Sissi, un dirigeant autoritaire sur le trône de Pharaon

Abdel-fattah Al Sissi. Crédit: DR.

L’ex-maréchal égyptien Abdel Fattah al-Sissi, élu président en 2014, s’est imposé comme l’une des figures les plus autoritaires du Moyen-Orient, écartant impitoyablement à ce jour toute velléité de contestation, en dépit des condamnations des défenseurs des droits humains.

Un an avant son accession à la présidence, M. Sissi, en tant que chef de l’armée, avait piloté la destitution de l’islamiste Mohamed Morsi, à la faveur de manifestations de masse. Très vite, le maréchal puis président a renforcé une image d’inflexibilité, réprimant toute forme d’opposition, islamiste ou laïque.

Né en novembre 1954, cet enfant du quartier de Gamaliya, dans le vieux Caire islamique, était déjà très directif, selon des témoignages de ceux qui l’ont connu à l’époque. Au fil des années, il s’est forgé comme officier dans l’armée, puis à la tête des renseignements militaires, une réputation d’homme fort, imperturbable.

L’homme au sourire souvent mécanique, qui arbore fréquemment des lunettes noires lors des cérémonies officielles, s’est encore montré impavide face aux manifestations de vendredi dernier, tenues dans plusieurs villes d’Egypte sous le slogan « Sissi dégage ».

Déclenchées par un homme d’affaire en exil qui accuse M. Sissi de tous les maux, ces rassemblements ont été dispersés et des centaines de personnes arrêtées, selon une ONG locale. Depuis son arrivée au pouvoir, ce diplômé de l’académie militaire (en 1977) met inlassablement en garde contre de tels mouvements.

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« Attention. Cette chose qui s’est passée il y a sept ou huit ans (la révolte de 2011, NDLR) ne se reproduira pas en Egypte », a-t-il encore clamé récemment.

– « Violence et coercition » –

En tenant un tel discours, le président égyptien « veut clairement signifier qu’il utilisera tous les outils à sa disposition », y compris la « violence et la coercition », dit Timothy Kaldas, analyste à l’Institut Tahrir for Middle East Policy.

Sûr de lui, Abdel Fattah al-Sissi, peut se targuer du soutien des Occidentaux, mais aussi de nombreux Egyptiens, lassés par les années de chaos après la révolte ayant chassé Hosni Moubarak en 2011.

Malgré les difficultés économiques persistantes, ceux-ci voient toujours en lui le seul capable d’assurer la stabilité de ce pays stratégique de 100 millions d’habitants.

« C’est un vrai leader. Quand il a pris le pouvoir il n’y a pas si longtemps, c’était la tourmente. Ca n’est plus la tourmente maintenant », a encore dit de lui cette semaine le président américain Donald Trump, en marge de l’AG de l’ONU à New York.

Le président Sissi peut aussi compter sur le soutien massif des médias, aussi bien étatiques que privés, mis rapidement au pas.

Elu et réélu avec plus de 95% des voix, ce père de quatre enfants -l’un de ses fils, Mahmoud, est officier des renseignements– a même vu son emprise sur le pouvoir s’accentuer davantage en avril: par le biais d’amendements constitutionnels adoptés à une écrasante majorité, il dispose désormais d’un horizon théoriquement dégagé jusqu’en 2030.

Les voix dissidentes? Il les a réduites et continue de les réduire au silence, en emprisonnant des centaines d’opposants potentiels. Torture, disparitions forcées, peines de mort, censure des médias: les ONG dénoncent régulièrement les violations des libertés. Mais Le Caire nie systématiquement ces allégations, en arguant parfois des impératifs de la lutte antiterroriste.

Désormais vêtu de costumes sobres, Abdel Fattah al-Sissi, qui a étudié en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis avant de devenir chef du renseignement militaire sous Moubarak, ne ressort que rarement sa tenue militaire.

Ambitieux, il a décidé en 2015 de construire une nouvelle capitale dans le désert, relevant un défi pharaonique. M. Sissi aime prendre la parole en public, tantôt pour une inauguration, tantôt pour un forum avec des jeunes ou encore pour une commémoration.

Sur un ton paternaliste, cet homme décrit par son entourage comme un homme pieux déclame de longues tirades d’une voix chaude, ponctuée de rires ou de colère. Lors d’une de ces prises de parole, pendant la campagne présidentielle de 2014, il avait prévenu ses compatriotes: il faudra « 20 à 25 années pour instaurer une vraie démocratie » en Egypte.