Najib Akesbi : «L’indécision du gouvernement aggrave l’enlisement»

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Confinement, déconfinement, reconfinement… La stratégie du gouvernement concernant la crise sanitaire interroge. Après la décision de fermeture de 8 villes, à quelques jours de l’Aïd Al Adha et quelques heures seulement après son entrée en vigueur, la colère des citoyens continue de monter. Pour l’économiste Najib Akesbi, la situation d’enlisement liée à la pandémie est aggravée par une gestion «indécise» du gouvernement.  

H24Info: Alors que la tendance était à l’allègement  des mesures de confinement, voilà que le gouvernement prend des décisions restrictives. Cela est-il justifié ?

Najib Akesbi: Nous ne pouvons reprocher aux autorités sanitaires de ne pas en savoir plus que dans le reste du monde. Mais force est de constater que la courbe d’évolution pandémique du Maroc demeure atypique, et il est donc difficile d’en ressortir une tendance réelle. Il s’agit donc d’une situation d’enlisement face à la maladie. Il faut toutefois noter que ce scénario était envisageable fin mai, et le tâtonnement des pouvoirs publics dénote l’absence d’une stratégie claire de gestion de crise, avec plusieurs plans adaptés aux hypothèses envisageables. L’indécision du gouvernement aggrave donc cet enlisement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le moral des citoyens.

 

Cette situation peut-elle aggraver l’impact de la crise sur l’économie ?

Cela va sans dire, puisque même les pistes de relance demeurent brouillées, au vu de l’instabilité de la décision publique. Les conséquences macro-économiques, notamment en matière de contraction du PIB, seront bien plus importantes que ce qu’a prévu le Haut commissariat au Plan, d’autant que les mesures envisagées par la loi de Finances rectificative ne sont pas à la hauteur de la gravité de la crise. L’impact de ces revirements sur l’activité économique, et de facto la situation sociale, risque d’être dramatique.

 

Depuis juin, le gouvernement a choisi de «déléguer» la gestion du déconfinement au ministère de la Santé et celui de l’Intérieur, est-ce pertinent ?

Il est clair que la gestion de la crise sanitaire devient de plus en plus anti-démocratique. Le parlement, les partis politiques et la société civile sont totalement écartés. Aussi, nous voyons aujourd’hui l’omniprésence de l’appareil sécuritaire qui  s’appuie sur la situation sanitaire afin de reprendre du poil de la bête, avec les conséquences que cela peut avoir sur la vie quotidienne des citoyens..