Légalisation du cannabis: plus de 4 milliards DH de revenus agricoles attendus en 2028

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Plantation de cannabis près de Chefchaouen. DR.

L’examen du projet de loi concernant la légalisation de certains usages du cannabis va bon train. Ce 5 mai, c’était au tour du ministre de l’Intérieur de présenter à la Commission parlementaire un exposé sur les enjeux du développement de cette culture. C’est la dernière étape avant le début du dépôt des amendements.

La discussion dans l’hémicycle du projet de loi sur la légalisation de certains usages du cannabis est historique à bien des égards. En effet, selon plusieurs observateurs, c’est la première fois que le sujet est abordé sans ambages loin de toute hypocrisie. La qualité des interventions des députés était là pour en attester tout autant que la contribution du ministère de l’Intérieur qui a présenté aujourd’hui des chiffres éloquents sur cette activité au Maroc.

Il en ressort que la culture illicite du cannabis concerne les régions du nord du Maroc et s’étend ces dernières années sur moins de 50.000 hectares. Selon les chiffres de 2016, plus de 80% du nombre total de parcelles exploitées sont des terres dont la superficie ne dépasse pas 1 hectare avec une superficie moyenne de 1,25 hectare pour chaque famille.

Le département de Laftit a également recensé 400.000 personnes exerçant cette activité de manière illégale, soit un total de 60.000 familles dont les revenus varient largement selon la nature de la terre et le rendement de la plante et la disponibilité de la ressource hydrique.

Ainsi, un hectare de terre bour infertile rapporte à l’agriculteur à peine 16.000 dirhams par an. Ce revenu passe à 24.000 dirhams par an pour un hectare de terre bour fertile, à 43.000 dirhams pour un hectare de terre bour infertile, mais arrosée par les eaux de la nappe phréatique et atteint 75.000 dirhams par an pour une terre irriguée fertile.

Au total, les revenus agricoles issus de la culture du cannabis atteignent les 3,5 milliards de dirhams actuellement au Maroc contre 118 milliards de dirhams de chiffre d’affaires final réalisé en Europe. Le petit agriculteur ne perçoit alors qu’à peine 3% du chiffre d’affaires du marché à cause de son exploitation par les réseaux de trafic de drogues, contre une part de 12% perçu par l’agriculteur qui exerce cette activité de manière légale.

La légalisation de la culture du cannabis au Maroc pour des usages thérapeutiques, cosmétiques et industriels permettra d’améliorer les revenus agricoles qui devront atteindre 4,2 milliards de dirhams en 2028 dans le plus pessimiste des scénarios où le Maroc n’arrivera à capter qu’à peine 10% des parts du marché européen. Ces revenus s’élèveront à 6,3 milliards de dirhams si le Maroc adresse 15% du marché européen pour le scénario le plus optimiste.

De ce fait, a ajouté le ministre de l’Intérieur, les études prouvent que le revenu brut par hectare pourrait atteindre plus de 110.000 dirhams par an, soit une amélioration d’environ 40% du niveau de revenue le plus élevé actuellement avec tous les bénéfices qu’une activité légale pourra avoir sur les familles, mais également sur les ressources dans le cadre d’une agriculture durable.