Marocanité du Sahara: de la carte d’Agrippa à la reconnaissance américaine

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Sidi Mohammed Biedallah, diplomate marocain
Sidi Mohammed Biedallah, diplomate marocain ©DR

La singularité du Maroc par rapport aux mondes dans lesquels il vit, s’est construite, tout au long de son histoire, sur le ralliement des Marocains autour des fondamentaux qui les unissent et leur attachement à l’indépendance de leur pays, en parallèle, à leur fine porosité aux interactions, aux échanges et aux influences de ces mondes qui l’environnent.

Par Sidi Mohammed Biedallah, diplomate marocain  

Drapé du majestueux Atlas, entouré de la Mer Méditerranée, de l’Océan Atlantique et du Sahara-cette «autre Méditerranée» (Fernand Braudel)-, le Maroc ; Ce «Finis Orbis» est auréolé de mythes et de légendes : Pays d’Atlas, condamné par Zeus à porter sur ses épaules la voûte céleste ; Pays des colonnes d’Héraclès que ce dernier sépara d’un coup d’épée et créa le Détroit (de Gibraltar), Pays des trois Gorgones, monstres anachorétiques, et Pays des Atlantes, descendants directs de Poséidon, que Zeus punit la cupidité, en faisant noyer leur île, l’Atlantide.

Décelée par Strabon, dans sa « Géographie », qui qualifie le Maroc de « charnière des communications entre la Méditerranée et l’Océan », et par Ibn Khaldoun, qui dépeint, dans son « Histoire des Berbères », Al Maghrib Al Aqsa de “ pays détaché de tout autre ”, l’originalité du Maroc explique l’inaltérabilité de sa souveraineté sur son territoire et de l’authenticité de son système de gouvernance. Le Maroc constitue, depuis les périodes préhistoriques, «une unité géoculturelle spécifique».

Cet article se propose de revisiter certaines péripéties fondatrices dans l’histoire du Maroc, qui lui ont permis de se reconnaître et d’être reconnu dans ses frontières, traduites dans sa carte géographique, entière, de Tanger à Lagouira, que le tracé colonial, nul et non avenu, ne peut l’altérer.

La Maroc, Royaume des Maures

Berceau de l’humanité, où vécut l’Homo sapiens de Jebel Irhoud, vieux de 300.000 ans, le Maroc sort de la préhistoire, estampillé de population autochtone, les Maures (Maurensii en grec, Mauri en latin), descendants des Imazighens libyque (les Libou, dont le territoire s’étendit de l’Atlantique à l’Egypte pharaonique), maîtres de leur territoire.)

Les Maures, et le monde connu duquel ils firent partie, prirent conscience de leur appartenance à un territoire bien défini, la Maurétanie Tingitane -de l’antiquité romaine-, délimitée à l’est, par la Maurétanie césarienne, et baignée par les «océans» méditerranéen (la mer intérieure), atlantique (la mer extérieure) et saharien (Le Sahara).

Entre deux périodes de domination des puissances méditerranéennes antiques, phénicienne-punique (VIIIe av. J.-C au IIIe s. av. J.-C) et romaine, le Maroc antique a connu, pendant plus de deux siècles et demie (IIIe siècle à l’an 33 av. J.-C), un pouvoir central autochtone, régi par une dynastie maure, le Royaume de Maurétanie.

Les Rois les plus connus du Royaume maure antique sont Baga, dont l’histoire retient qu’il mobilisa 4000 hommes pour une cérémonie d’escorte dédiée au roi numide Massinissa, Bocchus l’Ancien, qui initia l’unification de la Tingitane et Césarienne, et Bogud (78-38 avant J.-C.), à qui les historiens font remonter les contours des frontières du Maroc.

Le Sahara du Maroc Antique : Périples de Hannon, de Polybe et de Juba II

Les périples de l’Amiral Carthaginois Hannon (IV e siècle av. J.-C.), du Roi de la Maurétanie Juba II (25 av. J.-C. au 23 ap. J.-C), et du géographe grec Polybe, en 146 av. J.-C, à la fin de la 3ème Guerre punique entre Rome et Carthage, constituent des étapes majeures dans l´histoire du Maroc, ils renseignent sur la normalité de l’appartenance du Sahara au Maroc depuis les temps immémoriaux.

Périple de Hannon

Hannon, Amiral de Carthage, entreprit, au IV av. J.-C, son périple, à la tête d’une expédition de 60 pentécontores, à 50 rames conduits par 3.000 rameurs et transportant 30.000 femmes et hommes, des Colonnes d’Hercules (Tingis, Tanger) à l’Île de Cerné ou Herne (Rio de Oro, Dakhla actuelle), pour fonder des villes Libyco-phéniciens.

En vue d’explorer les confins sud du Maroc, le navigateur Hannon a dû ramener, dans son expédition nautique, des « interprètes du nord » pour pouvoir communiquer avec les populations du sud du Maroc.

L’Amiral Hannon atteignit l’oued Draa, qui serait le fleuve Lixos du Périple. Plus loin, le fleuve Chrétès, qui serait la Seguiet el-Hamra. Après avoir longé le désert, il trouve une petite île qu’il appelle Cernè et qui la situe à la même distance des Colonnes de Hercule que Carthage.

« L’identification de l’ancienne Cernè avec l’Isla Herne de la Baie de Rio de Oro (baie de Dakhla) est confirmée par la toponymie. Le Rio de Oro (est) couramment mentionné à sa place sur les planisphères, à partir de 1460 ».

Réduire, le périple de Hannon à un voyage de Cadix à Lixus du nord (Larache), aurait-il mérité, – se demande Hlima Ghazi Ben Maïssa-, d’être rendu si célèbre et ses « péripéties » immortalisées sur des plaques et suspendues dans le temple de Kronos (Baâl-Hammon), traduites en grec, et d’avoir acquis une renommée telle qu’il a traversé les siècles?

C’est, donc, à l’extrême sud du Royaume de Maurétanie (Maroc) qu’il faut, placer ces comptoirs carthaginois. C’est dans cette région du Sud du Royaume du Maroc antique qu’il faudrait chercher la Lixos (du sud), dite fondée par les Puniques. La confusion vient du fait de prendre la Lixos du sud, au-delà des Atlas, pour la Lixus du nord.

Au-delà de la dualité réalité/fiction dans le périple de Hannon, ce « texte sacré », comme disait Sénac, affiché dans le temple de Baal-Hammon de Carthage, qui ne cesse de susciter les débats les plus controversés et les plus passionnants, constitue, en lui-même, un témoignage de la place et du rôle du Sahara marocain, tout au long de l’histoire, dans l’Histoire du Maroc.

Périple de Polybe

L’auteur des Histoires et Haut Commis de l’Empire de Rome, Polybe (200-120 av. J.-C), entrepris, en 146 av. J.-C., à la fin de la 3ème guerre punique qui mit un terme au règne de Carthage, son périple au long de la côte atlantique de la Tingitane, dans la cadre de la politique romaine de contrôle direct des routes maritimes atlantiques du Maroc, y compris celles du sud, comme le firent les Phéniciens puis les Carthaginois.

D’ailleurs, Polybe, en fait l’écho, dans son œuvre, « de nos jours, au vu des (conquêtes) de L’empire d’Alexandre en Asie et la domination romaine sur les parties restantes du monde, la quasi-totalité du monde est devenue navigable ou praticable (…) Pour cette raison nous devrions savoir mieux et de façon plus précise ce qui était jusqu’alors inconnu (…) Dans cet objectif, surtout, nous avons enduré les dangers et les fatigues qui nous sont arrivés lors d’un voyage à travers la Libye (pré-antique), la péninsule ibérique, et aussi, la Gaule et la mer qui entoure ces pays du côté extérieur ».

En général, abstraction faite des controverses dans les interprétations des périples antiques en Atlantique, – les uns prônent des parcours courts, les autres des parcours plus étendus-, il est admis que, dans son expédition le long de la façade atlantique marocaine, Polybe atteint le Cap Juby (Hesperu Ceras), et fort probablement, Seguia el-Hamra ou Rio de Oro.

Périple du Roi Juba II

Le Roi Juba II entrepris, dès son accession au pouvoir entre 25 av. J.-C 13/7 av. J. -C, une expédition nautique au-delà de l’Atlas, vers l’extrême sud-ouest de la Tingitane, en vue d’exercer la gestion directe des routes maritimes, de s’imprégner du potentiel économique de la côte atlantique marocaine et de s’enquérir de la situation des populations du sud du Royaume maure.

Dans son article sur «La plus ancienne carte géographique du Maroc», P. Schmit note que le Roi Juba II mena ce périple maritime, sur la base d’une carte géographique du Royaume de Maurétanie – La Carte d’Agrippa -, remis par son mentor, l’Empereur romain Auguste, réalisée, entre 33 et 29 ans av. J. -C, par Agrippa, Ministre et gendre de l’Empereur.

Les écrits du Roi Juba II, érudit et polygraphe, ont permis de mieux faire connaître le Maroc antique aux yeux du monde gréco-latin et d’élargir, ainsi, les limites géographiques du monde connu, alors que, jusque-là, la cartographie romaine officielle dépendait de la carte d’Ératosthène d’Alexandrie.

Lors de ce périple, au cours duquel il atteint les Iles Fortunées «Iles Canaries», le Roi Juba II créa dans les Iles Purpuaires (Mogador) une fabrique de Pourpre – la Pourpre de Gétulie, très appréciée pour la qualité de sa teinte – et Cap Juby (Tarfaya), qui porte le nom du Roi maure, et qui constituait, durant l’antiquité, la limite de la connaissance spatiale de l’Atlantique.

Les itinéraires pris par Juba II durant son périple à Mogador et cap Juby, au sud du Maroc, ne comportent pas problèmes insurmontables pour la navigation antique. La navigation entre le Cap Spartel, à 14 km de Tanger, et le Cap Juby (Tarfaya) est favorisée par un courant nord-sud descendant et des vents nord-nord-ouest jusqu’au Mazagan.

Le Maroc Antique de Ptolémée d’Alexandrie

Dans son « Traité de Géographie », Ptolémée d’Alexandrie (90-168 ap. J.C.), divise la Maurétanie Tingitane en trois grandes zones géographiques : la côte océanique, la côte méditerranéenne et l’intérieur du pays.

La carte géographie de Ptolémée reflète la nature de l’exercice du pouvoir dans les trois régions de la Tingitane : le nord, où le Roi administre directement le territoire, au centre-ouest, « Gétulie », où la pratique – directe ou indirecte -du pouvoir dépend du Roi en exercice, et l’au-delà de l’Atlas, dont l’administration se fait à travers les chefs des grandes tribus.

Le Roi Maure, de Baga, vers 200 av. J-C., à Ptolémé, fils de Juba II, qui meurt en 40 ap. J.-C., “ règne au Maroc sur un territoire où la municipalisation et l’urbanisation progressent. Nous savons que les suffètes existaient à Volubilis avant même d’entendre parler du roi Baga ! Mais le roi maurétanien régit également son État par l’intermédiaire des chefs des grandes tribus. ”

Pour A. Laroui dans « Le Maroc du début du XIXe siècle à 1880 », ces différenciations se sont prolongées dans l’histoire du Maroc ; Elles se manifestent dans la distinction entre “ un domaine de souveraineté et un autre de suzeraineté qu’on a pris l’habitude d’appeler Bilād al-Makhzen et Bilād al-Sibā, en les opposant toutefois trop systématiquement, la première, est administrée directement par Sultan, alors que la deuxième l’est indirectement à travers des Chefs locaux (Caid). ”

Carte du Maroc

  • Le cas de l’Atlas Catalan des Cresques

Dans un contexte de reconfiguration des espaces politiques, marqué, au Maroc et en Afrique du nord, par la transition de l’Empire Almohade au règne des Mérinides, et en Occident, par ce que Christiane Deluz appelle « le temps des voyageurs », prospère les cartes « nautico-géographiques » dont celles de l’école majorquine, notamment le chef d’œuvre, « Atlas Catalan », réalisé, en 1375, par les cartographes hébreux Abraham et Jafuda Cresques.

Si l’Atlas catalan se limite, concernant le nord du Maroc, d’y faire placer les villes impériales Marrakech, Meknès et Fès, en plus de Ribat (Taza), il enjolive les régions sahariennes du Maroc, de symboles iconographiques et de représentations ambivalentes, traduisant la place géostratégique des régions du sud du Maroc dans les routes maritimes commerciales émergentes entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie.

Dans la région du Dar’a, la chaîne montagneuse de l’Atlas est ainsi interrompue par un étroit couloir de passage pour les commerçants qui se rendent vers le sud. De l’Atlas jaillit, sur l’autre versant, un cours d’eau unique qui s’écoule vers Sijilmâsa.

Au large des côtes sahariennes marocaines, en face de Rio de Oro (Dakhla), l’Atlas des Cresques dessine le vaisseau du voyageur catalan Jacme Ferre, illustré d’une légende : “ partit le vaisseau de Jacme Ferrer pour aller au Rio de Ouro, le jour de la Saint Laurent, qui est le 10 août, et ce fut en 1346. ”; faisant prévaloir la traversée de l’au-delà du cap Bojador, qu’aurait réalisé, en 1346, ce voyageur catalan.

atlas catalan

  •  Le cas de L’Atlas portugais de Diogo Homem 

José Manuel Garcia indique, dans « Lisboa : A cidade dos Descobrimentos », que, sur ordre du Roi du Portugal Duarte, Enrique le Navigateur, “ promut des voyages vers le sud du Maroc (…), en vue d’explorer les terres inconnues situées au-delà du Cap Bojador (Boujdour).  » Ainsi, “ Dans les années 1420, le corsaire Gonçalo Velho Cabral fut, jadis, chargé d’explorer l’au-delà du cap Noun, au sud du Maroc. ”

Le navigateur portugais Gil Eanes franchira, en 1434, pour la première fois, le cap Bojador, la limite du monde connu à l’époque, ce lieu mystifié et redouté – entouré d’eaux bouillonnantes -, et donnera le coup d’envoi des explorations nautiques et des découvertes des « nouveaux mondes ».

Afonso Gonçalves Baldaia, partit encore plus loin, dans la côte ouest-africaine, et atteint, en 1436, Rio de Ouro (Dakhla -Oued Eddahab), située à environ 120 nœuds au sud du Cap Bojador.

L’historiographe portugais Valentim Fernandes, qui consigna le franchissement des côtes atlantiques du Sahara marocain, Cap Bojador et Rio do Ouro, attesta que “Dans toute cette région occidentale, il n’y a d’autre Roi ni Sultan que le Roi de Fès (du Maroc). ” (António Baião. O Manuscrito de Valentim Fernandes).

Le franchissement du Cab Bojador exerce depuis une fascination indélébile dans l’inconscient des Portugais ; Qui mieux que le plus grand poète portugais du XXe siècle, Fernando Pessoa, peut en transcrire la profondeur et l’exaltation, dans son poème « Mer portugaise » :

Qui veut passer outre le Bojador
Doit passer outre la douleur.
Dieu a mis dans la mer le péril et l’abîme,
Mais il fit d’elle aussi le seul miroir du ciel.

L’Atlas portugais de Diogo Homem

  • La Cartographie coloniale espagnole : partition du Sahara marocain en plusieurs catégories de statuts et zones

Le Croquis dit de « Zones de souveraineté et de protectorat de l’Espagne. Tracé frontalier à partir des divers traités », publié en 1940, schématise ce que Rahal Boubrik appelle « le dépeçage de l’Empire Chérifien », durant la période coloniale de 1885 à 1975.

Ce croquis cartographique dessine les délimitations des zones d’occupation espagnoles dans le sud marocain, comme, d’ailleurs, dans le nord, avec des couleurs variées en fonction du statut de chacune d’elle, au gré des interprétations retenues des termes des multiples franco-hispaniques de partage colonial de 1902, 1904, 1912, 1925 et 1940 : Rio de Oro est présenté en tant que « Colonie », Sidi Ifni et la zone du Cap Juby au Cap Bojador (Rio Saguiet el Hamra) en « zone espagnole », Tan Tan en « zone de protectorat », et Cap Guir (Agadir) et Tindouf en « zone d’influence ».

Seulement, ce croquis trahit l’illicéité et l’illégalité du fait colonial, il est calqué sur la carte du Maroc.

La France n’abandonna, qu’en 1902, toute convoitise d’annexer de la Saguiet el Hamra à son aire de protectorat circonscrite à la zone centre, après avoir convenu avec l’Espagne de lui concéder un territoire s’étendant de l’extrême sud au nord, jusqu’au Sous et à l’anti-Atlas, en vertu d’un texte de convention, datant du 8 novembre 1902, tenu secret jusqu’à sa ratification en octobre 1904, pour ne pas heurter l’Allemagne, et surtout la Grande Bretagne, signataire avec le Maroc du traité de 1895, au terme duquel cette dernière reconnaît la souveraineté du Sultan sur le Sahara.

Le partage du territoire du Sahara entre la France et l’Espagne ne fut définitive qu’en 30 mars 1912, avec l’imposition du traité du protectorat français en mars 1912, par lequel la France s’arroge « le droit » de partager avec l’Espagne la région du Sahara marocain, prélude de la signature du traité franco-espagnol de novembre 1912, qui fixa, définitivement, le partage colonial des deux puissances du sud du Maroc.
En violation des traités, qu’elles eurent elles-mêmes signées et ratifiées, notamment celui de 1902, qui stipulent leur attachement « au maintien de l’indépendance territoriale, politique, économique, administrative, militaire et financière du Maroc », celui de 1904 qui ratifient leur respect de « l’intégrité de l’Empire marocain, sous la souveraineté du Sultan » et celui de l’Acte international de la Conférence d’Algésiras du 07 avril 1906, qui réaffirme le respect de l’indépendance et de l’intégrité territoriale du Maroc, la France et l’Espagne coloniales s’octroyèrent la faculté de disposer de la souveraineté d’un Etat-Nation tiers, s’attribuèrent des zones d’influences et s’arrogèrent « le droit » de dévier le statut de protectorat en acte de possession.

cartographie espagnole

Le parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc

Le Maroc n’est pas un Etat créé ex-nihilo, n’a pas été, non plus, conquis par une seule puissance coloniale qui veillerait à étendre l’emprise territoriale. Au contraire, le Maroc, seul Etat-nation dans la région à la veille du partage colonial, a dû, de ce fait, résister, le plus longtemps possible, en entretenant, avec sagesse, finesse et savoir-faire séculaire, les antagonismes des convoitises des puissances coloniales, au point qu’aucune puissance ne pouvait le « posséder » toute seule.

En effet, l’histoire de la colonisation et de la décolonisation du Royaume s’écarte du schéma habituel, au lendemain de l’aboutissement du processus, tortueux et sinueux, de colonisation du Royaume Chérifien, le territoire marocain s’est trouvé réparti entre plusieurs zones de « possession », d’«influence » et de «protectorat ».

Lisant dans l’esprit des Marocains, à la veille de la proclamation de l’indépendance de 1952, Abdallah Laroui se demande, avec son style perçant, mais, néanmoins, d’une ironie sibylline : “ Quel Maroc avons-nous recouvré ? Celui de de 1934, date de la fin de la conquête ? Celui de 1912, date du traité du Protectorat ? Celui de 1906, date la Conférence d’Algésiras qui avait solennellement – quoiqu’hypocritement – reconnu l’intégrité territoriale du pays ? Celui de 1900 quand commença l’attaque simultanée à partir de l’Algérie et du Sénégal, contre l’indépendance marocaine ? ”

44 ans après, à la date de proclamation de son indépendance, qui n’a concerné que la ville de Tanger et les zones nord et centre, le Maroc a commencé à recouvrer, progressivement, son intégrité territoriale, au terme des accords internationaux conclus avec les puissances coloniales, s’agissant de Tarfaya (1958), Sidi Ifni (1969), et la région de Saguiet El Hamra (06 novembre 1975) et celle de Oued Eddahab (14 août 1979) -la Mauritanie ayant abandonné toute revendication du territoire-, à la faveur du Traité de Madrid, dont l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies a pris acte (Résolution 3458B du 10/12/1975.

L’allégeance, l’acte souverain éternel, des tribus sahariennes aux Sultans et Rois du Maroc, adoubée de la plus forte participation, enregistrant les taux les plus élevés à l’échelle nationale, de la population du Sahara marocain aux référendums constitutionnels et aux différentes échéances électorales, participent de l’éternel attachement des habitants de la région à la marocanité du Sahara.

Le Nouveau Modèle de Développement des Provinces du sud, d’un montant d’investissement de plus de 8 milliards de dollars, lancé en 2015, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assite, propulse le développement de la région du Sahara vers de nouveaux horizons prometteurs et lui permet de retrouver sa vocation naturelle, interrompue durant la période coloniale, de plateforme de jonction avec l’Afrique subsaharienne.

Il se matérialise dans des projets structurants de dimension, d’abord africaine, dont fait partie le passage frontalier El Guerguerat, la voie express Tiznit – Laâyoune -Dakhla, le port de Dakhla Atlantique, les Cités des métiers et des compétences (CMC), la faculté pluridisciplinaire de Smara, le centre hospitalier universitaire (CHU) et la faculté de médecine de Laâyoune, la technopole de Foum El Oued, …

Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu Le Préserve, veille à placer la région du Sahara marocain au cœur des nouvelles ambitions du Royaume par rapport à l’économie du futur, à travers l’implantation massif de parcs des énergies renouvelables, éolienne et solaire, la projection de projets intégrés de l’industrie de l’hydrogène et des engrais verts, et la réunion des conditions idoines à son intégration du club restreint de fournisseurs de l’énergie verte au marché mondial du demain.

Le feuilleton du différend artificiel autour de l’intégrité territoriale, créé, de toutes pièces par l’Algérie, se défeuille, de plus en plus.

L’Auguste Souverain a réitéré, le 29 juillet 2023, à l’occasion du 24ème anniversaire de Son accession au Trône de Ses glorieux ancêtres, que Nous rassurons nos frères en Algérie, leur direction et leur peuple qu’ils n’auront jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc. »

Nouvel élan dans la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara

L’ouverture à Laâyoune et Dakhla de 28 Consulats des pays du monde arabe, de l’Afrique et de l’Amérique latine est, indique le Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résident à l’Etranger, M. Nasser Bourita, « une reconnaissance claire du caractère marocain du Sahara et une expression de confiance dans la sécurité, la stabilité et la prospérité dont jouissent nos provinces du Sud ».

La reconnaissance par les États-Unis, le 10 décembre 2020, de « la souveraineté marocaine sur l’ensemble du territoire du Sahara Occidental » et son « soutien à la proposition sérieuse, crédible et réaliste d’autonomie du Maroc comme seule base pour une solution juste et durable au différend sur le territoire du Sahara Occidental. » ainsi que le lancement du  » processus officiel d’ouverture d’un consulat américain dans les provinces du sud du Maroc (…) une autre étape historique dans plus de 200 ans d’amitié entre le Royaume du Maroc et les États-Unis d’Amérique » consacrent le nouveau cap franchi par le Maroc dans la reconnaissance internationale de la Marocanité du Sahara.

Sahara Etats-Unis

L’Espagne relève, clairement, dans la Déclaration conjointe du 07 avril 2022, couronnant les discussions entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu Le préserve, et le Président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, qu’elle « reconnaît l’importance de la question du Sahara pour le Maroc » et « considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend ».

Israël qui a décidé de « reconnaître la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental », dans une lettre adressée, le 17 juillet 2023, à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, par le Premier Ministre M. Benyamin Netanyahu, a fait part de l’examen positif quant à « l’ouverture d’un Consulat dans la ville de Dakhla. »

Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le Glorifie, a précisé, le 06 novembre 2021, à l’occasion du 46-ème anniversaire de la Marche Verte, que « De fait, la Marocanité du Sahara est une vérité aussi pérenne qu’immuable; elle ne souffre, de ce fait, aucune contestation d’abord, parce que la légitimité de notre Cause est validée par les annales de l’Histoire, ensuite parce que tel est le vœu profond et le souhait ardent de la population sahraouie enfin parce qu’une reconnaissance internationale d’envergure vient l’entériner.»

 

Références: 

  1. 1 Mohamed Kably (dir.) Histoire du Maroc, réactualisation et synthèse. Publ. de l’Institut royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc,
    2011. 81 p.
  2. 2 Euzennat Maurice Le périple d’Hannon. In : Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 138ᵉ
    année, N. 2, 1994. pp. 559-580 ;
  3. 3 Carcopino Jérôme Étude critique du Périple d’Hannon, in : www.persee.fr/issue/crai_0065-0536_1943_num_87_1
  4. 4 Ghazi-Ben Maïssa Hlima À propos des Lixitains de Hannon. Africa Romana. XVII PP. 97-114. 2008 ; in :https://www.inumiden.com/a-propos-lixitains-de-hannon/
  5. 5 P. Pédech, op. cit., p. 329 et 331
  6. 6 Dr. Concepción Falomir Pastor. Juba II Roi des Maures et des Lybiens JUBA II. Thèse de Doctorat. 2013. Faculté de
    géographie et ​​d’histoire, Université de Valence, 2013
  7. 7 Hamdoune Christine. Frontières théoriques et réalité administrative : le cas de la Maurétanie tingitane. [Frontières terrestres,
    frontières célestes dans l’Antiquité. Perpignan. PUP, 1995.
  8. 8 Rebuffat René. « La frontière de la Tingitane ». p. 265-293, in « Frontières et limites géographiques de l’Afrique du nord antique ». Xavier Dupuis et Claude Lepelley. Ed. 1999
  9. 9 Laroui Abdallah. Histoire générale de l’Afrique, VI : L’Afrique du XIXe siècle jusque vers les années 1880, 6, p. 478-496.
  10. 10 Vanz Jennifer. Le Maghreb médiéval des cartes marines. De l’image mentale d’un espace aux enjeux politiques et
    commerciaux. 2016. Publication de la Sorbonne
  11. 11 Ferreira Diogo e Dias Paulo. “A Vida e os Feitos dos Navegadores e Descobridores ao serviço de Portugal.(1419-1502)”. 2017
  12. 12 Fernando Pessoa, Je ne suis personne, anthologie, Paris Christian Bourgois Éditeur, 1994, p. 130
  13. 13 Boubrik Rahal. La Question du Sahara. Aux origines d’une invention coloniale. 1884-1975. Ed. 2023
  14. 14 Laroui Abdallah. L’Algérie et le Sahara marocain. Ed. Centre Culturel du Livre. 2021.

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