Lois électorales: le PJD ne lâche pas l’affaire

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Les nouvelles lois électorales continuent de faire couler beaucoup d’encre. Du côté du PJD, seul parti à avoir voté contre, il n’est pas question de capituler contre ces lois jugées «antidémocratiques», nous explique Abdelaziz Aftati, membre du secrétariat du Parti justice et développement (PJD).

L’instauration d’un quotient électoral et la suppression du seuil électoral continuent de déchaîner les passions. Le week-end a d’ailleurs été très mouvementé du côté du PJD, après les blocages survenus lors de la séance plénière à la Chambre des représentants à laquelle la centaine de députés pjidiste ont pris part malgré les mesures de restrictions imposées par le Covid.

Retardée de plusieurs heures, la séance a été toutefois la scène d’un spectacle inouï offert  par les députés islamistes. Le quotidien Assabah revient ainsi sur ces longues heures de discussions au cours desquelles les députés pjidiste sont allés jusqu’à demander au chef du gouvernement d’activer l’article 47 de la Constitution, en présentant sa démission face à ce qu’ils ont qualifié de «coup d’État». Plus loin encore, les pjidistes ont également plaidé pour un boycott des prochaines élections si les nouvelles lois électorales sont appliquées.

Le lendemain, le parti tenait sa réunion mensuelle. À cette occasion, Saad Eddine El Othmani a appelé ses troupes à faire pression pour supprimer ces lois par tous les moyens «constitutionnels et juridiques». Le parti de la lampe a ainsi décidé de tenir une session extraordinaire du conseil national afin d’examiner «toutes les voies» afin d’abroger l’article 84 de ladite loi organique.

Contacté par H24 Info, Abdelaziz Aftati, membre du secrétariat du parti, estime que ces nouvelles lois «constituent une régression en matière de démocratie, dix ans après le référendum constitutionnel de 2011».

 

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Notre interlocuteur dénonce le fait que ces lois offrent la «même représentativité au partis qui travaillent d’arrache-pied et ceux qui ne font rien, mais qui se verront tout de même attribuer des sièges». «Si nous prenons l’exemple de Tanger, celui qui obtiendra 60.000 voix obtiendra un siège et celui qui en obtiendra seulement 2.000 obtiendra lui aussi un siège», dénonce-t-il.

Ceci conduira à «une méfiance des citoyens qui verront que leur parti ne pourra pas obtenir assez d’appui au sein de la Chambre des représentants. Puis que se diront-ils, lorsqu’ils verront qu’au sein de la Chambre il y a plus de 20 formations politiques ?», s’interroge Abdelaziz Aftit.

Par ailleurs, il est à souligner qu’avec ces nouvelles lois, le PJD perdra plus d’une vingtaine de sièges. « Cette loi porte préjudice à la majorité des partis, non seulement nous», indique Aftati. Un constat également fait par le politologue Mustapha Sehimi. Contacté par H24 Info, ce dernier expliquait que le PJD ne sera pas le seul à perdre des sièges, «d’autres perdront aux alentours de 8 à 10 sièges, notamment le PAM», mais «certains en gagneront et d’autres pourront enfin en avoir», grâce à cette nouvelle loi.

Selon Aftati, «ces lois visent clairement le PJD afin d’empêcher sa réélection». «Ils font tout pour que le PJD n’arrive pas premier. Ils avaient tenté en 2011, mais ils n’avaient pas prévu le soulèvement et la colère de la rue. Ils avaient alors été évincés, aujourd’hui nous allons revivre la même histoire», conclut-il.