Escalade militaire sans précédent entre Israël et l'Iran en Syrie

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AFP PHOTO / Ali DIA

L’armée israélienne a frappé dans la nuit de mercredi à jeudi des dizaines de cibles militaires iraniennes en Syrie en représailles à des tirs de roquettes attribués à l’Iran sur ses positions dans le Golan.

L’escalade militaire est sans équivalent dans l’histoire pourtant ancienne des tensions entre Israël et l’Iran. Dans la nuit de mercredi à jeudi, une vingtaine de roquettes ont été tirées depuis le sud du territoire syrien, sans faire de victimes, en direction de base militaires israéliennes sur le plateau du Golan. L’Etat hébreu, qui a attribué ces tirs à la force iranienne Qods, a répondu en frappant plusieurs dizaines de sites présentés comme des positions appartenant à cette unité d’élite des gardiens de la révolution. Selon des sources militaires citées par la presse israélienne, il s’agit du plus important raid contre le territoire syrien depuis l’accord de désengagement signé par les deux pays après la guerre d’octobre 1973. Un calme tendu régnait jeudi matin sur le plateau du Golan, où l’armée a autorisé l’ouverture des écoles et les travaux agricoles tout en appelant la population à la vigilance.
L’armée israélienne, qui a mené ces dernières semaines plusieurs frappes meurtrières contre des positions militaires iraniennes en Syrie, était depuis plusieurs jours en état d’alerte. De hauts dirigeants iraniens ont en effet promis une riposte après le raid conduit, le 9 avril dernier, contre la base T-4, près de Palmyre, lors duquel sept gardiens de la révolution auraient été tués. Mardi soir, quelques minutes seulement avant que Donald Trump ne prenne la parole pour dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien, elle avait appelé la population du Golan à ouvrir les abris au cas où les gardiens de la révolution décideraient de passer à l’action. Une frappe attribuée à l’Etat hébreu avait dans la foulée visé une implantation iranienne située à al-Kiswah, près de Damas. Les médias israéliens l’ont depuis interprétée comme un raid destiné à prévenir des représailles iraniennes.
Selon le porte-parole de l’armée, les frappes de la nuit ont été conduites par un lance-roquettes multiple de type Uragan opérant depuis la périphérie d’al-Kiswah. Les sirènes d’alerte ont immédiatement résonné dans les localités israéliennes du plateau du Golan, bien qu’aucun projectile n’ait apparemment atterri de ce côté de la ligne de cessez-le-feu. La plupart semblent avoir fait long feu tandis que quatre auraient été interceptés par les batteries antiaériennes «Dôme de fer». «La force Qods est derrière cette attaque, qui a été ordonnée directement par Qassem Soleimani [le général qui commande cette unité] mais n’a pas atteint son but», a déclaré mercredi matin le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.
«S’il pleut chez nous, ils doivent savoir qu’il y aura un déluge chez eux.»
L’armée israélienne, dénonçant «cette agression iranienne» comme «une nouvelle preuve des intentions qui guident l’implantation militaire iranienne en Syrie», ne s’est pas contentée de frapper l’engin qui a tiré les roquettes. Selon une liste communiquée par le porte-parole, elle a visé pêle-mêle «des postes d’observation contrôlés par l’Iran ainsi que par l’axe radical», «une base logistique de la force Qods», «des entrepôts situés à al-Kiswah et au nord de Damas», «un stock de munitions situé sur l’aéroport international de Damas» et plusieurs postes militaires situés dans la zone-tampon qui sépare le plateau du Golan occupé par Israël du territoire syrien. Les avions israéliens, qui ont été ciblés en vain par les défenses antiaériennes de l’armée syrienne, ont par ailleurs frappé plusieurs batteries de missiles SA-5, SA-2, SA-22 et SA-17. Une carte diffusée dans la foulée recense trente-six points d’impact, dont certains se situent au nord et à l’est de la capitale syrienne.
Selon le lieutenant-colonel Conricus, «Israël se tient prêt pour divers scénarios mais ne recherche par l’escalade». Ces derniers jours, plusieurs hauts dirigeants israéliens ont mis en garde contre les conséquences d’une attaque pilotée par l’Iran depuis la Syrie. «Si Bachar el-Assad continue de permettre à l’Iran de transformer son pays en base avancée d’opérations militaires contre nous, il doit savoir que cela entraînera sa fin», a par exemple prévenu lundi Youval Steinitz, le ministre israélien de l’Energie. Son collègue en charge de la Défense, Avigdor Lieberman, a récemment menacé de s’attaquer à Téhéran dans l’hypothèse où les gardiens de la révolution viseraient Tel Aviv. S’exprimant jeudi matin sur les événements de la nuit, il a indiqué: «Nous avons frappé la quasi-totalité des infrastructures militaires iraniennes en Syrie. S’il pleut chez nous, ils doivent savoir qu’il y aura un déluge chez eux.»
Cette escalade verbale et militaire intervient sur fond d’ambitions conflictuelles entre Israël et l’Iran. La République islamique, dont l’intervention militaire directe ainsi que par l’intermédiaire de diverses milices a fortement contribué à sauver Bachar el-Assad, entend pousser son avantage en créant une implantation militaire durable en Syrie. Les dirigeants israéliens, jugeant que ce projet menace directement sa sécurité, ont décidé de le contrer en frappant les sites où ils accusent les gardiens de la révolution d’entreposer systèmes perfectionnés de défense antiaérienne, missiles balistiques de précision et drones d’attaque.
Benyamin Nétanyahou, qui revendique à cet égard une pleine liberté d’action, s’est rendu mercredi à Moscou pour évoquer avec Vladimir Poutine la coordination entre leurs deux armées afin d’éviter un accrochage non voulu dans le ciel de la Syrie. Le président russe a récemment accueilli avec un certain agacement la multiplication des frappes israéliennes contre les positions iraniennes, craignant que la tension entre Israël et l’Iran ne menace à terme la stabilisation du régime de Bachar el-Assad. «J’espère que nous allons non seulement en discuter, mais aussi chercher des solutions», a-t-il déclaré à l’issue de leur entretien. Jeudi matin, l’État hébreu s’est empressé de faire savoir que Moscou avait été prévenu des raids aériens menés quelques heures plus tôt.