Après l’opération “Bacchus”, vendeurs et tenanciers inquiets pour leurs affaires

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Considérée comme l’une des plus importantes de l’année, l’opération “Bacchus” n’a pas dit son dernier mot. Après Casablanca et Marrakech, c’est Tanger qui est aujourd’hui au centre de l’attention de la DGSN qui compte bien «démystifier les tenants et aboutissants de cette affaire». Mais depuis, l’inquiétude grimpe chez les vendeurs en cave et les gérants de restaurants/bars.

 

Mardi 22 septembre, Had Soualem. Plusieurs journalistes sont rassemblés par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) afin de constater l’ampleur des saisies de ces derniers mois. Au total, 20.868 bouteilles de vin rouge et environ 850 canettes de bière ont été détruites ce jour-là. Ces opérations ont été menées le 4 septembre par les unités la BNPJ en coordination avec les services de la police judiciaire de Casablanca, Beni Mellal, Khouribga, Oued-Zem et Fès.

Les descentes effectuées ont permis de découvrir des produits impropres à la consommation, en infraction aux dispositions de la loi relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, a expliqué le contrôleur général, qui a précisé que dans le cadre de cette affaire, trois personnes ont été conduites devant le procureur du Roi près le tribunal correctionnel de Casablanca. Et à la suite de cette opération spectaculaire, les autorités ont continué à maintenir la pression. La descente dans dix restaurants classés à Tanger a permis de relever, hier encore, sept contraventions liées au non-respect du type d’autorisation et à la transformation de l’activité principale des restaurants en bars.

Des restaurants ont été épinglés pour avoir procédé aux recrutements d’employés sans les autorisations nécessaires. Quatre restaurants ont été verbalisés pour non-affichage du cadre légal de l’activité et au changement du nom commercial sans autorisation. Il y a eu également 10 contraventions pour dépassement de la capacité, au non-respect des mesures de distanciation sociale prévues par l’état d’urgence sanitaire, au non-port par les employés et les salariés du masque obligatoire imposé par les mesures en vigueur.

 

Climat «répressif»

 

Selon la DGSN, le principal suspect se nomme Saïd Boukannouf, un homme décrit comme le « baron des boissons alcoolisés au Maroc ». Il a été arrêté le 8 septembre et placé en détention. Cet « empereur du vin » est un distributeur d’alcool incontournable avec ses points de vente, ses bars et dépôts… Selon nos informations, l’homme devrait être présenté devant le procureur du Roi dans les jours à venir. Il sera poursuivi pour détentions de produit impropre à la consommation. « Les produits que l’on a saisis ne possèdent pas toutes les garanties voulues au plan hygiénique, compte-tenu de certains éléments qu’ils contiennent, soit par contamination soit par dégradation progressive de leur qualité », explique-t-on du côté de la DGSN.

Tout un écosystème qui s’effondre après son arrestation. Le présumé cerveau du réseau démantelé a en effet tissé une large toile au niveau de la restauration, notamment à Casablanca, où plusieurs de ses associés ont été entendus par la police.

«J’ai été interrogé plusieurs fois par la police dans le cadre de cette affaire, même si je n’ai aucune relation avec ce réseau», indique un restaurateur casablancais, détenteur du débit de boisson. «La crise du covid-19 est déjà meurtrière pour nous, un assainissement de la sorte crée en plus un climat répressif qui empêchera plusieurs restaurateurs d’ouvrir. D’autant qu’après cela, les clients ne se bousculeront pas au portillon en cas de reprise», assène-t-il.

Contraints de fermer depuis le 16 mars, les restaurateurs sont également sous la coupe de mesures restrictives considérées comme «aléatoires», l’opération «Bacchus» est, selon, plusieurs d’entre eux, l’un des derniers clous dans le cercueil. D’autant que les autorisation de débit de boissons « fondent comme neige », assurent-ils.

Contactée par h24info, la Fédération nationale des restaurateurs ne se prononce pas sur le sujet. Néanmoins, plusieurs de ses membres confirment avoir saisi les instances professionnelles. Les autorités, de leur côté, assurent que le respect des «procédures administratives et judiciaires dans le cadre des opérations de contrôle sanitaire» ont été respectées et que toute contravention n’est dressé que si «l’infraction est flagrante».