Samir: les salariés lancent un SOS face aux lobbys et au mutisme de l’Etat

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Constitué de salariés de la Samir, syndicats, forces politiques et associations locales de Mohammedia, le Front de suivi de l’affaire de la Samir a organisé ce samedi une marche pour appeler les pouvoirs publics à sauver la raffinerie. Voici leur propositions. 

Le Front local de suivi de l’affaire de la Samir a organisé, ce samedi 25 novembre 2017 à Mohammedia, une marche de protestation qui a pris le départ à partir d’une station de service Afriqia avant de relier d’autres stations de distribution de carburant, Shell, Total, Oil Libya, Petrom,etc.

Constitué de salariés de la Samir, syndicats, forces politiques et associations locales de Mohammedia, ce Front a organisé cette manifestation pour appeler les pouvoirs publics à sauver la raffinerie.

Et pour cause, aujourd’hui l’affaire est au statu quo. Depuis 2015,  c’est le tribunal de commerce de Casablanca qui est chargé du dossier. Pour la liquidation judiciaire de la Samir, il impose aux candidats souhaitant reprendre la raffinerie une caution de 10%. « Il s’agit d’une condition rédhibitoire vis-à-vis des investisseurs et qui conduira fatalement à l’arrêt définitif de la raffinerie », indique Belahcen Abdelatif, coordinateur du front.

 

Silence radio du gouvernement 

Selon coordinateur du Front de suivi de l’affaire de la Samir, l’État a une responsabilité morale dans ce dossier et doit réagir: «Ce n’est pas le tribunal qui mettra fin à la crise de la Samir, mais c’est bien position claire et une volonté politique».

Mais là, c’est silence radio, bien que les représentants des syndicats ont adressé plusieurs lettres à divers départements concernés par la question: le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère de L’Équipement, celui de l’Énergie, ainsi que le chef du gouvernement.

Paradoxalement, du côté des forces politiques, y compris ceux de la majorité, il y a une unanimité quant à la nécessité du gouvernement d’agir. Dans ce sens, le front a adressé un mémorandum aux présidents des groupes parlementaires comprenant des propositions afin de sauver la raffinerie.

 

Des propositions pour préserver un fleuron de l’industrie

« Pourquoi l’État ne participerait-il pas au capital de la Samir? » C’est la première proposition présentée par le front. Pour ses défenseurs, cette solution est la plus simple et la plus réalisable.

Il s’agit de convertir en actions la dette de l’État, premier créancier de la Samir via les créances de la douane estimées à 13,5 milliards DH.

« Le secteur public peut devenir un actionnaire au côté d’autres acteurs privés pendant une période jusqu’à ce qu’il récupère ses dettes. Une mesure qui ne coûterait aucun sou au contribuable », explique Yamani Houcine responsable de la CDT.

Une autre option, elle implique également les pouvoirs publics, consiste à permettre de nouer un contrat avec un opérateur international capable d’importer le brut et de le raffiner afin de vendre le produit au Maroc et d’exporter l’excédent.

Objectif: « préserver l’outil de production, garantir son entretien et la prise en charge du personnel. Parce au fur et à mesure qu’aucun repreneur ne se manifeste, l’usine se dégrade, au même titre que son capital humain », relève ce syndicaliste de la CDT. Les salariés appellent également à faciliter et encourager la session en garantissant la caution.

La troisième option propose la nationalisation de la Samir. Cette solution constitue un retour aux sources dans la mesure où la Samir était nationalisée avant sa session en 1997 au milliardaire saoudien Al Amoudi, aujourd’hui poursuivi pour corruption en Arabie Saoudite.

« Il s’agissait d’une expérience intéressante: la matière brute était achetée à bas prix, en étaient extraits le gasoil et l’essence qu’on vendait à des prix raisonnables pour la consommation intérieure. Et l’excédant de fuel était commercialisé à l’étranger à des prix importants. Tout le monde était gagnant », rappelle Yamani. Et de poursuivre: « Depuis que l’entreprise a été privatisée, l’État n’en a tiré aucun bénéfice, toute la devise sortait à l’étranger. Les investisseurs n’ont même pas apporté de fonds, ils ont même bénéficié de crédits de banques marocaines qu’ils n’ont pas remboursés ».

 

Des lobbys qui résistent?

Aujourd’hui donc, les défenseurs de la recherche d’une solution estiment que le véritable obstacle est le manque de volonté politique du gouvernement. Les raisons? «Parce qu’il n’est pas dans l’intérêt d’une partie importante du gouvernement de régler cette crise. Parce que le retour de la Samir menace les intérêts de lobbys qui contrôlent le secteur des carburants au Maroc sans aucun souci par rapport au pouvoir d’achat des Marocains», déplore, Belahcen Abdelatif.

Dans ce sens, les statistiques montres que le prix du carburant au Maroc est l’un des plus élevé comparé au niveau international, à cause des bénéfices élevés des distributeurs. La preuve: Total, l’un des seuls groupes inscrit en bourse, a enregistré des bénéfices de 216% en 2016, alors qu’il s’accapare 10% du marché (voir tableau ci-dessus). En comparaison, une compagnie comme Afriqia détient 38% de parts de marché.

Les conséquences sociales de l’arrêt de la raffinerie

Aujourd’hui donc, à défaut d’une solution urgente, le personnel de la Samir, soit un millier de salariés risquent de se retrouver dans la rue. Les salaires basiques qu’ils perçoivent risquent de ne plus leur être versés vu que le compte de la société ne pourraient plus tenir d’ici 4 mois maximum, selon les syndicats.

Subissent également les conséquences de cet arrêt, quelque 3000 salariés de sociétés sous-traitantes. Et pour cause, quelque 480 sociétés créancières à la Samir, pour la plupart des PME, sont menacées de liquidation ou de redressement judiciaire à cause de cette situation.

Dernier exemple en date, buzzichelli, société de construction métallique qui collaborait avec la Samir a suspendu son activité, ce mardi, conduisant quelque 400 salariés au chômage et à protester pour bénéficier de leurs droits sociaux.

 

Quid de l’indépendance énergétique du Maroc

Outre les volets social et économique, sauver la Samir constitue aussi un atout stratégique assurant l’indépendance énergétique du royaume.

Selon les syndicats, la reprise de l’activité de la Samir peut permettre à l’État d’épargner des sommes importantes de devises utilisées dans l’importation de carburants de l’étranger. Aussi dans le même sens, le coût du carburant baissera, sans parler de la capacité de stockage que garantit cette raffinerie. En effet, cette capacité représente le double de ce qu’apportent les distributeurs et dont le stock théorique ne dépasse pas 30 jours, selon la Cour des comptes, alors que les normes internationales préconisent 90 jours.