Covid-19. Voici pourquoi il est si important de se faire vacciner

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Une campagne de vaccination massive contre le Covid-19 verra bientôt le jour au Maroc. Entre méfiance et espoir, les avis divergent, sauf chez les professionnels de la santé qui appellent vivement les citoyens à se faire vacciner. Dr Tayed Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS), ainsi que Dr Tariq Sqalli Houssain, chef de Service de néphrologie au sein du CHU de Fès et président de la Société Marocaine de Néphrologie nous apportent leurs éclairages.

Le Maroc a entamé depuis plusieurs mois sa course pour l’obtention d’un vaccin contre le Covid-19. Bien que deux vaccins, celui développé par Sinopharm CNBG et celui d’AstraZeneca, ont déjà été commandés, le royaume poursuit ses pourparlers pour l’obtention d’autres vaccins notamment celui de Pfitzer et le vaccin Spoutnik V développé par les Russes.

Une première étape de préparation qui permettra de fournir des vaccins pour 65% de la population, soit 23,4 millions de personnes. Une campagne colossale qui se déroulera sur 12 semaines et permettra de vacciner en deux phases et quotidiennement quelque 220.000 personnes, a annoncé le comité scientifique consultatif.

«Cette campagne massive que projette de mener le Maroc est un exploit, car la course au vaccin est une course des grands», nous explique Dr Tayed Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS). En effet, «les pays les plus développés, dont la population représente à peine 13% de la population mondiale ont d’ores et déjà acheté en précommande plus de la moitié de la production des vaccins pour le Covid», poursuit-il.

Une course justifiée par l’absence d’un traitement efficace à ce jour, souligne le docteur, notant que «l’immunité collective à elle aussi montré ses limites et donc le vaccin est désormais la seule issue pour juguler cette épidémie».

 

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Même son de cloche chez Dr Tariq Sqalli Houssain, chef de Service de néphrologie au sein du CHU de Fès et président de la Société Marocaine de Néphrologie pour qui «dans tout choix stratégique de santé il faut peser le pour et le contre et garder en tête que le risque zéro n’existe pas. Mais ce dernier, n’est rien en comparaison à celui que nous encourons si nous restons les bras croisés», souligne-t-il.

Méfiance face au vaccin

Toutefois, la compagne de vaccination représente un défi à deux niveaux, explique le vice-président de la FNS. «D’abord s’approvisionner en quantité suffisante en matière de vaccins et deuxièmement réussir à convaincre la population à se faire vacciner», car le vaccin ne sera pas obligatoire, explique Dr Hamdi.

À cela, Dr Sqalli Houssaini ajoute «les éventuels problèmes au niveau de la logistique qui entraveraient la vaccination de plus de 22 millions de personnes». De plus, «même la disponibilité du vaccin n’est pas assurée pour ces 22 millions de personnes et donc nous n’atteindrons pas les 22 millions de personnes vaccinées que l’on espère», souligne notre interlocuteur.

La méfiance de certains s’explique par l’absence des publications de résultats par certains laboratoires mais aussi par le manque de communication entourant le vaccin. Dr Sqalli Houssaini admet qu’il est «inhabituel que les résultats ne soient pas publiés», soulignant qu’aucun laboratoire n’a pour le moment procédé à une publication, annonçant seulement leur degré d’efficacité.

 

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Néanmoins, «nous sommes face à une situation exceptionnelle», poursuit le médecin, notant que «l’attente de la phase III des essais cliniques, lors de laquelle l’on administre la deuxième dose du vaccin, suppose déjà une réussite des étapes précédentes». De plus, «s’il y aurait eu un quelconque soupçon, les pays n’auraient pas procédé au préachat de plusieurs millions de doses, ce qui reviendrait à jeter l’argent par la fenêtre».

La surenchère entre laboratoires annonçant tour à tour une efficacité supérieure aux concurrents alimente elle aussi les débats houleux entre sceptiques. La rapidité des laboratoires à trouver le vaccin et elle aussi pointé du doigt, sachant que «la moyenne pour trouver un vaccin est d’une dizaine d’années», souligne Dr Hamdi. Ce dernier nous explique que trois raisons ont permis de réduire les délais et de trouver pas un, mais plusieurs vaccins contre le coronavirus.

«Premièrement le coronavirus ne tue pas seulement des vies, mais aussi les économies des pays et donc pour certains pays tels que les Etats-Unis ou encore l’Inde où l’économie est à l’arrêt, il est primordial de trouver un vaccin et ces pays n’ont d’ailleurs pas hésité à injecter des sommes astronomiques pour la recherche d’un vaccin», affirme le médecin,  chercheur en politiques et systèmes de santé.

«Deuxièmement les meilleurs chercheurs au monde se sont focalisés sur ce vaccin, en innovant et proposant des techniques nouvelles. Aussi, il faut souligner qu’en seulement quatre semaines, le virus a été disséqué par les chercheurs qui ont pu donner la structure exacte du virus, alors que cette première étape prenait en moyenne de 4 à 5 ans de recherches», poursuit-il.

 

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«Troisièmement les recherches autour du coronavirus ne datent pas d’hier, mais du début des années 2000 avec l’apparition d’autres virus de la même famille. Les épidémies engendrées par ces précédents virus ont fléchi par elles-mêmes et les chercheurs ont laissé de côté leurs travaux. Aujourd’hui, la recherche d’un vaccin contre le Covid-19 s’est donc appuyé sur ces recherches déjà bien entamées», souligne Dr Tayeb Hamdi.

Pour toutes ces raisons, les deux médecins restent optimistes.«La campagne de vaccination va nous permettre de sauver des vies, de juguler l’épidémie, de retrouver une vie sociale, et bien sûr de redémarrer notre économie», souligne Dr Hamdi, tandis que Dr Sqalli Houssaini lance un appel « à tous ceux qui ne sont pas du domaine afin qu’ils arrêtent d’exprimer leur stress par un refus, sans même disposer d’arguments solides et scientifiques, amplifiant ainsi une méfiance chez la population».