Une société proche de Trump aurait collecté des millions de données privées sur Facebook

Facebook a annoncé avoir suspendu Cambridge Analytica, une société de profilage d’électeurs, après avoir découvert des infractions à sa politique de protection des données. Plus de 50 millions d’utilisateurs seraient touchés.

Ce pourrait être la plus vaste opération de vol de données jamais réalisée sur Facebook. Cambridge Analytica, une société de profilage d’électeurs, aurait collecté des informations privées de plus de 50 millions d’utilisateurs du réseau social afin d’améliorer la visibilité et l’efficacité de la campagne électorale de Donald Trump. La société se serait servie de cette masse de données pour élaborer un logiciel permettant de prédire et d’influencer le vote des électeurs, révèlent le New York Times et The Observer. Facebook a ainsi annoncé vendredi avoir suspendu les accès de Cambridge Analytica ainsi que ceux de la maison mère, la société Strategic Communication Laboratories.
L’application développée par Aleksandr Kogan, psychologue à l’université de Cambridge, s’affichait sur Facebook comme «une application de recherche utilisée par les psychologues». «Thisisyourdigitallife», proposait de payer les utilisateurs pour remplir des tests de personnalité. Quelque 270.000 personnes ont téléchargé cette application, permettant à son développeur d’accéder à des informations comme la ville renseignée sur leur profil ou le contenu qu’elles avaient apprécié. «Mais l’application a aussi collecté les informations des amis des personnes effectuant les tests, permettant d’accumuler des données sur des dizaines de millions de personnes», précise The Observer.
Facebook a expliqué que Aleksandr Kogan avait pu récolter légalement les données des utilisateurs, mais avait «violé les règles de la plateforme» en les transmettant à Cambridge Analytica et à Christopher Wylie, dirigeant de la société Eunoia Technologies.
Facebook avait supprimé l’application en 2015 après avoir mis en lumière le non-respect de sa politique. «En 2015, nous avions appris qu’Aleksandr Kogan nous avait menti et avait violé la politique de la plateforme en transmettant les données récupérées sur une application utilisant une interface de connexion de Facebook à SCL/Cambridge Analytica», a annoncé vendredi dans un communiqué Paul Grewal, le vice-président et directeur juridique adjoint du réseau social. Aleksandr Kogan, comme tous ceux qui avaient reçu les données, avait assuré à Facebook que celles-ci avaient été détruites. Mais les dirigeants de la plateforme américaine n’ont jamais expliqué comment elles avaient été obtenues ou utilisées.
Les données existeraient toujours…
«Il y a plusieurs jours, nous avons reçu des informations selon lesquelles, contrairement aux promesses qui nous avaient été faites, toutes les données n’ont pas été détruites», écrit Paul Grewal. «Nous agissons vigoureusement pour déterminer la véracité de ces informations. Si elles sont exactes, il s’agirait d’une nouvelle violation inacceptable de la confiance et des engagements qui ont été pris», a-t-il estimé, ajoutant que Facebook «prendra les mesures nécessaires pour que les données en question soient effacées une bonne fois pour toutes», laissant entendre de possibles poursuites en justice. Le New York Times avance que des copies des données obtenues par Cambridge Analytica existent toujours, et que certains journalistes ont même pu les consulter.
Filiale américaine de la société britannique de marketing ciblé SCL, Cambridge Analytica est connu pour avoir fourni, pendant la campagne du groupe pro-Brexit Leave.EU, des solutions de collectes de données et de ciblage d’audience. L’entreprise a été financée à hauteur de 15 millions de dollars par Robert Mercer, un homme d’affaires américain qui a fait fortune dans les hedge funds et qui est l’un des principaux donateurs du Parti républicain. Selon The Observer, l’entreprise a été dirigée par Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump.