Air France-KLM fait une offre de reprise pour Aigle Azur

à 16:30

Air France a annoncé avoir soumis une offre de reprise pour la compagnie aérienne française en difficulté Aigle Azur. Une perspective qui semble inquiéter les investisseurs et contribue à la chute du titre Air France-KLM en Bourse de Paris.

Vente à la découpe, reprise intégrale, liquidation ? Le futur de la compagnie aérienne Aigle Azur se joue ce lundi. Et plusieurs offres de reprise ont été déposées, dont "deux offres principales", a indiqué lundi un représentant du syndicat de pilotes SNPL à l'issue d'une rencontre avec le secrétaire d'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari. «Deux offres principales ont été évoquées pendant la durée de la réunion», a déclaré le président du SNPL Aigle Azur, Martin Surzur. «Nous en aurons le détail cet après-midi pendant la séance du CE extraordinaire», a-t-il ajouté, tandis qu'Air France, de son côté, a confirmé avoir déposé une offre, sans en donner la teneur dans l'immédiat. Face à cette possibilité, le titre Air France-KLM perdait 8,86% à 9,01 euros en milieu d'après-midi à Paris, après être tombé jusqu'à 8,94 euros.

 

 

Raphaël Caccia, secrétaire CFDT branche transport, a évoqué de son côté deux offres partielles, l'une du groupe Dubreuil, propriétaire majoritaire d'Air Caraïbes et l'autre de Lu Azur, dirigée par Gérard Houa, déjà actionnaire d'Aigle Azur à hauteur de 20%. Raphaël Caccia s'est dit "inquiet pour le personnel au sol", soit 400 personnes selon lui. "Il y a aussi 350 personnes en Algérie pour lesquels on a aucune réponse", a-t-il souligné. D'après la CFDT, Air France reprendrait 70% du personnel basé en France et l'offre Dubreuil 106 personnes. Avec ces deux offres combinés, il resterait encore 150 personnes sur le carreau.

Au total, 14 offres ont été déposées, selon le syndicat, dont certaines comme celles des compagnies "low-cost" EasyJet et Vueling ne sont que des "déclarations d'intentions". L'ancien PDG de Hop! (groupe Air France) Lionel Guérin figure parmi ceux qui ont déposé une offre, de même source. Toujours selon la CFDT, les offres les plus détaillées présentées lundi demandent une liquidation d'Aigle Azur au tribunal, apurement des dettes à la clé. «Deux natures d'offres semblent se profiler, à savoir dans la globalité ou dans la partialité de la reprise de l'activité et du personnel, nous serons très attentifs à ce qu'on nous proposera dans le détail, on ne le connaît pas encore», a commenté de son côté Denis Sanchez, délégué syndical FO.

 

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En redressement judiciaire, Aigle Azur, spécialiste de la desserte de l'Algérie, est dans une telle impasse financière qu'il ne peut ni dédommager financièrement ses clients ni même assurer le rapatriement des voyageurs dont le vol retour a été annulé. Plusieurs scénarios de reprise de la compagnie sont donc envisagés par les syndicats. Avec ses onze avions, Aigle Azur a transporté 1,88 million de passagers en 2018, année pendant laquelle elle a réalisé un chiffre d'affaires de 300 millions d'euros.

 

Le tribunal de commerce doit se prononcer sur une offre lundi prochain lors d'une audience, selon les syndicats. Employant quelque 1150 personnes, dont 800 en France et 350 en Algérie, la compagnie Aigle Azur a été placée la semaine dernière en redressement judiciaire et a cessé tous ses vols vendredi.

Dans une interview donnée au Parisien, le secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a exprimé sa volonté qu'il y ait un «repreneur sérieux, capable d'offrir des garanties sur un maximum d'emplois». Quant au fait de créer un fonds de garantie pour le remboursement des passagers, «Il faut savoir que de nombreuses cartes bancaires (...) sont aujourd'hui pourvues d'assurances permettant le remboursement, (...) mais ce n'est peut-être pas suffisant», déclare-t-il.

«J'ai tendance à ne jamais écouter les ministres»

La CFDT a appelé les salariés à se réunir à partir de 13 heures devant le siège social d'Aigle Azur à Orly, tandis que le SNPL les a appelés à faire de même à 14 heures. Plus tôt en fin de matinée, FO et le SNPL appelaient par ailleurs à un rassemblement devant le ministère des Transports à Paris. Actuellement, une centaine de salariés s'y trouvent. Beaucoup se sont munis de fanions aux couleurs de leur compagnie ou du drapeau algérien, d'autres brandissant des pancartes condamnant le PDG démissionnaire d'Aigle Azur, Frantz Yvelin: «Yvelin assassin» ou «Yvelin m'a tuer», pouvait-on y lire.

Certains paraissaient très émus, à l'image de cette membre du personnel navigant commercial: «Des années de bons et loyaux services mis à la poubelle pour différentes raisons qu'on ne saisit pas aujourd'hui... Tout ce qu'on espère, c'est qu'on nous écoute et qu'on continue de travailler. Tout ce qu'on veut, c'est travailler. On n'aura peut-être pas les salaires qu'on avait jusqu'à présent mais on ne veut pas non plus être bradés», a-t-elle déclaré à l'AFP. Peu avant midi, Jean Hédou, secrétaire général de la Fédération de l'équipement, de l'environnement, des transports et des services, et Denis Sanchez, délégué syndical syndicat national du personnel navigant commercial, ont annoncé au mégaphone une rencontre à la mi-journée avec le Secrétaire d'Etat aux Transports.