Arrestation de « Moul Kaskita »: l’AMDH déplore une « atteinte à la liberté d’opinion »

2017

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) déplore l’arrestation «arbitraire» de Mohamed Sekkaki, administrateur de la chaîne YouTube Moul Lkaskita. Pour l’ancienne présidente de l’AMDH, Khadija Riyyadi, «les autorités ont franchi un nouveau cap dans la restriction de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux».

L’arrestation du célèbre youtubeur «Moul lKaskita», de son vrai nom Mohamed Sekkaki, «entre dans le cadre des restrictions de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression», estime l’AMDH.

Dans une déclaration à H24info, Riyyadi, également membre du bureau central de l’AMDH, a affirmé que «les dires de M. Sekkaki entrent dans le cadre de la liberté d’expression».

«Il a critiqué la situation du pays, les citoyens et aussi le chef de l’Etat, mais cela reste une critique», a-t-elle soutenu.

«Certes, ses critiques sont acerbes, mais il ne fait juste qu’exprimer ses opinions quant à la situation du pays et quant aux problèmes qu’il vit et que vivent les gens», a-t-elle poursuivit.

 

Lire aussi: BNPJ: « Moul Kaskita » a reçu des transferts d’argent de l’étranger en contrepartie de ses activités

 

«Si de son point de vue déplait, cela ne veut pas dire qu’on peut le priver de ses droits», a-t-elle étayé.

«Nous ne cautionnons pas ses avis et nous ne sommes pas forcément d’accord avec lui, mais ça reste son droit», a-t-elle tenu à expliquer en mettant en avant que l’AMDH a désigné l’autre membre de son bureau central, Me Souad Brahma, pour accompagner Moul Lkaskita.

Pour la militante des droits de l’Homme, l’arrestation du youtubeur «entre dans le cadre des nouvelles restrictions sur les expressions dans les réseaux sociaux».

Khadija Riyyadi, qui a remporté le Prix des Nations Unies pour les droits de l’Homme en 2013, alerte quant à un échangement de cap du côté des autorités vers davantage de muselage des voix dissidentes ».

«Après l’incarcération du chanteur du rap de la chanson Acha Chaab et plusieurs autres arrestations, ils poursuivent des citoyens pour ce qu’ils disent en ligne», a-t-elle constaté avant de conclure qu’« après la limitation de l’action et de l’expression des différents organismes et associations, jeunesses des partis politiques, etc, ils sont passés à la répression de l’expression des détracteurs du régime sur les réseaux sociaux ».

 

Lire aussi: BNPJ: « Moul Kaskita » a reçu des transferts d’argent de l’étranger en contrepartie de ses activités

 

A rappeler que Mohamed Sekkaki, alias Moul Lkaskita, avait été arrêté dimanche après la diffusion d’une vidéo sur sa chaîne YouTube.

Le ministère public lui reproche d’avoir «insulté» les Marocains et les «institutions». Dans sa vidéo de près de 12 minutes, il a blâmé le fait que les discours du roi Mohammed V «ne sont pas suivis d’application» et, par ricochet, de «résultats» alors que «les Marocains souffrent du clientélisme».

Dans un communiqué, le ministère public a indiqué avoir «reçu plusieurs plaintes de citoyens concernant le contenu de la vidéo», laquelle «comprend injures et descriptions dégradantes».

La même source a annoncé qu’il sera poursuivi pour «injures publiques à l’égard d’individus, outrage à la pudeur à travers des gestes et des comportements obscènes, outrage aux institutions constitutionnelles et possession de drogue».

«Plusieurs expressions contenues dans cette vidéo n’ont aucun rapport avec la liberté d’expression et constituent des crimes sanctionnés par la loi», estime le ministère public.