Dans le berceau d’Abraham en Irak, le pape ne trouvera qu’une seule famille chrétienne

Crédit: AFP.

Le pape a fait de son pèlerinage à Ur, le berceau d’Abraham, le point d’orgue spirituel de son voyage en Irak. Mais à Zi Qar, il ne trouvera qu’une famille chrétienne, la dernière de cette province rurale et chiite.

Maher Tobia, 53 ans, affirme que sa famille est la seule famille chrétienne encore présente dans la ville de Nassiriya, à tout juste 17 kilomètres du site désertique d’Ur. C’est là, dans la plus ancienne ville du monde, « Ur des Chaldéens » de la Bible, que, selon la tradition, le prophète Abraham est né.

Tous les chrétiens que M. Tobia a connus dans sa jeunesse, dit-il, « sont partis à Bagdad ou au Kurdistan irakien, et souvent, après, ils ont quitté le pays ».

Mais avec la venue du pape argentin François, porteur d’un « message d’amitié et de paix », M. Tobia en est sûr: « la situation va s’améliorer » dans la province rebelle, fer de lance de toutes les « révolutions » d’Irak, dont la dernière en date remonte à octobre 2019.

Il y a une semaine encore, plusieurs manifestants y ont été tués. Le pape les avait évoqués au plus fort de la révolte, appelant à ce que cesse la sanglante répression — près de 600 morts, 30.000 blessés.

 

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« La venue d’un homme de cette envergure avec un tel poids religieux pourrait profiter à Zi Qar et à ses lieux de pèlerinage », affirme-t-il.

« Si cette visite est bien menée, elle peut avoir d’énormes retombées », assure, plein d’espoir, cet Irakien diplômé des Beaux-Arts.

 

– « Sur les pas » de François » –

 

Quand le père de Maher Tobia est né en 1914, puis lui-même 57 ans plus tard à Nassiriya, chef-lieu de sa province tribale et agricole, et jusqu’à l’embargo international contre l’Irak au début des années 1990, il y avait encore « vingt à trente familles chrétiennes » dans les environs.

Au contraire de son grand-père, qui s’est installé à Nassiriya sous l’Empire ottoman et y a monté une usine florissante, tous-ceux là, dit-il à l’AFP, étaient des fonctionnaires envoyés par Bagdad ou affectés à Nassiriya un temps avant de retourner dans leur ville d’origine.

Après l’invasion américaine de 2003 qui a renversé le dictateur Saddam Hussein, « il n’y avait plus que deux familles chrétiennes à Nassiriya », assure l’homme, petite moustache blanche et costume noir impeccable.

En vingt ans, la minorité chrétienne d’Irak — majoritairement chaldéenne, donc catholique — a été réduite comme peau de chagrin.

S’ils étaient un million et demi avant 2003, ils ne sont plus que 300.000 à 400.000 aujourd’hui, selon les organisations de défense des minorités en Irak, qui préviennent que les départs continuent et continueront, faute de perspective dans un pays qui a vu l’an dernier son taux de pauvreté doubler à 40% de la population.

 

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Car après quatre décennies de guerre, l’Irak s’enfonce désormais dans une crise économique née de la chute des cours du pétrole — la seule source de devises du pays — et exacerbée par une dévaluation brutale récemment.

Espérant profiter de la venue du souverain pontife, des agences de tourisme en Irak assurent déjà préparer des circuits « sur les pas du pape ». Les autorités, elles, disent réfléchir à assouplir les conditions d’obtention de visa touristiques — jusqu’ici quasiment inexistants sinon pour le tourisme religieux chiite dans les villes saintes de Kerbala et Najaf.

Alors, peut-être, les autorités locales construiront une église pour les pèlerins à Zi Qar.

Et M. Tobia n’aura plus à aller à Bagdad, à 400 km plus au nord, ou à Bassora, plus au sud encore, pour « les mariages et les enterrements » de ses coreligionnaires.