Le contrôle de gestion, un métier qui subit de véritables mutations à l’ère de Covid-19

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Véritable instrument de pilotage et acteur principal dans la mise en œuvre et le suivi de la stratégie de toute entreprise, le contrôle de gestion, a vu indéniablement ses pratiques changer durant cette période de crise sanitaire, liée à la propagation de la pandémie de Covid-19.

En effet, le contrôleur de gestion joue dans ce contexte d’incertitude un rôle important dans l’identification des éventuelles économies d’une entreprise et l’évaluation de leur impact, en plus d’être amené, avec l’aide de différents responsables de services, à évaluer la situation d’une ou plusieurs activités afin de limiter la sortie du cash aux activités qui ont vraiment besoin d’un investissement.

Au Maroc, les impacts de la crise ont été ressentis par la grande majorité des entreprises, mais à des degrés différents selon la taille, le secteur ou encore la nature de l’activité. En réalité, les répercussions ne sont pas les mêmes sur une compagnie aérienne ou une société dont l’activité repose sur l’import-export, ou encore une entreprise de télécommunications, au contraire, en situation de surcharge.

Dans cette phase de turbulence, les contrôleurs de gestion ont un rôle crucial à jouer, pour mettre en place les outils appropriés à la crise et en particulier, conseiller les managers dans leurs prises de décisions, veiller aux équilibres financiers de l’entreprise, tout en mettant en garde contre des dérives court-termistes, a indiqué dans une déclaration à la MAP, Nidal Rechidi, Contrôleur de Gestion dans une multinationale.

La particularité que la crise de Covid-19 présente, c’est qu’il n’existe pas de contexte équivalent auquel les contrôleurs de gestion peuvent se référer pour agir face aux énormes conséquences, a-t-elle relevé, faisant observer que le besoin d’information se renforce et les délais de mise à disposition doivent être sensiblement réduits, pour permettre de dissiper au maximum les incertitudes grâce à une bonne compréhension de l’environnement.

« Le contrôleur de gestion doit donc être en mesure de fournir à la direction des informations détaillées, pertinentes et surtout rapides sur la situation de l’entreprise et l’environnement dans lequel elle opère », a-t-elle souligné, notant que cela implique une sensibilisation des différents acteurs de l’organisation, qui n’ont probablement pas la même vision des différentes contraintes et des besoins de l’entreprise.

Elle a, à cet égard, fait remarquer que la remontée d’information serait sans doute plus facile pour les contrôleurs de gestion qui opèrent dans des sociétés ayant réussi la digitalisation de leur systèmes d’information, dans le sens où ces derniers permettent une circulation beaucoup plus fluide de l’information.

« Les autres entreprises, moins avancées dans la transformation digitale, travaillent sur une échelle de temps plus longue vu le grand nombre de processus manuels et le temps qu’il faut pour les réaliser et les faire circuler », a-t-elle soutenu, notant que cette crise a permis aux contrôleurs de gestion de se rendre compte de la grande importance de la digitalisation des systèmes de remontée d’informations.

 

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Abordant les outils prévisionnels, éléments essentiels du travail de tout contrôleur, Mme Rechidi a expliqué que ces derniers perdent une grande partie de leur efficacité dans des environnements incertains, où de nombreux paramètres sont modifiés ou nécessitent des mises à jour très fréquentes, ce qui fait que les contrôleurs de gestion ne peuvent plus s’appuyer sur des données antérieures pour définir les objectifs, ni sur des données de marché en raison de la faiblesse de leur fiabilité, ou encore la difficulté de leur collecte.

« Il convient donc d’établir de nouvelles hypothèses de départ, ce qui rend la tâche plus difficile », a-t-elle estimé.

Mme Rechidi, a par ailleurs, souligné que dans ce contexte de crise, où l’objectif premier des contrôleurs de gestion est de réduire au maximum l’incertitude de l’environnement pour pouvoir correctement agir, la mise en place d’une veille stratégique s’avère d’une très grande utilité.

Dans ce sens, les contrôleurs de gestion sont amenés à intégrer les différentes dimensions de la veille stratégique dans leurs outils de pilotage pour être en mesure d’analyser les différentes évolutions tendancielles de l’environnement, a-t-elle insisté.

Avec une pandémie qui fait apparaître des défis inédits majeurs, poursuit sa progression sur certains marchés et qui amorce même un retour sur d’autres, la réouverture et l’innovation restent de mise chez les entreprises et les contrôleurs de gestion en particulier, qui doivent désormais revoir leurs prévisions, réévaluer leurs scénarios et renforcer leurs capacités de détection et de réponse.