Un gâchis nommé Ouarzazate

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Dotée d’un potentiel énorme, la «perle du désert» peine pourtant à décoller économiquement. Les acteurs de la ville tirent la sonnette d’alarme.

«Le Ouarzazi est patient. Mais la patience a des limites». Abderrahmane Drissi, président de la commune de Ouarzazate, lance un cri de détresse. Profitant d’une journée d’étude  organisée par le Conseil de développement et de la solidarité (CDS) de Ouarzazate samedi 4 novembre, l’élu local a balancé ses quatre vérités. «Les Ouarzazis sont des gens dignes. Ils n’aiment pas se plaindre auprès de l’Etat même si ce dernier les a délaissés. Nous constatons malheureusement qu’il suffit que certaines provinces se révoltent pour que les pouvoirs publics les écoutent et répondent favorablement à leur doléances », déplore l’élu local, qui fait ici allusion au mouvement social qui prévaut depuis plus d’un an dans la cité méditerranéenne d’Al Hoceima.

Même si le parallèle peut paraître osé, les deux villes –Ouarzazate et Al hoceima- ne sont pas si différentes en réalité. Elles souffrent toutes deux d’un chômage endémique, d’une économie en manque de diversification et d’une absence criante de projets structurant permettant aux jeunes  de ne pas céder aux sirènes de l’exode. Alors pour se faire entendre, les acteurs de la ville de Ouarzazate ont sorti les grands moyens en ce weekend des 4 et 5 novembre. Ministres, élus locaux et régionaux, gouverneurs et walis, hommes d’affaires ou encore producteurs étaient conviés à ce forum dans le but d’élaborer des pistes pour sortir la ville de son marasme.

Aderrahmane Drissi, maire de Ouarzazate. Crédit: Safia M’jid.

En présence de Mohamed Sajid, ministre du Tourisme et de Lamiaa Boutaleb, sa numéro deux, du ministre de la Culture Mohamed Laâraj, du président du la région Draâ-Tafilalet Lahbib Choubani ainsi que d’autres décideurs, tous ont convenus de la crise que traverse une ville qui regorge pourtant de potentialités. Aussi incompréhensible que cela puisse paraître, la ville de Ouarzazate, riche de ses trésors aussi bien culturels, archéologiques que géologiques, n’attire toujours pas les touristes. Le taux de remplissage de ses hôtels ne dépasse guère les 20%, alors que la moyenne nationale s’établit à 40%. Les professionnels du secteur n’en peuvent plus de cette situation.

Certes, la ville arrive tant bien que mal à vivre de ces acquis, dont il ne fait pas oublier la place prépondérante qu’occupe l’industrie cinématographique. Mais le tourisme et le cinéma, piliers du développement à Ouarzazate, sont tous deux en souffrance. «Ces deux secteurs ont été  fragilisés depuis de nombreuses années, par un manque réel d’intérêt des pouvoirs publics, comme des décideurs économiques», déplore à ce sujet Mohamed Benamour, le président du CDS et initiateur de cette journée de travail.

De g. à dr.: le président de la région Draâ Tafilalet Lahbib Choubani (en djellaba), Mohamed Banamour, président du CDS, la secrétaire d’Etat chargée du Tourisme Lamiaâ Boutaleb et Mohamed Sajid, ministre du Tourisme. Crédit: Safia M’jid.

Ce dont tout le monde se plaint ici à Ouarzazate, c’est l’isolement. La ville est très difficile d’accès, aussi bien par voix terrestre que par voix aérienne. Par voix terrestre puisque un automobiliste devra faire plus de 5 heures de route pour relier Marrakech à Ouarzazate – le fameux tunnel de Tichka, tant promis par les pouvoirs public, se faisant toujours attendre-,  et par voix aérienne puisque le coût des billets d’avions des différentes villes du Maroc desservant Ouarzazate demeure relativement élevé. D’ailleurs, si le maire de la ville, Abderrahmane Drissi, a fait le parallèle entre Ouarzazate et Al Hoceima, c’est parce que la RAM a récemment baissé les tarifs des vols Casa-Al Hoceima, qui sont désormais passés à 400 dhs, alors que le billet d’avion Casa-Ouarzazate coûte 600 dirhams, pour une distance pourtant plus courte (350 km contre 450 km pour Casa-Al Hoceima).

Face aux doléances des responsables locaux de la ville, qui craignent une dégradation de la situation sociale, les ministres ont tenté de rassurer. Ils se sont montrés à l’écoute tandis que Mohamed Laâraj a signé une convention avec la mairie pour la création d’un centre culturel à Ouarzazate. Une maigre satisfaction pour des Ouarzazis qui en attendent beaucoup plus.