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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Quand elle a entendu Carles Puigdemont évoquer l’indépendance de la Catalogne, Merce a versé des larmes d’émotion. Sergio, lui, n’avait que dédain pour le discours du président de la région : mardi, 10 octobre, les Barcelonais étaient loin de communier dans la même ferveur.

    Face à un écran géant installé au pied de l’Arc de triomphe, ils sont des milliers à brandir le drapeau catalan, tout en suivant le discours de Puigdemont.

    Quand le président de la région parle d’«indépendance» de sa région, Merce Hernandez, 36 ans, sent les larmes monter. «Quelle émotion, c’est un jour historique ! Je suis satisfaite».

    Le discours de Puigdemont «m’a semblé parfait, c’est ce que j’attendais», lâche Albert Llorens, un retraité de 69 ans.

    Et pourtant les partisans de l’indépendance sont loin d’être complètement à la fête, car Puigdemont assortit son discours d’une «suspension des effets d’une déclaration d’indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue».

    «Au fond, nous sommes contents, mais nous attendions plus», dit Pere Valldeneu, 66 ans, venu écouter le président catalan avec son épouse Antonia, 64 ans. «Il ne va rien se passer parce que Madrid ne le permettra pas».

    Et Sheila Ulldemolins, 28 ans, résume le sentiment général de cette soirée. «Ça a été un discours très ambigu».

    Après à peine une heure de discours, Puigdemont range ses feuilles au Parlement et la place de l’Arc de triomphe commence à se vider.

    Le «oui» l’a emporté… mais encore

    Depuis le 1er octobre et le «référendum» interdit d’autodétermination en Catalogne, où le «oui» l’a emporté à plus de 90 % selon les autorités indépendantistes, Puigdemont est sous une pression extrême : d’un côté celle des tenants d’une rupture immédiate avec Madrid, de l’autre celle du gouvernement espagnol conservateur qui juge illégal l’ensemble du processus, et des Catalans qui veulent rester Espagnols.

    La crise effraye aussi les milieux économiques. Plusieurs entreprises ont déjà transféré leur siège social hors de Catalogne.

    Aucun dialogue ne s’est fait jour et l’Espagne s’est retrouvée plongée dans sa pire crise depuis le retour à la démocratie en 1977. Et les Catalans eux-mêmes sont divisés sur la question. Une majorité d’entre eux se déclarait même contre l’indépendance dans un sondage réalisé en juillet.

    À l’image de Sergio Palacios, serveur dans le Nou Barris, quartier de Barcelone qui penche du côté du maintien du statu quo. «Lorsque j’ai entendu Puigdemont parler de république, je me suis pris la tête entre les mains». «Jusqu’à maintenant, il n’y avait aucun problème, mais maintenant le fossé est plus large», entre les partisans et les opposants de l’indépendance, ajoute Sergio.

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