Vidéo. Paradise papers: nouvelles révélations sur les milliards des paradis fiscaux

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Le premier ministre canadien Justin Trudeau, la reine Elisabeth II ou encore des proches du président américain Donald Trump font partie des personnalités citées dans cette nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), déjà à l’origine des «Panama Papers».

Dix-huit mois après les «Panama Papers», place aux «Paradise Papers». Quelques 381 journalistes, représentant 96 médias internationaux (dont Radio France et Le Monde en France, Süddeutsche Zeitung en Allemagne, le Guardian au Royaume-Uni et le New York Times aux États-Unis) ont épluché pendant plusieurs mois plus de 13 millions de documents issus pour moitié du cabinet-conseil britannique Appleby, installé aux Bermudes et dans dix autres paradis fiscaux, obtenus par le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

Leurs investigations mettent en lumière des schémas sophistiqués d’optimisation fiscale, souvent légaux, mais grâce auxquels des milliards de dollars d’impôts impayés échappent aux finances des États. Parmi les personnalités mises en cause, des politiques (des proches du président américain Donald Trump ou du premier ministre canadien Justin Trudeau, la reine d’Angleterre…), des stars du show-business (Madonna, Bono, le chanteur de U2…), ou des sociétés telles que Apple, Facebook ou Twitter…

Appleby, qui se présente comme «l’un des plus grands cabinets d’avocats offshore», avait annoncé fin octobre s’attendre à voir publiées des informations financières pouvant concerner certaines des personnes les plus riches de la planète, après un «incident» informatique.

Elisabeth II

La reine possèderait ainsi une société qui gère ses biens, baptisée Duché de Lancaster, qui a investi 7,5 millions de dollars dans un fonds aux îles Caïmans en 2005. Ce fonds aurait lui-même investi dans un fonds qui contrôle une société baptisée «Brighthouse». Or, cette dernière est sous le feu des critiques au Royaume-Uni pour vendre aux ménages les plus défavorisés de l’électroménager, de l’ameublement et d’autres biens de consommation adossés à des prêts aux taux usuriers de 99,9 %.

Justin Trudeau

Le premier ministre canadien est également cité. Et notamment un de ses amis proches, le milliardaire Stephen Bronfman, qui avait levé plus de 27 millions de dollars pour sa campagne pour les élections législatives de 2015. À travers sa société Claridge, l’homme d’affaires aurait investi dans une structure financière opaque aux îles Caïman qui est soupçonnée d’avoir soustrait des millions de dollars aux caisses de l’État canadien. Cette révélation fait tache pour le premier ministre canadien qui a fait de la lutte contre les paradis fiscaux l’une de ses priorités.

Wilbur Ross

Le secrétaire américain au Trésor entretiendrait toujours des liens d’affaires étroits avec des proches du président russe, Vladimir Poutine, en dépit des sanctions qui frappent ce pays. Le ministre du Commerce de Donald Trump aurait ainsi gardé des participations dans une société de transport maritime de gaz liquéfié, Navigator Holdings, qui fait des affaires avec un oligarque russe visé par des sanctions américaines, ainsi qu’avec un gendre de Vladimir Poutine. Selon le New York Times, Wilbur Ross aurait réduit sa participation personnelle dans cette société lors de sa prise de fonctions en février, mais en contrôle toujours, via des entités offshore, 31 %.

Facebook et Twitter

Les deux réseaux sociaux apparaissent également dans les «Paradise Papers», car les deux sociétés auraient perçu des financements substantiels en provenance d’institutions publiques russes ayant des liens avec Vladimir Poutine, via un associé de Jared Kushner, le beau-fils de Donald Trump. Yuri Milner, le magnat russe qui auraient fait les investissements détiendrait également des actions dans une société codétenue par Jared Kushner, qui est également un conseiller du président américain. Ces révélations sont de nature à alimenter le débat sur l‘immixtion de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016, et le rôle des médias sociaux.

Les premières réactions n’ont pas tardé ce lundi. Berlin a même salué les révélations. «Pour le gouvernement allemand, j’aimerais dire que cette publication et le travail effectué par les médias sont bienvenus, car ils jettent une lumière sur les structures, les acteurs et les bénéficiaires de mondes fiscaux parallèles», a dit le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert. Un porte-parole du ministère allemand des Finances a déclaré qu’il serait utile que ces Paradise Papers soient mis à disposition du fisc allemand. Au Royaume-Uni, un porte-parole de Theresa May a indiqué que l’autorité fiscale britannique avait demandé l’autorisation de consulter les documents. «Il est important de signaler que les investissements offshore ne sont pas automatiquement des actes répréhensibles, mais le HMRC (Her Majesty’s Revenue and Customs) a demandé à voir ces documents, en urgence», a-t-il spécifié. À Bruxelles également, les «Paradise papers» n’ont pas tardé à faire réagir et se sont même invités à l’ordre du jour. Selon les officiels de l’Union européenne, cités par Reuters, les ministres de l’Économie et des finances devraient se réunir mardi pour mettre en place une liste noire des paradis fiscaux dans le monde. En théorie, celle-ci devrait être complétée d’ici la fin de l’année.