Ramadan: les diabétiques doivent connaître leurs limites

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Le jeûne du Ramadan est un devoir religieux pour les musulmans qui remplissent un nombre de conditions. Si ce quatrième pilier de l’Islam permet aux croyants de chercher la bénédiction de Dieu, d’être entourés de la providence divine et de renforcer leur piété, il ne peut être observé par certaines personnes dont celles atteintes de certaines maladies, comme le diabète qui peut, en cas de jeûne, engendrer des risques pour leur santé.

Le jeûne du Ramadan est une « excellente thérapie » pour nombre de maladies, notamment le cancer, puisqu’il prive le corps de l’apport en glucides et lipides et facilite la réduction ou l’élimination des cellules malignes, explique Dr. Hamdoun Lhassani, spécialiste en endocrinologie, diabétologie, cholestérol et obésité.
Cette thérapie très recommandée dans les pays occidentaux pour ses multiples vertus pour la santé et l’équilibre physique et émotionnel peut, toutefois, s’avérer nuisible pour les diabétiques, a tempéré Dr. Lhassani, également président de la Société marocaine d’endocrinologie, diabétologie et nutrition (SMEDIAN) dans une déclaration à la MAP.
Au Maroc, le nombre de diabétiques s’est élevé à 2 millions âgés de plus de 20 ans en 2015, d’après le ministère de la Santé, qui révèle, dans son rapport, « la santé en chiffres 2015 » – édition 2016 -, que 7% de décès enregistrés en 2014 dans notre pays sont dus aux maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques, dont 6,3% sont attribués au diabète sucré.
Même si la religion a tranché au sujet de la rupture du jeûne en faveur des personnes malades, avec des versets coraniques et hadiths à l’appui, beaucoup de diabétiques s’obstinent à observer le jeûne, a constaté Dr. Lhassani, déplorant des complications qui peuvent se produire dans certains cas durant ce mois béni.
Un diabétique qui jeûne peut courir plusieurs risques, surtout lorsque le Ramadan coïncide avec la saison estivale marquée par « la chaleur, ou quand le jour est long et continu (plus de 16 heures), ou en cas de perturbations diabétiques », a-t-il indiqué, estimant que même un diabétique équilibré peut s’abstenir de jeûner dans de telles conditions.
Ainsi, le patient peut se trouver avec un « œil décomposé », un « rein déshydraté » ou avec « une insuffisance rénale aggravée », a-t-il averti, insistant que « tout diabétique doit consulter son niveau de glycémie avant le Ramadan » pour décider s’il peut jeûner ou non.
Les patients qui souffrent d’hypoglycémie doivent aussi s’abstenir de jeûner, a-t-il poursuivi, mettant en alerte contre « un comma sans préavis » quand le taux de glycémie atteint 0,5 ou 0,4 g/l et conseillant des collations durant la journée.
Pour jeûner, le diabète doit être équilibré et le patient doit faire au préalable un bilan global qui ne se limite pas à la mesure de la glycémie, mais aussi du taux de cholestérol, d’un examen rénal, cardiaque et ophtalmologique, a martelé le médecin, estimant qu’après cinq ans de diabète, il faut éviter le jeûne parce que « l’état du malade empire ».
Pour les diabétiques qui s’obstinent à jeûner en dépit des avertissements de leur médecin, ils doivent se contrôler régulièrement, voire redoubler le contrôle du taux de glycémie à 4 fois par jour, et boire plus de 2 litres (1,5 litre d’eau en dehors des autres liquides), a-t-il recommandé.
Dans ce cas, le médecin doit réguler leur traitement en changeant le médicament ou les doses ou en diminuant l’insuline, a indiqué Dr. Lhassani, conseillant aux diabétiques d’éviter les glucides et les lipides et de consommer du laitage, du fromage, des fruits, des fibres et des protéines.
Interrogé sur les autres précautions à prendre durant ce mois, il a répondu qu’un diabétique ne peut pas faire du sport durant le Ramadan pour éviter la déshydratation, mais peut se contenter d’une marche de 30 à 40 minutes après l’Iftar.
« Le jeûne est un risque qui peut être morbide (…) et éviter le jeûne n’est pas une désobéissance à Dieu », a-t-il prévenu, ajoutant avec un ton confiant qu’un diabétique « doit surtout écouter son médecin ».