Paranormal, une série égyptienne qui veut conquérir le monde

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Momies tueuses, maison hantée, effets spéciaux glaçants et musique angoissante, la série Paranormal lancée sur Netflix espère conquérir un public international au-delà du monde arabe et redonner sa gloire d’antan à l’industrie de l’audiovisuel égyptien.

Estampillée production « à suspens », la série Paranormal est basée sur les bestsellers d’Ahmed Khaled Tawfik, auteur égyptien de nombreux romans d’horreur, de science-fiction et des thrillers médicaux qui l’ont rendu très populaire parmi les jeunes dans son pays et le monde arabe.

Elle a été mise en ligne la semaine dernière dans neuf langues, dont l’arabe. Au total, elle vise les audiences de 190 pays.

« Avec un public aussi large, il était logique que nous participions à ce projet », a expliqué à l’AFP Ahmed Sharkawi, le responsable du contenu en arabe et pour l’Afrique pour Netflix.

La série de six épisodes, qui se déroule dans les années 1960, suit les aventures de l’hématologue Refaat Ismail, interprété par l’acteur Ahmed Amin, qui est confronté à des phénomènes paranormaux.

Avec son acolyte écossaise, la scientifique Maggie Mackillop, interprétée par l’actrice libano-britannique Razane Jammal, ils entreprennent de résoudre les mystères à travers les rues du Caire, dans des temples pharaoniques ou encore dans le désert libyen.

« Nous nous réjouissons que les fans puissent voir leurs personnages préférés — monstres et fantômes — prendre vie. Et ceux qui n’ont pas lu les romans, vont découvrir une forme différente de fiction », poursuit M. Sharkawi.

L’Egypte, productrice historique de films et séries télévisées, a longtemps bénéficié à travers ce biais culturel d’une grande influence dans le monde arabe, une influence qui a toutefois décliné ces dernières années.

« Nous voulions créer du contenu de haute qualité sans perdre le caractère égyptien », a expliqué à l’AFP le réalisateur de la série Amr Salama, connu pour des films qui ont été distingués dans plusieurs festivals internationaux.

« Nous ne voulions pas faire une série américaine doublée en arabe. Même avec les effets spéciaux, les mythes et les histoires effrayantes, nous voulions que cela soit authentiquement égyptien », a-t-il ajouté.

 

– Audience internationale –

 

Sur les réseaux sociaux, l’accueil de Paranormal a été mitigé, avec des critiques sur l’utilisation des effets spéciaux, mais aussi des compliments sur la performance de l’acteur principal Ahmed Amin.

L’acteur à lunettes et à la voix douce, connu pour ses sketches comiques en ligne, a souligné le « défi » d’adresser la série à une audience internationale.

« C’est un test pour voir si nous pouvons être compétitifs et attirer un public au-delà du monde arabe », a-t-il dit à l’AFP.

Les succès récents d’acteurs et scénaristes arabo-américains à Hollywood peuvent également contribuer à la promotion du contenu arabe.

L’acteur américano-égyptien Rami Malek a remporté l’Oscar du meilleur acteur en 2019 pour son interprétation du chanteur Freddie Mercury dans « Bohemian Rhapsody ».

Avec la série « Ramy » sur le site de vidéo à la demande Hulu, le comédien Ramy Youssef, a aussi remporté un Golden Globe cette année.

« J’espère que (la série Paranormal) mettra en lumière les talents que nous avons », a dit à l’AFP l’actrice Razane Jammal, qui aspire à « combler le fossé entre Orient et Occident ».

Marwan Kraidy, spécialiste des médias arabes à la Northwestern University au Qatar, compare l’entrée de Netflix sur le marché arabe à la façon dont HBO s’est imposé au Etats-Unis en proposant des séries se démarquant des standards traditionnels.

Selon lui, le streaming a changé la fiction télévisée dans le monde arabe et « nous commençons à voir des réalisateurs, (…) qui s’adressent directement à Netflix » en lieu et place des financeurs publics et privés traditionnels.

La région compte près de cinq millions d’abonnés à Netflix, selon des statistiques publiées en septembre, un chiffre que le géant américain espère doubler d’ici à 2025 en offrant plus de contenu d’origine arabe.