Libye: deux journalistes couvrant les combats portés disparus

à 19:40

Deux journalistes libyens travaillant pour une télévision privée locale ont été arrêtés jeudi par un groupe armé près de Tripoli, où ils couvraient des combats, et leur sort restait inconnu vendredi, ont annoncé Reporters sans frontières (RSF) et leur chaîne.

La chaîne Libya al-Ahrar a exprimé dans un communiqué sa "vive inquiétude" concernant la "disparition" de Mohamad al-Gurj et Mohamad al-Chibani "avec lesquels tout contact a été perdu jeudi après-midi alors qu'ils (...) couvraient les combats".

La banlieue sud et les environs de Tripoli sont le théâtre de combats depuis le lancement le 4 avril d'une offensive par le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est de la Libye, contre la capitale, siège du Gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale.

La chaîne, pro-GNA, indique que les deux journalistes "ont été séquestrés par des éléments loyaux aux forces d'al-Karama (nom de l'opération militaire de Khalifa Haftar, ndlr)" et "ont été conduits vers un endroit inconnu".

Créée en 2011, Libya al-Ahrar avait adopté une ligne contre le régime de Mouammar Khadafi, tué en octobre de la même année. Le pays avait alors plongé dans le chaos.

Selon RSF, les deux journalistes ont été "interpellés par les forces +Al Kaniat+ affiliées à l'armée du général Haftar" dans la région de Assaidia. Cette localité se trouve dans la région d'al-Aziziya, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tripoli.

"Ils seraient détenus dans la ville de Tarhouna, à 80 kilomètres au sud-est de Tripoli, chef-lieu des opérations militaires de l'armée du général Haftar dans l'ouest du pays", ajoute l'association.

RSF et la chaîne demandent leur libération immédiate.

"Nous appelons l'ensemble des forces armées et des milices en présence à respecter le droit international et à ne pas prendre pour cible les médias", déclare Souhaieb Khayati directeur du bureau Afrique du Nord de RSF, dans le communiqué.

Dans un communiqué publié vendredi à l'occasion de la Journée mondiale pour la liberté de la presse, la mission de soutien de l'ONU en Libye (Manul) a dénoncé "l'enlèvement" des deux journalistes.

Selon elle, il s'agit du cas le plus récent de "journalistes libyens et employés des médias qui font face à des menaces et des attaques dans leur recherche de la vérité".

"On ne peut laisser la vérité devenir une victime des combats", déclare l'émissaire spécial de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, cité dans le communiqué.

"Les journalistes, comme tous les civils, doivent être protégés. Je rappelle à toutes les parties que les menaces et les violences contre les journalistes sont interdites par la loi libyenne, ainsi que par le droit humanitaire international", ajoute M. Salamé.

Selon le classement de la liberté de la presse établi par RSF, en 2019 la Libye est classée en 162e position sur 180 pays.