Enquête russe, Corée du Nord, tensions avec la Turquie: l'interview fleuve de Donald Trump

Dans un long entretien accordé à Reuters, le président américain déclare maintenir les sanctions à l’égard de la Russie, exclut toute concession vis-à-vis d’Ankara pour libérer un pasteur américain et juge probable une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un.

Depuis le Bureau ovale à Washington, le président américain a longuement répondu aux questions de Reuters sur les tensions avec la Turquie, le conflit commercial avec la Chine, la politique monétaire de la Fed, la Corée du Nord ou l’enquête russe.
● Trump n’attend pas grand-chose des discussions commerciales avec la Chine
Prévues mercredi et jeudi à Washington, les discussions commerciales avec Pékin ne soulèvent pas de grandes attentes chez le président américain. Il ne se fixe pas de limite dans le temps pour sortir du contentieux commercial qui oppose les deux pays. «Comme eux, j’ai une stratégie à long terme», a-t-il expliqué.
Résoudre la querelle commerciale avec Pékin va, selon lui, «prendre du temps, parce que la Chine s’est trop bien débrouillée pendant trop longtemps, et elle est devenue gâtée. Ils ont traité avec des gens qui, franchement, ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ce qui nous a menés dans cette situation». Trump a par ailleurs accusé la Chine, tout comme les pays de la zone euro, de manipuler leurs devises respectives.
● Trump exclut la moindre concession vis-à-vis d’Ankara
Alors que la Turquie détient toujours le pasteur américain Andrew Brunson, accusé de terrorisme par la justice, Donald Trump exclut la moindre concession en échange de sa libération. Il a par ailleurs ajouté n’être absolument pas préoccupé par les conséquences des droits de douane qu’il a imposés en guise de riposte. «Je pense que ce que fait la Turquie, c’est très triste. Je pense qu’ils font une terrible erreur. Il n’y aura pas de concessions», a-t-il déclaré. Le pasteur Brunson, accusé de terrorisme par la Turquie, a passé plus de vingt mois en détention avant d’être assigné à résidence en juillet dernier.
Au cours de l’interview à Reuters, Trump a également confié qu’il pensait avoir un accord avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, quand il est intervenu auprès d’Israël pour obtenir la libération d’une ressortissante turque. «J’ai fait sortir cette personne pour lui. J’attends de lui qu’il laisse cet homme tout à fait innocent et merveilleux, un grand-père et un grand chrétien, sortir de Turquie.»
● Une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un jugée «probable»
À la suite de leur sommet historique de juin dernier à Singapour, Donald Trump a jugé qu’il était «probable» qu’il reverrait le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un . «C’est le plus probable, mais je ne veux pas faire de commentaire.» La «grande alchimie» qui s’est installée entre Kim et lui, a-t-il ajouté, a permis d’éloigner les perspectives de l’été dernier d’une nouvelle guerre de Corée, quand les tensions étaient à leur comble entre Washington et Pyongyang.
«Je l’aime bien, il m’aime bien (…) J’ai de très bonnes relations personnelles avec le président Kim, et je pense que c’est ce qui fait tenir les choses», a-t-il dit, évoquant l’arrêt des essais balistiques de la République populaire démocratique de Corée (RPDC).
Il s’est également vanté d’avoir obtenu plus de résultats en travaillant «trois mois» sur le dossier nord-coréen que ses prédécesseurs en trente ans. «J’ai stoppé les essais nucléaires (de la Corée du Nord). J’ai stoppé les essais de missile. Le Japon est emballé. Que va-t-il se passer? Qui sait? Nous verrons», a-t-il ajouté.
● Rencontre «excellente» avec la Russie
Donald Trump a qualifié d’«excellente» sa rencontre de deux heures avec son homologue russe Vladimir Poutine le mois dernier à Helsinki. «Nous avons parlé d’Israël, de la Syrie, de l’Ukraine», a-t-il détaillé, précisant avoir «mentionné la Crimée, comme toujours quand je parle de l’Ukraine».
Trump assure qu’à aucun moment Poutine ne lui a demandé de lever les sanctions américaines prises contre Moscou. «Je n’envisage pas de le faire, a ajouté le président américain. Je l’envisagerai seulement s’ils font quelque chose qui est bon pour nous. (…) Il y a beaucoup de bonnes choses que nous pouvons faire l’un pour l’autre. La Syrie, l’Ukraine, plein d’autres choses…»
● Les relations avec l’Iran au point mort
Le chef de la Maison-Blanche assure qu’il n’a «jamais dit» qu’il rencontrerait les dirigeants iraniens. «Si (le président iranien Hassan Rohani) veut que l’on se rencontre, soit. S’il ne veut pas qu’on se voit, je m’en fiche (…) Je n’ai pas demandé de rencontre.»
● «Pas emballé» par la hausse des taux d’intérêt par la Fed
Trump n’est pas «emballé» par la politique de hausse des taux d’intérêt suivie par le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell. Le président américain, qui avait déjà pris de court les investisseurs lors d’une critique similaire du cycle de hausse des taux entamée depuis la fin 2015 par la Fed, juge que la Fed devrait être plus accommodante.
«Je ne suis pas emballé par son relèvement des taux d’intérêt, non, je ne suis pas emballé», a-t-il dit, se référant à Jerome Powell, nommé l’an dernier par Donald Trump à la tête de la Fed en remplacement de Janet Yellen. «Nous négocions de manière forte et énergique avec d’autres nations. Nous allons en sortir vainqueurs. Mais, pendant cette période je devrais être soutenu par la Fed. Les autres pays ont une politique monétaire accommodante», a-t-il estimé.
● Trump inquiet par les inspecteurs de l’enquête russe
Trump a dit à Reuters être inquiet que toute déclaration qu’il pourrait effectuer sous serment lors d’une éventuelle audition par le procureur spécial Robert Mueller puisse être utilisée pour porter des accusations de parjure contre lui. Il déclare craindre que les enquêteurs comparent son potentiel témoignage avec celui des autres personnes interrogées par l’équipe de Mueller, comme l’ancien directeur du FBI James Comey, très critique envers Trump, pour trouver des divergences et les utiliser contre lui.
«Si je dis quelque chose et que lui (Comey) dit quelque chose, c’est ma parole contre la sienne, et il est le meilleur ami de Mueller, donc Mueller pourrait dire: ‘Bon, je crois Comey’, et même si je dis la vérité, ça fait de moi un menteur. Ce n’est pas bien». En dépit de ses inquiétudes, Trump n’a pas voulu dire s’il accepterait ou non d’être interrogé par Mueller, qui enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016 et une possible collusion entre l’équipe de campagne Trump et des responsables russes.
Le président américain a souligné avoir le pouvoir d’intervenir dans cette enquête, mais avoir décidé de ne pas le faire jusqu’à présent. Il a de nouveau refusé de blâmer la Russie pour toute ingérence dans l’élection de 2016, contrairement aux conclusions de ses services de renseignement.