En attendant le déconfinement, gérants de cafés et restaurateurs broient du noir

Nombreux s’impatientent à l’idée de retrouver leur train de vie quotidien, souvent rythmé par les pauses-cafés, les déjeuners entre collègues ou les brunchs en famille. Mais de leur côté, les propriétaires et les gérants de restaurants et cafés envisagent déjà le pire. Explications.

Tous les cafés et restaurants du pays ont été sommés de cesser leur activité le 16 mars à 18h, afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19). Une décision annoncée seulement quelques heures avant la rentrée en vigueur de cette fermeture qui a concerné également les salles des fêtes, cinémas, théâtres, salles de sports et de jeu, etc.

Contacté par H24 info, Noureddine Harrak, président de l’As­sociation nationale des propriétaires de cafés et restaurants (ANPCR) dresse une situation alarmante qui ne risque pas de s’améliorer, même avec une reprise des activités après le déconfinement. Selon lui, la baisse du chiffre d’affaires et de la fréquentation dans cafés et restaurants a débuté peu après le 2 mars avec l’apparition du premier cas d’infection au nouveau coronavirus (Covid-19).

 

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«L’ordre de fermeture nous est tombé comme un véritable un coup de massue, parce que la décision a été annoncée à la dernière minute. Aussi, plusieurs des gérants venaient d’effectuer de gros achats pour renflouer leurs stocks mensuels. Stock constitué essentiellement de produits périssables et chers», se lamente Noureddine Harrak.

Des professionnels sans revenus ni garanties

Avancer un chiffre sur les pertes enregistrées par le secteur est impossible, «car si certains cafés valent 20.000 DH d’autres ont couté à leurs propriétaires dans les 10 millions de dirhams (…) mais une chose est sûre du plus petit café au plus grand, tous sortiront perdants après ce confinement» admet le président de l’ANPCR.

«Lorsque nous avons fermé nos commerces, 40 à 50% des professionnels du secteur se sont retrouvé sans rien, car ils dépendaient entièrement des revenus journaliers», confie Noureddine Harrak. Selon ses dires, 10.000 professionnels du secteur n’ont plus de quoi subvenir à leurs besoins et se retrouvent pour la plupart endettés.

Pire encore, la situation des employés qui ne sont souvent pas déclarés à la CNSS. Pour le président, la faute découle de la législation qui régit le secteur. «L’État a alourdi les charges sur le secteur, qui sont en plus imposées en amont et non sur les bénéfices. Et c’est là où le bât blesse», estime Noureddine Harrak.

«Plusieurs fois, nous nous sommes plaints auprès du ministère du Travail, car si on venait à déclarer tous nos salariés et qu’on payait toutes les charges qui nous sont imposées, cela représenterait jusqu’à 180% de nos revenus, ce qui est illogique. Il est donc impossible pour nous d’honorer toutes ces charges. Ce sont là des propos que j’ai tenus devant le ministre du Travail et que j’assume encore aujourd’hui», affirme de président de l’ANPCR.

 

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Aujourd’hui, l’association reçoit de nombreux appels à l’aide de ses adhérents. La plupart des demandes se réfèrent aux loyers, «difficile d’honorer en ces temps et qui sont toujours imposés par les propriétaires», poursuit notre interlocuteur. Une situation «normale», nuance tout de même le président, qui souligne que plusieurs «autres familles dépendent indirectement de ces commerces».

Préparer le déconfinement

Alors que le déconfinement semble proche, le scénario le plus optimiste concernant les cafés et restaurants ne prévoit pas une réouverture de sitôt. Des craintes qui s’expliquent par le danger de transmission du virus dans ces endroits publics.

Afin de mieux préparer la reprise, l’Association nationale des propriétaires de cafés et restaurants (ANPCR) plaide pour un plan qui impliquerait toutes les parties prenantes. Le président dénonce dans ce sens le fait qu’«aucune plateforme de discussion n’a été mise en place par les responsables».

«Bien que nous nous soyons entretenus avec certains membres du comité de veille, mais aussi avec le ministère de l’Industrie et du Commerce et celui du Tourisme, il n’y a toujours pas d’ébauche de dialogue officiel», poursuit-il. La réflexion doit être menée avec toutes les directions et administrations régissant le secteur, «non seulement pour préparer le déconfinement, mais aussi détecter et éradiquer toutes ces failles qui donne une mauvaise image au secteur», souligne Noureddine Harrak.

Une tâche ardue à laquelle s’attelle d’autres pays voisins, comme l’Espagne ou encore la Tunisie qui prépare une réouverture des cafés, restaurants et même les hôtels le 4 juin. Mais là encore la reprise est dure, confie le président de l’ANPCR qui affirme que leur bureau suit de prêt le chemin emprunté par ces pays.

 

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En Espagne par exemple, les restaurateurs connaissent une baisse de régime affolante. «Certaines de nos connaissances nous affirment qu’ils servaient jusqu’à 250 repas par jour, ils n’en sont plus qu’à 5 ou 10 (…) aujourd’hui. Impossible dans ces cas-là d’honorer toutes les charges», souligne notre interlocuteur.

«Nous avons tout de même une vision sur comment préparer la reprise, en garantissant le respect des règles d’hygiène et de distanciation sociale. Mais 30 jusqu’à 40% des commerces ne pourront pas rouvrir et c’est à l’État de leur venir en aide», estime Noureddine Harrak pour qui «l’État doit prendre ses responsabilités en main, en soutenant ces petites et moyennes entreprises qui emploient plus d’un million de personnes».

«Le secteur est dans un état végétatif. Il faudra donc un plan de sauvetage qui devra même s’étaler au-delà de la reprise, car pour redresser le secteur il nous faudra au moins une année», conclut notre interlocuteur.

En attendant, à Casablanca, de nombreux cafés et restaurants ont déjà mis la clé sous la porte. Selon le360, ce sont près de 35 propriétaires de restaurants, bars et discothèques qui auraient décidé de mettre leurs établissements en vente, surtout dans les quartiers de Gauthier, Racine, et Palmiers, sans oublier Aïn Diab.