jugeant que «la stratégie nationale de lutte contre le Covid ne s’est que tardivement intéressée au sort des migrants dans le pays (…) souvent sans papiers, ces personnes ne pouvaient même pas sortir faire leurs courses ou autres durant le confinement», rappelle-t-il.

Obstacles pour le renouvellement de la carte de séjour

 

Le confinement a aussi retardé et mis à l’épreuve ceux qui voulaient renouveler leur carte de séjour. «La plupart des demandeurs ont eu des difficultés à renouveler leur carte de séjour. Le pourcentage de ceux qui ont réussi est minime et ce chiffre est redescendu à moins de 5%. Les conditions pour avoir sa carte de séjour ont aussi été durcies, avec l’exigence d’avoir un contrat de bail, une attestation de travail, etc», dénonce Said Tbel.

Un constat également partagé par Beyeth Gueck, président de la banque de Solidarité. Ce dernier affirme ainsi que «plusieurs personnes en situation régulière sont tombées dans l’irrégularité (…) bon nombre d’entre eux ont perdu leur emploi, d’autres sont dans l’informel ou ne sont pas déclarés au sein des boîtes légales qui les emploient et d’autres ont fini leurs études et n’ont pas pu renouveler leur carte de séjour».

Beyeth Gueck dénonce dans ce sens «les nouveaux obstacles et exigences qui empêchent plusieurs d’entre eux de régulariser leur situation et de ne disposer d’aucun document pour pouvoir bénéficier du vaccin».

Le président de l’association dont le principal objectif est de favoriser l’accès à la santé pour tous poursuit en affirmant qu’il y a «une incompréhension de la part de la société civile». «Le vaccin n’est pas pour tous (…) et les autorités se doivent d’expliquer pourquoi les migrants n’ont pas le droit au vaccin et à la santé», fustige-t-il.

«Ces mesures n’excluent pas uniquement les Subsahariens, mais aussi les Philippins, les Chinois et toutes les autres communautés qui ont choisi le royaume comme pays d’accueil», souligne, par ailleurs, notre interlocuteur.

L’associatif propose ainsi de «nommer des garants pour les irréguliers et d’élaborer des listes pour leur vaccination, afin de pouvoir assurer une traçabilité». «À un moment ou à un autre, il faudra les vacciner, sinon ils seront privés d’autres droits tels que voyager ou se déplacer à l’intérieur du Maroc», indique-t-il, faisant référence à la possible instauration d’un passeport immunologique comme évoqué par le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb.

 

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Said Taib rappelle quant à lui «la vulnérabilité de ces personnes qui vivent généralement dans des communautés où le virus pourrait se proliférer». Pour lui, «vacciner tout le monde est possible», et cela permettra d’enclencher le pas pour une meilleure accessibilité aux soins de santé, «ce qui n’est pas le cas aujourd’hui».