2021, année de rebond de l’économie marocaine?

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Les prévisionnistes font preuve d’un optimisme apparent quant à une reprise imminente de l’économie marocaine, qui demeure toutefois tributaire de l’efficacité et du bon déroulement de la campagne de vaccination menée dans le pays.

Ainsi, après une année 2020 marquée par une chute brutale de l’activité économique, qui s’est traduite par une baisse du PIB, Bank Al-Maghrib s’est montré plutôt confiant en la capacité de rebond de l’économie marocaine.

En effet, lors de son dernier conseil, l’institution monétaire a dessiné un « scénario central » où la croissance économique atteindrait 5,3% grâce au niveau de la récolte céréalière et l’augmentation prévue de la valeur ajoutée agricole. Il s’agit de la prévision la plus optimiste faite jusqu’à présent.

Le Wali de BAM n’a sans doute pas tort de prévenir que cette prévision reste soumise à beaucoup d’incertitudes, notamment le déroulement de la campagne de vaccination. Soit l’un des principaux constats dressés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) selon lequel la reprise économique mondiale repose en grande partie sur l’efficacité de ces campagnes menées à l’échelle planétaire.

 

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Le Haut-commissariat au plan (HCP) a, pour sa part, prédit une croissance de 4,6% en 2021. Une prévision basée essentiellement sur une vaccination anti-Covid massive de la population au premier semestre, le temps où la Direction des études et prévisions financières (DEPF) a confirmé, dans sa dernière note de conjoncture, qu’une reprise économique est en train de se profiler avec à l’appui des indicateurs sur la bonne campagne agricole 2020-2021 et la poursuite du redressement progressif dans la pêche et le secteur secondaire.

Sans parler du Fonds monétaire international (FMI) qui a prévu une croissance de 4,5% en 2021 tout en prévenant que les perspectives restent encore « très incertaines » d’où la nécessité de gérer cette incertitude pour réussir au mieux une sortie de la crise.

C’est dans ce sens, que cette institution internationale a préconisé de favoriser les dépenses de santé, fournir une aide budgétaire bien ciblée et maintenir une politique monétaire accommodante tout en surveillant les aléas qui pèsent sur la stabilité financière.

La Banque mondiale (BM) semble de son côté moins optimiste, en tablant sur une croissance de 4,2% pour le Maroc, expliquant sa prévision par la bonne tenue de la production agricole, la politique monétaire qui reste accommodante ainsi que le maintien de la relance budgétaire.

Selon Abdelghani Youmni, universitaire et économiste, le chiffre avancé par BAM n’est pas forcément optimiste si on se limite au second et troisième trimestres de l’année en cours et à la contribution dans le produit intérieur brut du secteur agricole qui est de 14% et du nombre d’emplois avoisinant les 11 millions de personnes, soit 46% des actifs.

Secteur clé et un des piliers de l’économie marocaine, la part du secteur agricole dans la croissance économique est de l’ordre de 0.139 pour un point de croissance réalisé, a-t-il poursuivi, notant que l’exceptionnelle année agricole confirmera en partie cette prévision de la BAM, mais il faut en parallèle un sérieux dégel des contaminations par les variants du Coronavirus dans le monde et des effets de la pandémie en Europe, en Afrique et dans la région MENA.

Il est aussi question d’une reprise économique de l’économie nationale au dernier trimestre 2021 qui devrait être tirée par les autres secteurs clés de l’économie marocaine comme le tourisme, les métiers de l’automobile, de l’aéronautique et aussi la consommation des ménages, a-t-il fait valoir.

Ce spécialiste des politiques publiques, bien qu’il ne soit pas pessimiste de nature, insiste quand même sur la nécessité d’intégrer la variable risque sanitaire comme celle de la sécheresse et du cours du baril de pétrole dans les projections de prévisions de la croissance, pour être réaliste. Taux élevé de croissance, sur quoi faut-il miser?

 

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D’après M. Youmni, ce sentier de croissance économique d’efficience devrait reposer sur la poursuite de l’attractivité des investissements directs étrangers productifs, de l’encouragement de l’atterrissage de nouvelles chaînes de valeurs globales et la poursuite de la politique de substitut importation qui renforcera la souveraineté alimentaire du pays, par le biais des industries de transformation.

Mais sans ambages, le cœur de la modélisation de la croissance économique augmentée, demeurera et pour toujours ancré dans une rupture dans les stratégies d’éducation, de multilinguisme, de formation professionnelle et d’acquisition des compétences, a-t-il estimé.

« Demain nos futures générations seront salariés de multinationales basés dans d’autres pays, nous exporterons du digital skills, du data basis et du International collaboration business », a-t-il soutenu, notant dans ce sens que le taux élevé de croissance économique ne tombera pas du ciel, mais il faudra plutôt l’anticiper et lui construire comme habitacle « un moule révolutionnaire » intégrant le social, l’économique, le politique et le régional.

Il est un point sur lequel les différents prévisionnistes parviennent tout de même à s’accorder: le retour de l’activité à son niveau d’avant crise ne sera vraisemblablement pas pour tout de suite!